Pour la première fois dans l’histoire de la commémoration de l’attentat de l’école Polytechnique, trois universités québécoises s’uniront du 25 novembre au 6 décembre dans une série d’activités et de projets.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

La tuerie survenue à l’école d’ingénierie il y a 30 ans aura coûté la vie à 14 femmes et a laissé des marques indélébiles, en particulier dans l’esprit des militantes féministes québécoises.

Grâce à l’appui du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), des activités variées ont été mises en place pour rendre hommage aux victimes de l’attentat, mais également engager une réflexion globale sur la violence visant les femmes.

« Plutôt que de faire des évènements séparément, les universités ont décidé de s’allier pour marquer le moment. Je pense que la programmation qu’on offre montre bien la diversité des intérêts dans cette commémoration », explique Chantal Maillé, codirectrice du RéQEF.

Ces initiatives témoignent d’un refus « d’oublier que 14 femmes sont mortes au nom de l’antiféminisme », plaide Mélissa Blais, professeure associée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF)

Des tables rondes, lectures publiques et chants collectifs ainsi que la diffusion d’un balado en trois parties sont organisés à l’Université Laval, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université de Montréal (UdeM). Le calendrier détaillé des évènements est disponible sur le site internet du RéQEF.

Entre mémoire et silence

Les nombreuses initiatives sont construites autour des thèmes de la mémoire et du silence fait sur la violence faite aux femmes. « Il a fallu 30 ans à la ville de Montréal pour dire que ces 14 femmes ne sont pas mortes d’une tragédie, mais bien au nom de l’antiféminisme », insiste Mélissa Blais.

« Le mot silence est revenu à plusieurs reprises. Il y a une préoccupation par rapport au silence de notre société sur la violence dont les femmes sont victimes, beaucoup veulent le dénoncer et continuer d’y réfléchir », pense pour sa part Mme Maillé.

Les mouvements masculinistes et antiféministes se renouvellent constamment, surtout sur le web. Les membres du RéQEF se disent préoccupées par toutes ces formes de violence et soulignent les liens à faire entre les manifestations de violence actuelles et l’attentat à l’école Polytechnique.

En ligne, les messages haineux destinés aux femmes prolifèrent, confirme Mélissa Blais. Le phénomène sera abordé dans les commémorations des prochaines semaines.

Il ne faut rien tenir pour acquis, un évènement comme Polytechnique pourrait se reproduire un jour », ajoute Pascale Devette, professeure au département de science politique à l’UdeM.

Il ne faut pas l’oublier, les hommes peuvent être des alliés et participer à la dénonciation de la violence visant les femmes, dit-elle. Ils sont même parfois des victimes collatérales de cette même violence. L’épisode de Polytechnique le rappelle. « Beaucoup ont été traumatisés par l’évènement, certains se sont même suicidés. Ce n’est pas parce que c’est une violence contre les femmes que les hommes n’ont pas un rôle à jouer […] ne serait-ce que par support », précise Mme Devette.