Il y a quelques mois, j’ai parlé des mesures d’apaisement de la circulation adoptées dans l’arrondissement d’Outremont en disant que l’on marchait dans les pas du Plateau-Mont-Royal. J’avais titré ironiquement cette chronique « La clique d’Outremont ». Disons que je ne me suis pas fait de nouveaux amis dans ce coin-là.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Peut-être que les élus du Plateau-Mont-Royal ont été piqués au vif de voir qu’ils étaient en train de perdre leur statut d’arrondissement le plus anti-voiture. Quoi qu’il en soit, on a décidé de réviser la politique reliée à l’octroi et à la vente des vignettes de stationnement en revoyant à la hausse son nombre et ses tarifs.

Il existe actuellement 20 000 places de stationnement dans les rues du Plateau-Mont-Royal. La moitié d’entre elles peuvent être occupées par des détenteurs de vignette.

L’objectif est d’atteindre un ratio de 70 % d’espaces offerts grâce à la vente de vignettes d’ici à la fin de 2020, m’a confirmé Michel Tanguay, responsable des communications du Plateau-Mont-Royal.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

« Il existe actuellement 20  000 places de stationnement dans les rues du Plateau-Mont-Royal, écrit notre chroniqueur. La moitié d’entre elles peuvent être occupées par des détenteurs de vignette. »

Une hausse du tarif établie par l’inflation (soit 2 %) touchera les vignettes des propriétaires de voiture de grosseur normale. Le montant est actuellement de 140 $. Une augmentation est aussi à prévoir pour les ménages qui sont propriétaires d’un second véhicule. Le montant, actuellement de 280 $, devrait connaître une hausse significative.

Mais là où ça risque de faire mal, c’est du côté des propriétaires de VUS ou, si vous préférez, des « grosses cylindrées ». Ces véhicules seront visés par une augmentation plus importante. Bref, si vous habitez dans le Plateau et que vous possédez une voiture plus polluante que les autres, préparez-vous à payer.

Cette décision a été prise sans tambour ni trompette lors d’une séance extraordinaire du conseil d’arrondissement tenue le 4 novembre. Il s’agissait de la toute première réunion du nouveau maire Luc Rabouin. Ce dernier a dévoilé diverses mesures visant à combler un manque à gagner de 2 millions de dollars pour l’exercice financier de 2020 de son arrondissement.

L’augmentation des tarifs des vignettes a été présentée sous la forme d’une augmentation des revenus de sources locales qui permettraient d’aller chercher près de 425 000 $ supplémentaires.

Cette annonce (qui ne faisait pas partie de son programme électoral) n’a rencontré aucune opposition, même que certaines personnes présentes ont applaudi lorsqu’il a été question des véhicules polluants. Les détails entourant les nouveaux tarifs des vignettes (déjà les plus élevés en ville) seront dévoilés à la prochaine séance du conseil d’arrondissement, le 2 décembre.

J’entends déjà les « on viendra plus nous visiter », « ça ne sera plus possible d’obtenir des ouvriers » et « les commerces vont tous mourir ». Car ce sont toujours ces mêmes récriminations qui se font entendre quand il est question de décisions visant la limitation des véhicules.

Pour ceux qui demeurent critiques face à cette énième mesure anti-voiture, je crois qu’il serait bon d’aller voir ce qui se fait ailleurs dans le monde. Vous allez voir que nous ne sommes pas si mal que ça.

La région bruxelloise a annoncé il y a quelques jours qu’elle avait l’intention d’imposer un impôt supplémentaire aux acheteurs de VUS, un type de véhicule qui connaît une popularité grandissante un peu partout sur la planète. Le but est de « dissuader l’achat de véhicules non adaptés aux déplacements dans un environnement urbain ». Actuellement, près de quatre voitures sur dix achetées en Belgique sont des VUS.

Selon l’organisme Greenpeace, près d’un dixième des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2018 provenait de l’industrie automobile. Malgré des efforts constants pour implanter la voiture électrique, les VUS continuent d’avoir la cote auprès d’une certaine clientèle.

Chacun y va donc de mesures adaptées à ses enjeux pour faire la guerre à la voiture. Hambourg est devenue la première ville allemande à interdire les voitures diesel sur quelques-uns de ses tronçons. Berlin, Stuttgart et Francfort devraient emboiter également le pas.

La ville de Rome a annoncé que son centre serait interdit aux voitures diesel des particuliers à partir de 2024. La Ville avait déjà décidé en 2013 de dévier la circulation aux abords du Colisée afin de protéger ce monument, noirci par la pollution. De plus, la Ville applique déjà depuis 2003 un péage urbain du lundi au vendredi.

À Madrid, le centre-ville est interdit aux véhicules les plus polluants, c’est-à-dire les diesels antérieurs à 2006 et les moteurs à essence antérieurs à 2000. À l’instar de Montréal, Amsterdam exige des frais annuels pour une vignette permettant de stationner sa voiture personnelle dans la rue.

Lors des pics de pollution, la Ville d’Oslo va interdire la circulation des voitures diesel. La capitale norvégienne a aussi imaginé une série de mesures dissuasives comme la suppression de 700 places de stationnement, la création d’un zonage rendant impossible la traversée du centre en voiture, la piétonnisation de rues et l’augmentation des tarifs des péages urbains.

Je pourrais continuer comme cela longtemps. Tous les jours, l’actualité nous permet de découvrir les gestes que font les villes pour lutter contre la présence de la voiture. Comme dirait l’autre : quand on se compare, on se console.

Je ne suis pas surpris de voir que la décision du Plateau-Mont-Royal passe inaperçue. Cela prouve que les Montréalais comprennent de plus en plus qu’il faut être de son temps. Si on veut continuer à le traverser.