Avoir un jeune enfant, c’est stressant. Surtout pour les mamans. Elles sont de plus en plus nombreuses au Québec à vivre un « stress élevé » à force de concilier famille et vie extérieure, révèle un portrait du milieu de vie des tout-petits québécois qui sera rendu public mardi et que La Presse a obtenu. Globalement, l’environnement où grandissent les 0 à 5 ans s’est toutefois amélioré depuis quelques années. Les enfants grandissent en sécurité, leurs parents sont plus nombreux à travailler. Faits saillants.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Les mauvaises nouvelles

Les mères plus stressées

PHOTO MARIAN CARRASQUERO, THE NEW YORK)

Selon un nouveau rapport de l’Observatoire des tout-petits, 39 % des mères d’enfants de 6 mois à 5 ans vivent un « niveau élevé de stress lié à la conciliation des obligations familiales et extrafamiliales », selon un nouveau rapport de l’Observatoire des tout-petits.

D’abord, 39 % des mères d’enfants de 6 mois à 5 ans vivent un « niveau élevé de stress lié à la conciliation des obligations familiales et extrafamiliales », selon un nouveau rapport de l’Observatoire des tout-petits. Une hausse de 5 % depuis 2012. Les mères sont près de deux fois plus nombreuses à souffrir de stress que les pères (23 %). « Les tout-petits sont des éponges, et le fait de vivre dans un milieu qui est stressant n’est pas optimal pour leur développement », prévient Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire. L’organisme propose diverses mesures de conciliation travail-famille. « Tous les parents savent que la première année de retour au travail, c’est quelque chose. Est-ce qu’on pourrait penser à un retour plus souple ? Par exemple que le parent ait un horaire plus flexible ou plus de congés de maladie ? Parce qu’on sait que cette année-là, les tout-petits forgent leur système immunitaire. »

Pas de temps avec les enfants

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Plus du quart des parents ont de la difficulté à trouver du temps pour jouer avec leurs enfants.

Autre conséquence des problèmes de conciliation travail-famille : plus du quart (26 %) des parents ont de la difficulté à trouver du temps pour jouer avec leurs enfants. Environ un sur cinq peine à les accompagner dans leurs activités. « Le fait de chanter des comptines avec son enfant, de faire des casse-tête, de l’amener au parc, de parler avec lui, ce sont des activités qui stimulent son développement, mais aussi qui favorisent le lien d’attachement. Et ce lien d’attachement est un pilier sur le plan de l’estime de soi, mais aussi de la santé mentale de l’enfant », explique Fannie Dagenais.

Encore trop de pauvreté

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Un ménage sur dix ayant un enfant de moins de 5 ans est en situation d’insécurité alimentaire.

Quelque 75 000 bambins vivent dans une famille à faible revenu au Québec. C’est presque un enfant sur six. Ils étaient un sur cinq en 2004. Un ménage sur dix ayant un enfant de moins de 5 ans est en situation d’insécurité alimentaire. « Les conditions socioéconomiques dans lesquelles vivent une proportion quand même considérable de tout-petits, c’est préoccupant parce qu’on sait que ces conditions de vie sont déterminantes pour leur développement. On devrait tout faire pour que tous les tout-petits partent de la même ligne de départ », souligne Mme Dagenais. La solution, selon elle, passe par plus de logements abordables. « Évidemment, quand on met moins de sous dans notre loyer, il en reste plus pour remplir le panier d’épicerie et, tant qu’[y être], pour acheter des mitaines et des tuques. »

Les bonnes nouvelles

Parents au travail

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Les parents de jeunes enfants sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi, révèle le nouveau rapport de l’Observatoire des tout-petits.

Les parents de jeunes enfants sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi, révèle le nouveau rapport de l’Observatoire des tout-petits. Chez près de 70 % des familles avec un enfant de moins de 5 ans, ce sont les deux parents qui travaillent. La hausse du taux d’emploi est particulièrement marquée chez les mères : il est passé de 64 % à 74 % entre 2001 et 2016. Chez les pères, on est passé de 87 à 88 % pour la même période. « Évidemment, ça a des répercussions positives sur le revenu des familles, assure Mme Dagenais. Par contre, la donnée sur les mères au travail nous renvoie aux statistiques sur le stress. Évidemment, s’il y a plus de mères qui sont en emploi, ça change la réalité des familles. Ça amène de nouveaux défis auxquels il va falloir qu’on réfléchisse pour qu’on puisse mieux s’adapter comme société. »

Grandir en sécurité

PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE

Qu’ils vivent en ville ou à la campagne, la très grande majorité des parents de jeunes enfants estiment habiter un environnement sécuritaire pour leur progéniture.

Qu’ils vivent en ville ou à la campagne, la très grande majorité des parents de jeunes enfants estiment habiter un environnement sécuritaire pour leur progéniture. Quelque 90 % des enfants de maternelle vivent dans un quartier où on peut marcher seul après la tombée de la nuit. Autant peuvent jouer dehors en toute sécurité durant la journée et ont accès à des parcs et à des terrains de jeu. « C’est très positif pour le développement des tout-petits. Évidemment, s’ils vont au parc, ils peuvent socialiser avec d’autres enfants. C’est stimulant sur le plan du langage et sur le plan moteur, parce qu’ils peuvent plus bouger que dans un salon », explique Fannie Dagenais.

Des éducatrices plus qualifiées

PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE

En 2012, Québec a demandé aux garderies, privées ou non, de faire passer le ratio d’éducatrices formées d’une sur trois à deux sur trois.

En 2012, Québec a demandé aux garderies, privées ou non, de faire passer le ratio d’éducatrices formées d’une sur trois à deux sur trois. Selon les données les plus récentes, qui datent de 2015, 91 % des CPE et 75 % des garderies subventionnées étaient conformes. « La majorité des tout-petits passent plus de 35 heures par semaine [à la garderie]. C’est devenu un milieu de vie pour eux au même titre que le milieu de travail pour les adultes est un milieu de vie. Ça fait longtemps qu’on a compris pour les adultes qu’il faut qu’on offre des conditions adéquates pour préserver leur santé mentale, leur santé physique. C’est la même chose pour les tout-petits », martèle Fannie Dagenais. Les garderies privées sont loin derrière avec 19 %.