L’hiver précoce a frappé de plein fouet les refuges pour sans-abri, qui sont bondés. Les mesures spéciales déployées pendant l’hiver pour les personnes itinérantes débuteront tout de même au début du mois de décembre, même si le mercure descend déjà de façon alarmante.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

L’ancien hôpital Royal Victoria va rouvrir le 1er décembre pour abriter les personnes itinérantes durant les grands froids. La halte-chaleur de la Mission St-Michael ouvrira également à la même date. Or, les refuges pour personnes sans logis sont déjà très fréquentés en raison de l’hiver prématuré qui frappe le Québec cette année.

« On a été surpris par la tempête et les principales haltes-chaleur ne sont pas encore en activité. On a eu un achalandage monstre, on s’est donc adaptés en augmentant nos effectifs », explique Alexandre Desjardins, coordonnateur à la Mission Old Brewery.

Dans l’établissement du Vieux-Montréal, le personnel s’active et discute de la suite des opérations pour la soirée. La nuit risque d’être particulièrement occupée, comme elle l’a été les trois jours précédents. Un mois de novembre plus froid que celui de 2018 a contraint la Mission à lancer ses opérations hivernales trois semaines plus tôt.

Vers 20 h, la cafétéria sera ouverte pour tout le monde et les gens pourront y rester jusqu’à 6 h le lendemain. Vendredi soir, peu avant l’ouverture, plus de 65 personnes frigorifiées attendaient en file pour prendre place. Elles demandaient des combinaisons, des gants et des sacs de couchage.

« Nous n’aurons pas le choix un jour ou l’autre de décréter que le 1er décembre, c’est trop tard pour les haltes-chaleur. La plupart des organismes se sont adaptés et ont déjà mis en œuvre leurs mesures d’hiver », pense Alexandre Desjardins.

Pour le moment, à la mi-novembre, la responsabilité de ne laisser personne passer la nuit dehors incombe à des refuges.

Une situation qu’Alexandre Paradis, président et fondateur de SOS itinérance, déplore avec véhémence. « Les organismes sont prêts et s’adaptent, mais la bureaucratie fait en sorte que des haltes-chaleur comme celle du Royal Victoria n’ouvriront qu’en début décembre, malgré le froid. Pourquoi attendre ? »

Dans le quartier de Hochelaga-Maisonneuve, rue Ontario Est, une halte-chaleur a ouvert ses portes précipitamment afin de protéger du froid les gens dans le besoin. Elle est bondée, puisque les gens du centre-ville s’y déplacent, faute d’endroit où passer la nuit. Plusieurs refusent de laisser leur animal de compagnie dans le froid. Or, contrairement à plusieurs refuges, les haltes-chaleur accueillent les animaux.

« Les gens qui s’y présentent sont mal habillés, souffrent d’engelures et frôlent parfois l’hypothermie. Certains ont les facultés affaiblies et ne ressentent pas immédiatement la température glaciale », explique l’intervenant.

Beaucoup se réfugient dans les salles d’attente d’hôpitaux, dans des commerces ou encore à l’intérieur des stations de métro. « Ils ne savent pas où aller », indique M. Paradis.

« Les personnes itinérantes sont des citoyens. Nous devrions avoir des mesures spéciales rapides [pour eux] à l’année, tant pour les canicules que pour les grands froids », juge Alexandre Paradis.