On n’a même pas eu le temps de se préparer psychologiquement. On espérait encore l’été des Indiens. En novembre, cela aurait été étonnant, mais sait-on jamais, avec le réchauffement. Et voilà que la première neige tombe sur la métropole.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Normalement, la première neige, c’est quelques flocons épars qui virevoltent dans le ciel. On dirait des grains de riz, célébrant le mariage des journées courtes et des longues nuits. On trouve ça cute. On est émus. On se dit : « Oh, regarde la neige ! » On retombe en enfance. On suit le flocon des yeux, en sortant la langue. Sitôt arrivé au sol, il s’autodétruit, comme un message de Mission impossible. Pas besoin de pelleter. Pas besoin de forcer. Pas besoin de changer son char de côté. La neige rêvée.

Pas cette fois. Cette fois, la première neige, c’est du lourd. Vingt centimètres de gros flocons, quantité Costco. Une super bordée. Elle est tombée. Elle est restée. En quelques heures, le paysage au complet venait de changer. L’hiver est si pressé que les arbres n’ont même pas fini de se déshabiller. Il leur reste encore quelques feuilles aux branches, tellement surprises qu’elles perdent leurs couleurs pour devenir blanches. Même les snowbirds sont pris de court. Leur descente vers la Floride n’est pas encore commencée. Va falloir se rappeler où les mitaines sont rangées.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Une première bordée de neige est tombée sur le sud du Québec cette semaine.

Et nous, dans tout ça ? Les moineaux qui restent ici, qu’est-ce qu’on en dit ? On est secoués. Sonnés. Étourdis. Après l’Halloween annulée, voilà que l’automne est contremandé.

Au calendrier, l’hiver débute le 21 décembre à 23 h 19. On sait bien que, dans la pratique, il s’installe avant ça. Souvent, la première semaine de décembre, il se pointe le bout du nez. C’est pourquoi le gouvernement du Québec a changé le règlement concernant les pneus d’hiver. Avant, ils étaient obligatoires à partir du 15 décembre. Désormais, c’est à partir du 1er décembre. Prudente initiative. Quoique cette année, c’est dès novembre qu’il en faut.

Depuis la semaine dernière, c’est le festival du dérapage incontrôlé, dans les rues de Montréal. Les cônes orange sont devenus des poteaux de slalom géant. On se plaignait que la circulation n’avançait pas. Maintenant, on se plaint que la circulation n’arrête pas. Ou s’arrête dans le fossé.

Jamais la Ville de Montréal n’a eu à déneiger ses rues aussi hâtivement. C’est reparti ! Le défilé des souffleuses et des autos remorquées.

Le mois de novembre, c’est bien connu, a toujours été déprimant. Parce que trop gris. Sera-t-il plus réjouissant parce que trop blanc ? Ce serait étonnant. Il faut se rendre à l’évidence : l’hiver sera plus long, cette saison.

Ce n’est pas parce qu’il est arrivé un mois plus tôt qu’il va décamper en février. L’extérieur n’est pas un Airbnb. Il va s’éterniser jusqu’à la mi-mars au moins.

Quelles seront les conséquences de cet hiver allongé sur notre santé mentale ? Peut-on vraiment en prendre plus qu’on en prenait déjà ? Il va falloir se ménager. Être patients les uns avec les autres. On risque d’avoir la mèche courte. Ce qui ne sera pas pratique, car la flamme devra durer longtemps si on ne veut pas crever de froid.

Une société avertie en vaut deux. Prenons les précautions qui s’imposent. Pour traverser cet hiver version Tolstoï, ça prendra l’apport de tous les influenceurs d’humeur. À commencer par le Canadien de Montréal. Vous devez faire les séries ! Pour une bonne partie de la population, l’espoir d’un printemps festif sera la seule bouée à laquelle s’accrocher, pour flotter à côté de l’iceberg. Simon Jolin-Barrette, lui, devra prendre ça mollo. Le plus grand test que les nouveaux arrivants doivent passer, pour prouver leur allégeance au Québec, c’est l’hiver. Notre maudit hiver. Comme celui qui s’installe sera particulièrement éprouvant, n’en rajoutons pas à ceux qui, malgré tout, choisissent de greloter avec nous. Artistes, ça va nous prendre d’autres chansons comme Coton ouaté pour garder notre cœur au chaud.

Sur ce, je vous souhaite un beau week-end. Paraît qu’on verra le soleil. Un dernier coucou avant de nous quitter. Il va nous manquer.