Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

Serge Arsenault est au bout du fil, un peu dépité, un peu irrité.

Le fondateur du Marathon international de Montréal n’a rien à voir avec la vente de l’événement à un groupe américain, en 2011, contrairement à ce que nous écrivions hier.

Il n’en est pas moins désolé par la situation autour de ce qui a été « son » marathon.

Reprenons la séquence des événements. En bref : Serge Arsenault a créé le marathon en 1979. Il l’a organisé jusqu’en 1990. La faillite d’un commanditaire a fragilisé l’événement. Il s’est retiré. D’autres ont organisé un marathon quelques années, puis se sont retirés aussi. Jusqu’à ce que son frère, Bernard, reprenne peu à peu l’événement. On appelait alors ça le Festival de la santé, ce qui incluait plusieurs courses à pied et à vélo et, plus tard, un marathon.

« J’avais enregistré le Marathon international de Montréal et je l’ai vendu pour 1 $ à mon frère Bernard, dit Serge Arsenault. Mais je n’ai jamais été propriétaire de rien. »

C’est donc Bernard, seul, qui a vendu le marathon au groupe qui organise les courses Rock’n’Roll en 2011. Un groupe qui a fini par être acheté par Ironman, maintenant propriété de Wanda Sports, détenu par un Chinois.

« Êtes-vous déçu que votre frère ait vendu le marathon que vous aviez fondé ?

— Je suis déçu qu’il n’ait pas eu le soutien pour le garder ici », répond Serge Arsenault.

Le sujet est d’autant plus délicat pour lui qu’il organise depuis plusieurs années deux étapes du World Tour cycliste, à Québec et à Montréal, où sont convoqués les plus grands noms du vélo. Le tout soutenu par les pouvoirs publics. Il se fait donc un point d’honneur de célébrer et de défendre la propriété québécoise de l’événement et ses retombées locales.

« Pourquoi, quand on a du succès, faudrait-il vendre à l’étranger ? Il faut garder nos propriétés sportives ici. »

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L’idée du marathon de Montréal a germé peu après les Jeux olympiques de Montréal en 1976. À l’époque, il n’y avait pas encore de championnat du monde d’athlétisme. Une Coupe du monde des nations avait lieu tous les deux ans entre les Jeux. En 1977, c’était à Düsseldorf. La prochaine coupe aura lieu à Montréal, en 1979. À l’époque, Arsenault est annonceur à Radio-Canada. Il apprend qu’on a renoncé à présenter un marathon, pour des raisons de coûts.

Avec Richard Garneau et Jo Malléjec, il décide de défier l’organisation et d’organiser un marathon, en même temps que la Coupe, fin août 1979.

« À l’époque, il y avait à peu près 52 coureurs de marathon au Québec, dont 46 professionnels et cinq ou six fous comme moi. J’ai décidé en 1978 de participer à un premier marathon, organisé dans le nord de l’île de Montréal par [l’entraîneur légendaire] Ben Leduc, pour comprendre ce que c’était. »

Il a fini parmi les derniers avec un chrono très honorable de 3 h 17 min.

L’année suivante, l’élite mondiale était au départ de la course sur le pont Jacques-Cartier, avec environ 12 000 coureurs amateurs.

À l’époque, il y avait Boston [depuis 1897], New York, qui commençait, et Fukuoka, au Japon. C’est tout. On était dans l’élite internationale. La course était diffusée à la télé.

Serge Arsenault

Le maire Drapeau, évidemment, avait donné son accord enthousiaste.

« Pour lui, c’était comme une justification des Jeux : les installations ne serviraient plus seulement à des sports industriels, comme il disait, mais à des sports olympiques. »

L’événement a duré jusqu’en 1990, quand un commanditaire a fait faillite et causé divers problèmes financiers à l’organisation. La popularité de l’événement avait fléchi, tombant autour de 9000 participants officiels. Mais, selon Arsenault, « le Québec était l’endroit au monde où il y avait le plus grand nombre de marathoniens par habitant ».

Il y eut des années sans marathon, puis une organisation passagère des Bordeleau a tenté de reprendre l’événement, et ensuite, lentement, Bernard Arsenault a repris le flambeau, sans son frère.

« Je n’ai pas touché à la course à pied depuis 1990, dit-il. Pour moi, c’est important que les événements demeurent ancrés au Québec, et je ne critique pas mon frère : c’est comme s’il était rendu au 38e km d’un marathon et qu’on lui demandait de soulever 100 kg… Il n’a pas eu l’aide requise.

— Maintenant, avec Londres, Paris, Chicago, Tokyo, tous les autres, Montréal n’est plus en position de faire partie de cette ligue, non ?

— Je ne suis pas d’accord ! Pourquoi faudrait-il se contenter d’être une fête régionale ? On a la capacité de le faire. Il faut que le marathon reprenne ses lettres de noblesse, on a tous les attributs pour le faire et lui donner un rayonnement international, comme on fait dans le cyclisme. Mais il faut connaître ça, il faut des contacts, y mettre de l’énergie. Qui aurait misé sur Montréal pour le World Tour ? Pourtant, on y est, c’est diffusé dans le monde entier. Il n’y a pas de raison de ne pas faire la même chose avec le marathon, on y a déjà été. »