En visite à Montréal jeudi soir, Barack Obama a salué le fait que des centaines de milliers de personnes ont marché avec Greta Thunberg, dans les rues de la ville, en septembre dernier. Lui-même a rencontré la jeune militante peu de temps après cette marche pour le climat. Il apprécie son engagement à lutter contre les changements climatiques et la façon qu’elle a de secouer les puces aux leaders en particulier et aux adultes en général.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

« S’il y a un climatosceptique dans la salle ce soir, c’est que ce n’est pas moi que vous pensiez voir sur scène », a-t-il lancé devant 12 000 personnes réunies au Centre Bell, afin de rappeler à quel point il juge urgent d’agir pour éviter que la planète ne se consume et nous avale dans son élan.

Si Barack Obama appuie le militantisme de l’adolescente suédoise, il confie avoir néanmoins tenu à lui dire que ce n’est pas vrai que les adultes ne font rien face aux changements climatiques. « Elle a une telle force morale… Mais je lui ai dit qu’il faut reconnaître que réaliser de grands changements institutionnels est complexe. Je ne peux dire au premier ministre indien Modi, par exemple, d’ignorer l’importance de l’accès à l’électricité dans un pays où 300 millions de personnes n’en ont toujours pas, alors que ça améliorerait considérablement leurs conditions de vie. 

« Modi ne peut dire au peuple : “Désolé, mais on ne vous en fournira pas, car les changements climatiques sont trop importants.” Comme on ne peut dire à un Américain ou à un Canadien en milieu rural que c’est terrible de travailler pour une pétrolière, car c’est ce qui nourrit sa famille. On ne peut simplement le sommer d’arrêter de parcourir 50 milles en voiture pour aller travailler », a-t-il dit.

On peut toutefois trouver des solutions qui contournent les vieilles technologies, des solutions de remplacement.

Barack Obama

Jeudi soir, les sages paroles sur la façon de contrer les changements climatiques du 44e président des États-Unis ont été suivies par des commentaires sur la Fondation Obama, qu’il codirige avec sa femme, Michelle, sur le ton des débats aujourd’hui, souvent clivés, et sur cette deuxième visite à Montréal en deux ans et demi. 

« Je suis heureux d’être de retour… bien que ce soit plus agréable en juillet, a-t-il lancé au début de la soirée devant une foule qui l’a ovationné. J’aime la ville, j’aime les Canadiens. Cela dit, Michelle aime me dire que plus de gens assistent à ses événements qu’aux miens ! Je veux lui prouver qu’on m’aime autant qu’on l’aime. »

Silence radio sur l’actualité

Il n’y a pas eu de questions de la part de l’animateur sur l’actualité (en ce jour où a eu lieu une nouvelle tuerie dans une école, en Californie) ni sur le travail du successeur d’Obama à la Maison-Blanche (dont il ne prononce toujours pas le nom), mais il y en a eu sur l’intelligence artificielle et sur le leadership de la communauté des affaires. Après tout, l’invitation à Barack Obama est encore une fois venue de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et l’animateur de la soirée était Jean-François Gagné, président d’Element AI.

PHOTO FOURNIE PAR LA CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN

Barack Obama et Jean-François Gagné

Les entreprises doivent faire des investissements pour être plus efficaces énergétiquement. Les économies arrivent rapidement. Il y a une raison pour laquelle Google ou GM ont investi dans les énergies vertes, c’est que cela réduit leurs importants coûts énergétiques.

Barack Obama

Si beaucoup de gens pensent aux robots qui contrôlent le monde en entendant les mots « intelligence artificielle », comme le souligne en souriant Barack Obama, ce dernier s’inquiète d’abord des écarts potentiellement grandissants entre riches et pauvres et des effets sur certains emplois d’un tel développement technologique. Ou des difficultés qui augmenteront pour distinguer le vrai du faux. 

« Si on fait bien les choses, on pourra résoudre n’importe quel type de problème grâce à l’intelligence artificielle, dit-il. D’un autre côté, je me suis vu sur l’internet prononcer des discours… que je n’ai jamais prononcés ! Il faudra anticiper et bâtir une structure pour faire face aux changements rapides et aux débordements. Je ne crois pas que les gouvernements agissent assez vite. C’est difficile de convaincre un élu de mettre en place des mesures qui vont avoir un effet dans 20 ans. »

La vie après la Maison-Blanche

D’ailleurs, la vie à la Maison-Blanche lui manque-t-elle ? Aucunement. « J’ai tellement de temps maintenant, répond-il. Je peux lire, regarder des films. Mes filles sont parties… mais ça m’attriste, surtout quand elles ne répondent pas à mes textos. Je consacre beaucoup de temps à l’écriture de mon livre et à la Fondation Obama. Cela dit, le travail à la présidence me manque parfois, car on est dans le feu de l’action et entouré de gens très brillants. L’hélicoptère Marine One me manque aussi, car il me permettait d’éviter les bouchons ! »