Dire que tout ce temps-là, j’étais autochtone, et que personne n’avait cru bon m’en avertir. Quelle bande de petits cachottiers dans ma famille, quand même.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

C’est en lisant les journaux, la semaine dernière, que j’ai découvert le pot aux roses.

C’est que, voyez-vous, l’ancêtre métis de Marie-Josée Parent, qui nous a été présentée lors de son élection, en 2017, comme la première conseillère autochtone de l’histoire de la Ville de Montréal, est aussi… le mien.

Cet ancêtre, Michel Haché dit Gallant (1663-1737), est en effet le patriarche de tous les Haché – et des noms dérivés Hachey, Hachez, Aché, etc. – d’Acadie.

Or, la rumeur court au sujet du père Michel. À ce qu’on dit, son papa, venu tout droit de France, aurait épousé une « sauvage ». Quoique… peut-être pas non plus.

Depuis longtemps, les origines de mon ancêtre divisent les généalogistes acadiens. « La question du sang amérindien de Michel Haché reste toujours aussi incertaine », lisait-on encore en 2016 dans L’Acadie Nouvelle.

Mais qu’importe ! Cet ancêtre peut-être métis, peut-être pas, ayant vécu il y a trois siècles, a suffi à la conseillère de Verdun, Marie-Josée Parent, pour se dire membre de la communauté micmaque.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La conseillère municipale Marie-Josée Parent

Jusqu’à la semaine dernière, elle était responsable du dossier de la réconciliation entre la Ville de Montréal et les peuples autochtones.

Avant d’être élue, elle a été coprésidente du Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal.

Elle a aussi été directrice générale de DestiNations, un organisme subventionné qui voulait établir une ambassade culturelle autochtone à Montréal.

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Pendant des années, Marie-Josée Parent a roulé tout le monde dans la farine. Les médias, les autochtones, les gouvernements, ses collègues, la mairesse, les élus, ses électeurs.

Soyons clairs : elle n’est pas plus autochtone que moi.

Soyons encore plus clairs : elle a menti en toute connaissance de cause sur ses origines.

Elle s’est fait passer pour ce qu’elle n’est pas pour fonder et diriger un organisme « autochtone », puis pour être élue et pour décrocher un poste de responsabilité au sein du comité exécutif de la Ville.

Rendu là, ce n’est plus que de l’appropriation culturelle ; c’est de l’usurpation d’identité. C’est de la supercherie.

Et elle s’en tire avec une tape sur les doigts…

Selon la version officielle, Marie-Josée Parent a elle-même décidé d’abandonner son poste à la réconciliation, la semaine dernière, quand ses origines autochtones ont été remises en doute par deux généalogistes.

Pour ne pas causer de distraction inutile, nous a-t-on expliqué.

« Cela démontre sa bonne foi et sa sensibilité autour de ces questions identitaires », a déclaré la mairesse Valérie Plante.

Sa bonne foi ? Désolée, mais je ne souscris pas à ça.

Sa sensibilité ? Encore moins !

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En 2017, Marie-Josée Parent a déclaré à La Presse que sa mère était acadienne et son père, micmac. « J’ai été élevée dans cette culture, avec ces valeurs et cette vision du monde. »

Sauf que… la conseillère a été élevée à Gatineau. Et que son père n’est pas micmac.

Le généalogiste Éric Pouliot-Thisdale a remonté sa lignée paternelle jusqu’aux premiers temps de la Nouvelle-France. Le seul Métis (ou pas) qu’il a trouvé, c’est Michel Haché.

Le généalogiste a diffusé le résultat de ses recherches sur son blogue. Les médias s’en sont emparés.

Marie-Josée Parent s’est tout de suite posée en victime. À Radio-Canada, elle s’est plainte d’être la cible d’une « forme de violence généalogique ».

Sérieusement.

À ce que je sache, Éric Pouliot-Thisdale n’a fait qu’exposer la vérité. Ça peut être humiliant, ça peut faire mal, mais ça, l’élue de Verdun aurait dû y penser avant.

Loin de s’excuser, la conseillère a nié l’évidence. Elle a soutenu que l’arbre généalogique « n’est que partiellement juste », mais a refusé de dire en quoi il comporterait des erreurs.

C’est trop facile.

Marie-Josée Parent s’est contentée d’un communiqué pour « expliquer » – et c’est un bien grand mot – que son sentiment d’appartenance à la nation micmaque « émerge d’une tradition orale familiale ».

Mais oui, vous savez, dans les partys de Noël, quand votre oncle vous racontait qu’il y avait du « sang indien » dans la famille ?

On dirait bien que Marie-Josée Parent ait pris ce mythe québécois, tenace mais sans fondement, un peu trop au pied de la lettre.

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Valérie Plante n’a pas vérifié les origines autochtones de la conseillère de Verdun lorsqu’elle lui a offert un poste au sein du comité exécutif.

On imagine mal la mairesse demander aux élus une copie de leur arbre généalogique. Comme on imagine mal un employeur exiger un test d’ADN à ses employés. C’est une pente glissante sur laquelle personne n’a envie de s’avancer.

Pourtant, une réflexion s’impose. Il faudrait peut-être commencer à exiger une forme de preuve de la part de ceux qui se proclament Métis, parce que c’est une épidémie. Depuis dix ans, le phénomène a explosé.

Au Québec, le nombre de « Métis » a fait un bond de 149 % entre les recensements de 2006 et de 2016 de Statistique Canada. Il n’y a pas de logique à cela. Pas de boom des naissances chez les Métis. En fait, il n’y a même pas de communauté métisse reconnue dans la province !

La seule explication, c’est que des milliers de Blancs se sont tout à coup déclarés autochtones. Certains se sont découvert un vague ancêtre et bingo, ils se sont dits métis. D’autres n’ont même pas fait cet effort.

Ils ont coché une case. Pas plus compliqué que ça. Il suffit de se sentir autochtone pour l’être…

Le phénomène est si populaire qu’on lui a donné un nom : l’auto-autochtonisation. Race-shifting, en anglais.

On porte un manteau à franges, un collier serré autour du cou et des boucles d’oreilles à plumes.

On commande sur Amazon un capteur de rêves made in China.

On adhère à une communauté bidon qui émet une « carte d’Indien » bidon, mais qui permet d’épargner les taxes chez des marchands mal informés.

On revendique des territoires de chasse et de pêche ancestraux.

On s’invente un nom « indien » – L’Ours, Aigle Bleu, Seven-Crows – et on part avec ses cristaux et ses plantes guérisseuses faire boum-boum sur un tam-tam en Europe.

On se dit « aînés » et on décroche de lucratifs contrats dans les pénitenciers fédéraux pour aider les détenus autochtones à renouer avec leur spiritualité.

On fait tout ça, sans peur du ridicule. On revendique des droits et des privilèges… sans jamais, de sa vie, avoir fait face au racisme, au traumatisme des pensionnats ni aux tragédies humaines qui déchirent encore trop de communautés autochtones du Québec.

Cette cynique imposture a assez duré.