Alors que 80 % des victimes d’exploitation sexuelle consultent à un moment ou à un autre un professionnel du réseau de la santé, pratiquement aucune d’entre elles n’y est détectée. Une situation « terrible », selon la professeure adjointe à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill, Françoise Filion, qui plaide pour une meilleure éducation des intervenants.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Grossesses non désirées. Infection transmissible sexuellement. Surdoses. Environ 80 % des victimes d’exploitation sexuelle consulteront le réseau de la santé à un moment ou à un autre de leur parcours, selon une étude publiée en 2018 dans le Journal of Trauma Nursing. Mais très peu s’identifient comme victimes d’exploitation sexuelle et donc peu y seront dépistées.

« Le réseau de la santé est un endroit pivot pour le dépistage. Il faut intervenir pour maximiser les chances que ces personnes brisent le silence », affirme Josée Mensales, fondatrice du programme Les Survivantes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ce programme vise entre autres à aider les victimes d’exploitation sexuelle et à sensibiliser la population au moyen de témoignages de survivantes.

Reconnaître les signes

Depuis 2015, Mme Filion fait venir dans ses cours des intervenants du programme Les Survivantes. Des notions sont ainsi enseignées, comme la différence entre violence conjugale et proxénétisme. L’Université McGill est aussi la première au Québec à offrir des simulations amenant les futures infirmières à soigner une victime d’exploitation sexuelle, explique Mme Filion.

Les infirmières sont souvent les premières personnes à rencontrer ces femmes. Ça prend une sensibilité pour pouvoir détecter les drapeaux rouges.

Françoise Filion, professeure adjointe à l’École des sciences infirmières Ingram de l’Université McGill

Plusieurs signes peuvent mettre la puce à l’oreille des intervenants. Les victimes d’exploitation sexuelle peuvent, par exemple, ne pas pouvoir se situer dans le temps. Ne pas avoir de document d’identité. « Elles peuvent porter des vêtements pas adaptés à la météo. Avoir le nom de leur proxénète inscrit au bas du ventre. Présenter des ecchymoses et des brûlures de cigarette sur le corps… », énumère Mme Filion.

Les étudiantes infirmières sont aussi guidées dans la façon d’intervenir auprès des victimes. « On prône beaucoup de respecter le cheminement de la personne. On veut que cette personne fasse partie de la solution, dit Mme Mensales. […] Juste avoir une compréhension du phénomène, ça aide dans l’approche. Ça aide à amener la personne à déclarer sa situation. »

Infirmières légistes

La plupart des victimes d’exploitation sexuelle consultent aux urgences des hôpitaux. Dans d’autres provinces canadiennes, des postes d’« infirmières légistes » existent. Ces infirmières peuvent administrer les protocoles en lien avec les agressions sexuelles. Elles sont aussi formées pour intervenir auprès de patientes soupçonnées d’être victimes d’exploitation sexuelle. « Ce titre n’est pas reconnu ici. Ça pourrait être une piste de solution envisagée pour améliorer nos interventions », suggère Mme Filion.

La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineures se poursuit jeudi à Québec. En parallèle, Mmes Filion et Mensales prendront part à une table ronde sur le sujet au Sommet de simulation, organisé à Winnipeg par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.