Les victimes d’exploitation sexuelle se retrouvent devant le vide en termes de services lorsqu’elles passent à l’âge adulte.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse canadienne

Témoignant devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, mardi à Québec, des représentantes des Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) ont dressé un sombre portrait de la situation des femmes qui veulent se sortir de la prostitution.

« Présentement, nous n’avons pas le filet social pour les aider à la majorité », a déclaré Maude Dessureault Pelletier, porte-parole du regroupement.

« Dans la majorité des cas, ces jeunes filles chercheront de l’aide une fois adultes pour se sortir de l’industrie du sexe et travailler sur les conséquences de leur passage dans l’industrie du sexe », a-t-elle expliqué, notant qu’à la majorité, bien souvent à la sortie des centres jeunesse, les jeunes femmes perdent tout soutien.

Et pourtant, « l’exploitation sexuelle n’est pas un phénomène qui prend fin à la majorité », a-t-elle rappelé.

Même les CALACS, a-t-elle fait valoir, reçoivent du financement pour s’occuper des victimes d’agression sexuelle, mais n’en ont pas spécifiquement ou de façon récurrente pour les victimes d’exploitation sexuelle.

« Il y a très très peu d’organismes qui travaillent spécifiquement auprès de ces filles-là et de ces femmes-là dans une perspective de sortie. On peut parler d’hébergement, que ce soit de l’hébergement d’urgence, mais aussi d’hébergement à plus long terme », a expliqué sa collègue Marie-Michèle Whitlock.

Mme Whitlock a souligné que les femmes qui se retrouvent sans soutien social à la majorité sont souvent en situation de pauvreté et « dans l’écrasante majorité des cas, la prostitution est un acte de survie ». Elle a, par exemple, évoqué la situation classique de la personne devenue majeure, se retrouvant sans le sou et ayant, bien souvent, des problèmes de toxicomanie qui se tourne vers la prostitution pour financer sa dépendance, dépendance qui en retour la condamne à la pauvreté et la place dans une position extrêmement vulnérable.

Certaines de ces victimes ne peuvent même pas compter sur leur chèque d’aide sociale puisque celui-ci est fréquemment amputé pour régler des dettes encourues non seulement par la jeune femme, mais par son proxénète qui emprunte à son nom à elle.

Ces femmes se retrouvent alors abandonnées à leur sort à plusieurs égards.

Ainsi, témoignant pour la Direction générale de l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), l’avocate Catherine Geoffroy a reconnu que l’organisme se retrouve dans « une situation un peu absurde » en n’ayant pas le droit d’indemniser les victimes d’exploitation sexuelle. Pourquoi ? Parce que ses représentants sont « contraints de suivre la liste des crimes qui se trouve à l’annexe de la loi ».

Or, le crime de proxénétisme dont elles sont victimes ne se trouve pas sur cette fameuse liste.

Ces difficultés ne sont que la pointe de l’iceberg de problèmes mis au jour par les intervenants dans le domaine au deuxième jour des travaux de la commission ; elles illustrent un système de soutien qui n’est pas adapté aux besoins de ces victimes, qui n’a pas le financement requis pour offrir l’aide nécessaire et mettent en lumière un problème de fond, qui est la pauvreté des femmes qui sont victimes d’exploitation sexuelle, et ce, peu importe le milieu d’où elles viennent.