Le traversier Apollo était un accident prévisible si l’on se fie au premier rapport du Bureau de la sécurité des transports (BST) sur la collision entre le navire et son quai de débarquement à Godbout, le 25 février dernier.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse canadienne

Le rapport indique clairement que la propulsion et les différents éléments servant à manœuvrer le navire comptaient tellement d’anomalies qu’il aurait fallu que le capitaine passe beaucoup plus de temps à apprivoiser le rafiot et les nombreuses particularités de sa navigation avant qu’il ne soit mis en service.

PHOTO MICHAEL BACON, COURTOISIE/LA PRESSE CANADIENNE

Les enquêteurs pointent notamment le remplacement, en 2005, d’un des deux moteurs principaux du navire construit en 1970. Ce remplacement a eu comme conséquence que les deux moteurs « étaient de puissances différentes et avaient des temps de réaction différents » et que « la réaction plus lente » de l’un des moteurs « a réduit le couple requis pour contrer la giration du navire lors de la manœuvre d’approche ».

Ils ont également découvert que les moteurs auxiliaires étaient incapables de fonctionner à plus de 50 % de leur puissance nominale, ce qui a contraint le capitaine « à réduire au minimum l’utilisation du propulseur d’étrave pendant qu’il manoeuvrait le navire ».

Le capitaine lui-même, qui avait réalisé au moins 400 débarquements à Godbout sans problèmes avec d’autres navires, avait « peu d’expérience […] à manœuvrer le navire acquis récemment » et une « formation limitée » qui ont mené « à une évaluation erronée de la vitesse et du cap du navire, et des effets de la glace et du vent à l’approche du quai du traversier à Godbout ».

L’Apollo, qui effectuait auparavant la liaison entre Blanc Sablon au Québec et St. Barbe à Terre-Neuve, avait été acheté à la hâte sans inspection par la Société des traversiers du Québec (STQ) au coût de 2,1 millions pour remplacer le F. -A. -Gauthier, mis hors service en raison d’une avarie de ses propulseurs.

Trois semaines plus tard, le 16 mars, il entrait à nouveau en collision avec son quai, à Matane cette fois, et était mis hors service pour de bon par la STQ.

Le rapport d’enquête du BST sur cette deuxième collision est attendu avec impatience, car celle-ci devait se pencher beaucoup plus en profondeur sur « l’historique d’entretien et du processus de certification du navire ».

À la suite de cette deuxième collision, un inspecteur du BST avait confié à La Presse canadienne avoir découvert des dommages qui n’étaient de toute évidence pas récents, soulevant du même coup une foule de questions par rapport à son exploitation par Labrador Marine dans le détroit de Belle Isle jusqu’à sa vente, en janvier, à la STQ.

L’inspecteur en question, François Dumont, avait alors parlé de « détérioration sur le long terme » et estimait que le navire avait « manqué d’amour, de supervision et d’entretien » et promettait que l’enquête allait se pencher sur son exploitation entre St. Barbe et Blanc-Sablon.