(Québec) Les cours de conduite seront mis à jour pour sensibiliser les automobilistes québécois à un angle mort méconnu, de plus en plus présent dans les nouvelles voitures et particulièrement dangereux pour les piétons, confirme la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Un rapport sur la sécurité des piétons dévoilé vendredi par la SAAQ a émis 10 recommandations. L’une d’elles vise à « sensibiliser les conducteurs de véhicules routiers à la problématique liée aux angles morts créés par les piliers de pare-brise ».

Le pilier de toit avant, aussi appelé « pilier A », se situe entre le pare-brise et les vitres latérales. Ce pilier est devenu de plus en plus large au fil des années, puisque les voitures conduites par les Québécois sont de plus en plus grosses et aussi parce que ce pilier contient souvent un coussin gonflable.

Résultat, la vision du conducteur devient obstruée. En avril 2018, par exemple, un piéton a été tué à Lac-Brome. Dans son rapport, le coroner a conclu que le conducteur du véhicule utilitaire sport (VUS) n’avait pas vu le piéton, probablement caché par un pilier de pare-brise.

« Au fil des années, les constructeurs de voitures ont construit des véhicules de plus en plus solides. Pour ce faire, ils ont renforci certaines parties des véhicules, dont les piliers de pare-brise », écrivait le coroner Richard Drapeau.

Voilà que le comité d’experts sur la sécurité des piétons de la SAAQ sonne l’alarme.

Aucune information n’est présentement véhiculée quant à la présence d’angles morts créés par les piliers de pare-brise pour les véhicules de promenade.

Le comité d’experts des piétons de la SAAQ

Les experts recommandent de « bonifier le cours de conduite ». « L’objectif est d’inciter les conducteurs de tous les types de véhicules à regarder derrière ces piliers pour vérifier la présence de piétons ou d’autres usagers vulnérables », écrivent-ils.

La SAAQ entend appliquer la recommandation, confirme une porte-parole, Sophie Roy.

« Le constat a été partagé avec notre équipe responsable des cours de conduite afin que cette problématique soit considérée et ajoutée au contenu des cours », assure Mme Roy.

De plus en plus de VUS

La prolifération des VUS n’est pas directement montrée du doigt dans le rapport, principalement axé sur la sensibilisation. Mais plusieurs experts pensent que leur prolifération soulève des questions importantes.

C’est le cas de Marie-Soleil Cloutier, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et membre du comité d’experts de la SAAQ.

Un élément qui me préoccupe, ce sont les VUS dans les villes. Le problème, c’est que les piétons sont frappés plus haut, ils ont plus de risques d’être frappés à la tête.

Marie-Soleil Cloutier

« Les VUS sont les plus gros vendeurs, mais j’ai vu très peu d’études sur l’impact auprès des piétons heurtés », poursuit-elle.

À l’intérieur de l’écosystème routier, le cas des piétons intrigue les experts. Car si, au Québec, le bilan routier s’améliore globalement pour tous les utilisateurs – automobilistes, motocyclistes, cyclistes, etc. –, il stagne chez les piétons.

Ceux-ci représentent une proportion de plus en plus importante des morts sur les routes : 13,7 % des morts de la route en 2009, mais 19,2 % en 2018.

Parmi les hypothèses, on compte le vieillissement de la population, l’augmentation de la taille des véhicules, mais aussi la popularité des transports actifs.

« Afin d’adopter un mode de vie sain, la population utilise de plus en plus des modes de transport actifs, comme la marche, le vélo et le transport collectif, commente le rapport. En contrepartie, on trouve davantage de véhicules en circulation, ce qui contribue à exposer les piétons à davantage de risques. »