(Québec) Montréal, Québec, Gatineau, Longueuil et Saguenay font partie des 120 municipalités québécoises qui ont détecté au moins un cas de concentration de plomb « hors norme » dans l’eau courante depuis 2013. Et le tiers de ces villes n’ont toujours pas corrigé les problèmes, confirme le gouvernement.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Un document obtenu par La Presse grâce à la Loi sur l’accès à l’information révèle que presque toutes les villes les plus populeuses de la province, et des dizaines d’autres, ont informé le ministère de l’Environnement de dépassements des normes sur le plomb entre 2013 et 2018.

Cela ne veut pas dire que l’eau de toutes les maisons de ces villes n’est pas sécuritaire. Le problème touche les maisons raccordées au réseau de distribution d’eau municipal par une conduite de plomb.

Il reste que ces chiffres sont troublants aux yeux de Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal. Car les constats sont basés sur des normes de santé publique dépassées et des méthodes d’échantillonnage « désuètes ».

« On n’a pas une bonne norme, elle sous-estime le plomb, et il y a 120 municipalités qui détectent des dépassements, a-t-elle observé. Qu’est-ce qu’ils ont fait avec ça depuis 10 ans ? Rien. Le vrai scandale, il est là. »

La chercheuse estime que le nombre de municipalités qui ont détecté des problèmes de plomb aurait « explosé » si le Québec avait utilisé des normes conformes aux exigences de Santé Canada au cours des dernières années.

D’ailleurs, elle s’explique mal que des mesures correctives n’aient pas été appliquées immédiatement.

Le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a indiqué que « plus de 65 % » des cas signalés entre 2013 et 2018 sont maintenant conformes aux règles sur la qualité de l’eau potable. Cela veut dire que le tiers des problèmes n’ont toujours pas été résorbés.

Les signalements ne sont pas restés lettre morte, a assuré le porte-parole du ministre Charette, Louis-Julien Dufresne.

Pour les autres municipalités, elles poursuivent leurs démarches afin de corriger la situation. Le Ministère les suit afin qu’elles réalisent leurs plans d’action pour corriger la situation.

Louis-Julien Dufresne, porte-parole du ministre de l’Environnement

Normes resserrées

M. Charette et deux autres ministres du gouvernement Legault ont annoncé hier que Québec allait resserrer les normes sur le plomb dans l’eau. La province sera la première au Canada à fixer à 5 microgrammes par litre la concentration jugée à risque. Le seuil est actuellement à 10 microgrammes par litre.

La manière dont le plomb est dépisté changera elle aussi. Actuellement, les échantillons sont prélevés au robinet après cinq minutes d’écoulement. Santé Canada recommande qu’ils soient plutôt prélevés au premier jet, après une période de stagnation d’une demi-heure. Le Québec était jusqu’à hier la seule province canadienne à ne pas avoir adopté cette pratique.

Plan d’action

Les villes du Québec devront par ailleurs présenter un « plan d’action » pour réduire la présence de plomb dans l’eau. D’ici l’été prochain, elles devront mener des tests pour déterminer les secteurs où les résidences et les immeubles sont susceptibles de ne pas être conformes aux nouvelles normes.

Il s’agit, en gros, des maisons construites avant les années 80, surtout entre 1940 et 1955. Il y en aurait environ 17 000 à Montréal, selon une évaluation sommaire de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest. Elle dit ne pas connaître le portrait dans le reste de la province, d’où la nécessité de mener un examen à grande échelle.

Lorsqu’elles détermineront des secteurs à risque, les villes devront rapidement prendre les moyens pour corriger la situation.

« On a un plan d’action qu’on va déployer pour les municipalités, a expliqué Mme Laforest. On va leur demander de préciser leurs démarches et un échéancier pour les quartiers problématiques. »

Qui paiera pour remplacer les raccords en plomb des résidences privées ? Québec s’en remet aux municipalités pour répondre à cette question.

S’il y a des frais de remplacement pour les citoyens, à ce moment, les municipalités vont travailler avec les citoyens. Et cette possibilité de frais peut se faire à très, très, très long terme.

Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales

Il existe trois programmes gouvernementaux par lesquels les villes peuvent obtenir des subventions pour la mise à niveau de leurs infrastructures d’eau. Leur budget est d’environ 6 milliards. Pour l’heure, Québec n’entend pas les bonifier.

L’eau est sécuritaire, assure Legault

Le premier ministre, François Legault, a assuré hier que l’eau qui coule dans les robinets des Québécois est sécuritaire.

« Actuellement, l’eau au Québec est d’excellente qualité, a-t-il dit. Il n’y a pas de danger pour la population. »

Depuis 40 ans, on a réduit de 70 % le plomb dans l’eau. Ça veut dire qu’on s’est amélioré, mais il faut continuer à s’améliorer.

François Legault, premier ministre du Québec

Suivi réclamé

L’annonce de Québec a été accueillie favorablement par Christiane Pelchat, présidente et directrice générale du Réseau Environnement. La veille, son regroupement avait justement recommandé à Québec d’adopter la norme de Santé Canada et de se doter d’un plan d’action pour réduire l’exposition au plomb.

Mme Pelchat insiste cependant sur l’importance de mettre en place un mécanisme de suivi du plan d’action.

« Ce qui est important pour nous, c’est la transparence et l’information publique », a-t-elle martelé.

Elle souligne que « les gens se sentent insécurisés » lorsqu’ils sont maintenus dans l’ignorance. Le manque de transparence actuel empêche d’ailleurs le Réseau Environnement de connaître les municipalités qui se sont davantage attaquées au problème.

— Avec Hugo Pilon-Larose, La Presse

Que faire pour réduire son exposition au plomb ?

Si votre maison est raccordée au réseau municipal par une conduite de plomb, Québec suggère trois manières de réduire votre exposition au plomb. Le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, recommande de laisser couler l’eau du robinet au moins une minute après une période d’arrêt prolongée, de boire de l’eau froide, de cuisiner avec de l’eau froide et de remplacer régulièrement le filtre qui se trouve au bout du robinet, où des particules ont tendance à s’accumuler.

Conduites d’eau en plomb: Montréal investira 500 millions pour accélérer les remplacements

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Un programme de plus d’un demi-milliard de dollars permettra d’augmenter la cadence pour venir à bout du remplacement des conduites d’eau en plomb de la métropole. Les maisons et bâtiments visés datent de la période d’après-guerre, soit avant les années 70.

Il est question d’environ 48 000 entrées de service d’eau en plomb à changer d’ici 2030. Le coût de remplacement des conduites résidentielles traversant l’emprise publique sera assumé par la Ville, l’autre portion par les propriétaires. On parle d’une dépense par ménage d’au moins 2200 $, voire davantage.

Lors d’un point de presse dévoilant les détails de l’ambitieux plan d’action, hier matin, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est montrée rassurante en affirmant que le risque d’intoxication était faible. La Direction de santé publique de Montréal ne rapporte à ce jour aucun cas d’intoxication au plomb liée à la consommation d’eau.

« La qualité de l’eau à Montréal est excellente. D’ailleurs, en 2007, la ville a reçu un prix de la meilleure eau au Québec », a-t-elle rappelé.

Néanmoins, avec la nouvelle recommandation de Santé Canada d’abaisser de 10 à 5 microgrammes par litre la concentration maximale de plomb dans l’eau du robinet, il n’y a aucun risque à prendre, a souligné Valérie Plante.

On prend ça très au sérieux, et on est prêt à la Ville de Montréal. C’est un geste très fort qu’on annonce pour régler le problème.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Investissements totalisant 557 millions

Au total, la Ville de Montréal compte investir 516 millions pour les travaux publics et la gestion des contrats. Une autre somme de 41 millions sera consacrée à un ambitieux plan d’inspection et de dépistage. L’enveloppe de plus d’un demi-milliard sera financée par des subventions gouvernementales, espère-t-on, avec de l’emprunt et par la fameuse surtaxe provenant du Fonds de l’eau de l’agglomération montréalaise, a affirmé la Ville de Montréal.

La première étape consiste à mettre en place une campagne de dépistage accélérée pour repérer l’ensemble des conduites en plomb sur le territoire. Des trousses d’analyse, au coût de 50 $ chacune, seront mises à la disposition des propriétaires d’immeubles visés dans un registre.

Une carte est désormais en ligne afin de permettre aux citoyens de vérifier si leur entrée d’eau est potentiellement en plomb.

Les citoyens devront cependant attendre l’été prochain pour les analyses, puisque la présence de plomb est plus facilement détectable quand la température passe la barre des 15 degrés Celsius. De l’échantillonnage aura aussi lieu dans les parcs, les fontaines d’eau publiques, les centres de la petite enfance et les garderies. Dans les prochains mois, 100 000 bâtiments seront ciblés.

L’installation d’entrées de service en plomb a été interdite par le Code de plomberie en 1980.

À la Ville de Montréal, on demande aux propriétaires d’être « responsables » et d’agir promptement. Des ententes seront possibles pour étaler le paiement de la facture sur une période allant jusqu’à 15 ans.

« Enjeu de santé publique »

Dans le passé, très peu de propriétaires ont remplacé leur portion, a constaté la Ville. L’administration annonce ainsi prendre les choses en main en remplaçant la partie privée en même temps que la partie publique, quitte à refiler ensuite la facture.

« C’est un enjeu de santé publique. La Ville va s’assurer que les travaux soient effectués en lieu et place quand la portion publique des conduites sera changée », a précisé la mairesse Plante.

Entre 2007 et 2018, 70 millions ont été investis par la Ville de Montréal pour remplacer les entrées de service d’eau en plomb. On retrouve des conduites d’eau en plomb dans 16 des 19 arrondissements de la Ville de Montréal. Les résidences de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Pierrefonds-Roxboro et Saint-Léonard ne sont pas touchées.

Un premier plan d’action remontant à 2007 prévoyait de remplacer toutes les entrées de service en plomb sur le territoire de la Ville de Montréal d’ici 2026. À l’époque, on avait dénombré 69 000 bâtiments. De 2007 à aujourd’hui, 21 000 remplacements ont été effectués, pour une moyenne de 1750 par année.

La meilleure eau du robinet est à Laval

C’est à Laval que les citoyens peuvent boire la meilleure eau provenant d’un réseau municipal au Québec. La ville a remporté hier le « Prix de la meilleure eau municipale », pour sa station de traitement du secteur de Pont-Viau, décerné par un jury indépendant dans le cadre du 42e symposium sur la gestion de l’eau du Réseau Environnement, qui se tenait à Montréal. Le jury a sélectionné l’eau gagnante en fonction de critères de goût, de clarté et d’odeur lors de dégustations à l’aveugle. Seules les municipalités produisant une eau dont la qualité est de deux à trois fois supérieure à ce que prévoit le Règlement sur la qualité de l’eau potable du Québec étaient admissibles au concours, qui s’inspire de ce qui se fait aux États-Unis. Les municipalités disposant de plusieurs stations de traitement de l’eau potable pouvaient soumettre l’eau de chacune de leurs stations répondant au critère objectif de qualité. L’eau de 16 stations de traitement provenant de 9 municipalités différentes (Laval, Lévis, Montréal, Québec, Gatineau, Saint-Jean-sur-Richelieu, L’Assomption, Saint-Eustache et Rouyn-Noranda) était ainsi en compétition.

— Jean-Thomas Léveillé, La Presse