La présidente et fondatrice de la Gouvernance au féminin, organisme sans but lucratif qui veille à l’avancement des femmes à la direction des entreprises, lance son groupe sur le marché américain, où œuvrent d’autres joueurs importants dans le domaine. Caroline Codsi est notre personnalité de la semaine.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Caroline Codsi est animée d’une énergie hors du commun qu’elle attribue à son enfance dans les années 70 au Liban, à l’époque de la guerre civile. 

Le danger, les sources d’inquiétude, bref, les raisons de s’arrêter étaient tellement nombreuses, explique-t-elle, que si elle avait commencé à avoir des craintes et à hésiter à bouger, elle n’aurait jamais rien fait. « Il fallait que je vive… La peur, ce n’est pas un sentiment que je connais », dit la femme d’affaires.

Foncer est ainsi devenu une façon d’être.

Notre personnalité de la semaine est la présidente et fondatrice de la Gouvernance au féminin, organisme sans but lucratif qui veille à l’avancement des femmes à la direction des entreprises. Mentorat, formation, communications en tous genres, évènements : Codsi et son équipe de 11 employés veulent éveiller le monde des affaires et de la gestion en général au manque cruel de femmes dans les instances dirigeantes et au manque de parité partout.

Sommer Justin Trudeau d’écrire à tous les chefs de direction des entreprises cotées en Bourse qui n’ont pas de femme à leur conseil d’administration fait partie du genre d’action qu’elle entreprend. Tout comme l’organisation d’évènements de réseautage, la formation en gouvernance pour les femmes ou la production de listes de noms aux organisateurs de conférences qui cherchent des femmes pour leurs présentations.

Certification « parité »

Depuis trois ans, le groupe a aussi mis au point un processus de certification « parité ». De même qu’ISO certifie que les entreprises font bien les choses en se conformant à des normes internationales ou que la certification LEED atteste que les immeubles sont conçus et construits de façon écologique, la Gouvernance au féminin certifie que les entreprises font toute la place nécessaire aux femmes et à leur avancement pour qu’elles aient autant de chances de succès et soient aussi payées que les hommes, bien sûr. En fait, que toutes les conditions soient paritaires. 

Codsi, qui est issue de l’univers des ressources humaines, a mis au point une longue liste de critères qui vont du nombre de femmes au sein du conseil d’administration ou à la haute direction aux mesures mises en place par les employeurs pour assurer un doux retour au travail aux nouvelles mères parties en congé de maternité, en passant par l’égalité des salaires et revenus en général.

En 2017, la Gouvernance au féminin a « certifié parité » 17 entreprises, en 2018, 31, et cette année, au gala qui a eu lieu plus tôt en septembre, il y en a eu 48, dont 8 « platine ». Ce sont Accenture, Radio-Canada, la CNESST, la Financière Sun Life, Intact, Norton Rose Fullbright, l’ONF et Sodexo. 

Enfance façonnée par la guerre

Caroline Codsi est née à Beyrouth à la fin des années 60 dans une famille de commerçants en artisanat libanais. Son enfance, dit-elle, a été façonnée par la guerre et par beaucoup de va-et-vient entre le Liban, la France et le Canada, où la famille s’est posée pendant quatre ans, au moment de son adolescence. Certains se souviendront peut-être d’elle au collège Marie-de-France ou à Stanislas, où elle est passée avant de rentrer au Liban avec toute sa famille, peu après l’élection de Bachir Gemayel, porteuse d’espoir.

Elle avait alors 16 ans.

Mais la paix et le progrès que la famille souhaitait ne sont pas arrivés. « Chaque fois qu’on partait, on revenait, et c’était pire », dit-elle.

À 17 ans, elle demande à ses parents d’aller à Paris. N’en pouvant plus d’avoir peur qu’il ne soit arrivé quelque chose à leur fille assoiffée de liberté et prête à sortir partout dans Beyrouth avec sa moto, malgré les obus, ils acceptent.

Là, elle étudie langues et civilisations étrangères à l’Université Paris Diderot et finance sa vie dans une chambre de bonne, avec deux emplois, dont un de vendeuse de vêtements aux Halles, où l’ADN commerçant de la jeune Libanaise lui vaut beaucoup de succès, raconte-t-elle en riant.

C’était une période dure, mais malgré mon jeune âge, c’était moins dangereux quand même qu’à Beyrouth.

Caroline Codsi

À 23 ans, elle revient au Canada, à Montréal, où le reste de la famille Codsi s’est de nouveau établie, pour de bon. 

Là, elle étudie en ressources humaines, ce qui deviendra par la suite son champ d’expertise. Elle travaillera chez PwC, Sheppel, Bell, KWA, Futurestep, Knightsbridge, CIRA Medical Services, entre autres. Sur le parcours, ses convictions féministes nées au Liban se consolident. Les injustices la révoltent, mais lui donnent surtout envie d’agir. En 2010, elle fonde la Gouvernance au féminin.

Aujourd’hui, l’organisme sans but lucratif dont l’équipe est elle-même très diversifiée — des femmes, des hommes, des gens de partout — entre dans une nouvelle phase : une expansion aux États-Unis. L’organisme fait déjà de la certification pancanadienne, mais se lance sur le marché américain, où œuvrent pourtant déjà d’autres organismes de certification comme EDGE, établi en Suisse, ou GEN. 

Peu importe. « On est prêts », dit Caroline Codsi, qui a déjà commencé à certifier des entreprises au sud de notre frontière. « On est partis pour la gloire. »

Caroline Codsi en quelques choix

Un livre : How Women Rise, de Sally Helgesen et Marshall Goldsmith

Un film : Les figures de l’ombre, qui raconte l’histoire des mathématiciennes noires de la NASA avant l’arrivée des ordinateurs. 

Un personnage historique : Simone de Beauvoir

Un personnage contemporain : La philanthrope Melinda Gates, qui s’est engagée à investir 1 milliard de dollars pour l’égalité.

Une phrase : « Quand on légifère, on trouve des femmes. Quand on ne légifère pas, on trouve des excuses. »

Une cause : La parité. « La parité, pas seulement parce que c’est la chose éthique à faire de s’assurer que 51 % de la population puisse pleinement contribuer à notre société, mais parce que la diversité a un impact positif sur la performance économique, l’innovation, la compétitivité, la réputation, etc., et que je veux vivre dans un Canada prospère. »