Les cyclistes sont-ils plus nombreux que les automobilistes à respecter la réglementation lorsqu’ils roulent en ville ? Oui, révèle une vaste étude danoise. « On remarque davantage les cyclistes délinquants, mais on oublie que beaucoup d’automobilistes enfreignent les règles », assure Suzanne Lareau, PDG deVélo Québec.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Cyclistes dans la ligne de mire

Une vaste étude danoise sur le comportement des usagers de la route révèle que les gens qui se déplacent à vélo – souvent accusés d’être des cowboys à deux roues – commettent en moyenne beaucoup moins d’infractions que les gens qui sont au volant d’un véhicule automobile. Sur 28 579 passages de cyclistes aux intersections de grandes villes danoises, les chercheurs du ministère des Transports du Danemark ont observé que 14 % commettaient des infractions (principalement rouler sur le trottoir), une proportion qui diminuait à 5 % lorsqu’une piste cyclable était présente. En revanche, les chercheurs ont constaté que 66 % des automobilistes en ville commettaient une infraction – la plus courante étant de ne pas respecter les limites de vitesse.

Idées reçues c. réalité

Cette étude arrive sensiblement aux mêmes résultats qu’une étude réalisée à Londres il y a quelques années, et qui révélait que 16 % des cyclistes dans la capitale du Royaume-Uni commettaient des infractions. Pour Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec, l’écart entre les idées reçues et la réalité met au jour un problème de perception. « Quand un cycliste roule sur le trottoir, c’est visible, ça attire l’attention. L’automobiliste qui roule à 60 km/h dans une zone de 50 km/h est en train de commettre une infraction. Mais personne ne va l’inquiéter, et il ne réalise peut-être même pas lui-même qu’il roule trop vite. »

Automobilistes fautifs

Mme Lareau rappelle que 60 % des automobilistes à Montréal n’immobilisent pas leur véhicule à une intersection où l’arrêt est obligatoire. « C’est sans compter les automobilistes qui accélèrent pour traverser une intersection alors que le feu passe au rouge. C’est tellement répandu. Mais le cycliste téméraire, lui, met les gens en colère. Mon avis, c’est qu’il mérite une contravention s’il a un comportement dangereux, tout comme l’automobiliste qui a un comportement dangereux en mérite une. »

Intersections accidentogènes

Une récente étude a montré que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) était le champion canadien des contraventions données aux cyclistes : en 2018, les policiers de Montréal ont donné 12 285 contraventions à des cyclistes, soit 42 fois plus qu’à Toronto. Pour Suzanne Lareau, cela reflète le fait que le Code de la sécurité routière a été conçu en fonction des automobilistes, pas des cyclistes. « Contrairement aux policiers de Toronto et Vancouver, les policiers de Montréal font des opérations contre les cyclistes. Je trouve que le SPVM devrait plutôt punir les comportements dangereux aux intersections accidentogènes plutôt que d’arrêter tous les cyclistes qui ne posent pas le pied par terre à chaque arrêt dans une zone résidentielle. Les policiers devraient intercepter les personnes fautives là où c’est dangereux, peu importe leur mode de transport. »

Ajouts de pistes cyclables

L’étude danoise a montré que les infractions commises par les cyclistes étaient trois fois moins nombreuses aux intersections qui étaient pourvues d’une piste cyclable. Une étude réalisée par l’Université de Denver et citée par le quotidien Libération montre que « le facteur le plus influent dans la baisse du nombre de morts sur les routes est l’existence de pistes cyclables. Plus une ville comporte d’infrastructures cyclables, plus ses rues sont sûres pour la totalité de ses habitants [pas seulement pour les cyclistes]. » Un message que Mme Lareau s’efforce de faire entendre. « Au centre-ville de Montréal, il y a très peu de pistes cyclables, et encore moins de pistes cyclables protégées. Ce n’est pas toujours agréable d’y rouler, et ce n’est pas étonnant que certains décident de rouler sur le trottoir, même si ça dérange. Il faut implanter des infrastructures qui permettent à tout le monde d’y trouver sa place. »