Greta Thunberg est une influenceuse. Elle ne pousse pas les gens à avoir des lèvres plus grosses, des abdos plus saillants, des lunettes de soleil à la mode ou des baskets fluo. Elle ne déballe pas des cadeaux dans ses stories. Elle ne se prend pas en selfie en bikini.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Elle incite les gens à faire des gestes pour que le réchauffement climatique ne cause pas notre perte. C’est sa mission. Comment être contre ? Greta Thunberg est pour la vie. Pour ce qu’il y a de plus essentiel : vivre.

On lui reproche d’être alarmiste. Ben oui. Il le faut. On ne reproche pas à un réveille-matin de faire du bruit. C’est la seule façon de nous tirer de la nuit. Des tonnes de rapports scientifiques affirment que si on ne fait rien, la planète Terre ne sera plus habitable. Greta crie : « Faites quelque chose. » Vous voudriez qu’elle le dise moins fort. Ceux qui le disent moins fort, on ne les écoute pas.

Greta Thunberg est arrivée à l’ONU comme une star. Après avoir traversé l’océan en voilier. Tous les médias à ses pieds. Elle aurait pu surfer sur cette vague. Défiler avec tous les dirigeants du monde. Jouer à la petite princesse. Leur remettre son dessin d’enfant. Un beau rond bleu avec plein d’arbres verts dessus et un soleil jaune pas trop gros. Les puissants lui auraient dit : « Comme c’est beau. Oui, Greta, on t’a comprise. Oui, Greta, on va t’aider. On va faire un parc à ton nom. »

Elle serait devenue leur bonne conscience. Leur mascotte écolo. En échange, ils seraient devenus ses contacts influents. Elle aurait eu accès à eux en tout temps. Elle aurait eu le droit de frayer avec le gratin, comme Bono. C’est toujours pratique d’être l’amie des puissants. Ça garantit un bel avenir. Surtout à 16 ans.

Bref, Greta Thunberg aurait facilement pu être récupérée, cette semaine. Mais Greta ne mange pas de ce pain-là. Elle a semoncé les maîtres du monde. Elle leur a donné un char d’humus. Un bon coup de pied dans le cul. Un discours à la Yvan Ponton dans Lance et compte. Mes sacraments ! Vous pensez juste à l’argent. Grouillez-vous ! C’est une question de vie ou d’extinction. Elle était choquée verte. Conséquente avec toute sa démarche. Elle leur a dit en pleine face ce qu’elle leur disait quand ils lui tournaient le dos. Bravo.

Les puissants ne sont pas habitués de se faire parler comme ça. D’habitude, même leurs opposants mettent des gants. Question de ne pas nuire à leurs intérêts. À leur lobby. Donc les bigs n’ont pas aimé se faire brasser le pommier. Alors, ils ont traité Greta comme on traite une enfant impolie. Calme-toi ! Ils n’ont rien compris.

La seule façon de calmer Greta, c’est d’agir. Tant qu’ils vont laisser la température monter, Greta ne va pas se calmer.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

La militante écologiste Greta Thunberg a participé hier à la grande marche pour le climat, à Montréal.

Le passage de la jeune militante suédoise à l’ONU a dérangé. Les adultes sont encore tellement condescendants avec les ados. Pourtant, les ados ont autant le droit de s’exprimer que les grands. Beaucoup d’entre eux sont beaucoup plus brillants que bien des vieux cons. Les enfants ne sont pas des sous-humains. Ce sont des êtres à part entière. On les ignore trop souvent. Pour une fois qu’une ado parvient à capter notre attention, échangeons.

Parce qu’elle a 16 ans, on dit qu’elle est manipulée. Qu’il y a du monde derrière elle. Accusations faciles. Justin Trudeau, Donald Trump, Emmanuel Macron… Ils ont quel âge ? Et vous croyez qu’il n’y a personne derrière eux ? Si on leur faisait passer un détecteur de sincérité, je parierais sur Greta.

Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est manipulé. Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on ne peut pas donner de leçons. Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on doit se la fermer. Au contraire !

Pendant trop longtemps, on a dit de la nouvelle génération qu’elle manquait d’idéal, d’envergure, qu’elle était obnubilée par le matériel. Qu’elle ne voulait que du cash. Et voilà que la jeunesse se rallie autour d’une cause. Qu’elle bouge. Qu’elle marche. Qu’elle avance. Qu’elle nous met face à nos contradictions. Qu’elle fait ce que jeunesse doit faire. Changer le monde. On devrait en être terriblement content. C’est tellement encourageant.

Elle ne parviendra probablement pas à changer le monde. Pas plus que nous n’y sommes parvenus. Mais elle parviendra sûrement à changer du monde. À changer du monde par en dedans. À ouvrir quelques esprits. À rendre des gens plus conciliants. À rendre des gens plus responsables.

Quand je dis elle, je parle de la jeunesse. Pas juste de Greta. Greta ne peut rien faire toute seule. L’influence doit se concrétiser. Ça prend un mouvement. Et on l’a vu hier, la mobilisation est là.

On peut tenter de discréditer le mouvement. Dire qu’il y avait bien des gens dans la rue, hier, qui roulent en VUS aujourd’hui. Bien des gens qui avaient gaspillé du carton pour leurs pancartes. Bien des gens qui avaient trouvé comment rejoindre le parcours de la manifestation grâce à leur iPhone polluant. Ce n’est pas ça, l’important. Personne n’est parfait. L’important, c’est la prise de conscience. On sait qu’il faut faire le bien. Le fait-on toujours ? Non. Mais c’est ça, notre repère. Ce vers quoi on doit tendre. C’est la même chose pour l’environnement. Il faut d’abord que ça s’incruste en nous, en dedans, pour que ça finisse par paraître autour, dehors. Ce vert tendre.

Nous sommes tous des influenceurs. Les gestes que nous faisons ont tous une influence, sur la vie des uns et des autres. Tout est relié en ce bas monde. Le social, l’économique, l’environnemental, le culturel… Tout. En être conscient est bon, autant pour nous que pour les autres.

Il faut se faire attention.

C’est ça que dit Greta.