En 2018, seulement 142 enfants ont été adoptés à l’étranger par des Québécois, alors qu’il y en a eu jusqu’à 1000 durant les années 90.

Louise Leduc
La Presse

L’adoption internationale est aujourd’hui si peu répandue que l’organisme Enfants du monde s’apprête à fermer ses portes après 30 ans d’existence et quelque 4000 adoptions.

Cette baisse, qui est aussi enregistrée au Canada et un peu partout en Occident, s’explique en bonne partie par le grand nombre de pays qui ont adhéré à la Convention de La Haye, peut-on lire dans le rapport annuel du Secrétariat à l’adoption internationale, qui vient de paraître.

Cette convention internationale, signée notamment par la Chine et Haïti, vise à ce que les adoptions se fassent dans l’intérêt supérieur de l’enfant et prioritairement à l’intérieur de son pays d’origine.

De façon générale, la baisse du nombre d’adoptions est liée « à l’amélioration de la situation socio-économique de plusieurs pays d’origine », note le Secrétariat à l’adoption internationale dans son rapport.

Fermeture d’organismes

En conséquence, Sylvie Valcourt, directrice d’Enfants du monde, s’apprête à fermer les portes de son organisme qui servait de trait d’union entre les parents et les responsables de l’adoption dans les pays étrangers.

« Cela va se faire dans les prochains mois. On a arrêté de prendre de nouvelles inscriptions », a-t-elle indiqué en entrevue téléphonique.

Elle ne s’en désole pas. Le fait que les États fassent un effort pour favoriser l’adoption dans la famille élargie, dans la communauté ou dans le pays « évite à bon nombre d’enfants le traumatisme du déracinement culturel qui s’ajoute au déchirement de rompre avec sa famille biologique ».

Mme Valcourt fait remarquer qu’il y a eu jusqu’à 15 organismes agréés qui aidaient les Québécois à adopter à l’étranger, mais qu’il n’y en a plus que huit.

La Corporation Accueillons un enfant, qui favorise l’adoption d’enfants haïtiens, est de ceux-là. Mais oui, tout a changé, dit aussi Joanne Jean, porte-parole de l’organisme. « À une certaine époque, on accueillait de 80 à 90 enfants par année, qui arrivaient souvent alors qu’ils étaient bébés, après de très courtes démarches. »

Aujourd’hui, le nombre d’enfants haïtiens qui arrivent annuellement par l’entremise de cet organisme se compte sur les doigts d’une main.

Dans la plupart des pays, les règles sont beaucoup plus strictes pour prévenir les risques de trafic d’enfants et de corruption, comme le relève le Secrétariat à l’adoption internationale.

Johanne Lemieux, qui est travailleuse sociale et psychothérapeute, relève que les principes de la Convention de La Haye sont louables, mais que sur le terrain, cela ne se traduit pas seulement par des histoires heureuses. « Cela peut prendre des années avant que l’on trouve une famille à l’intérieur du pays. Pendant ce temps-là, des enfants restent à l’orphelinat, avec les risques de négligence, de retards de développement et de difficultés d’attachement que ces délais entraînent. »

Encore beaucoup d’orphelins

En fait, les couples étrangers comme les couples d’ici privilégient le plus souvent un jeune bébé en santé, fait remarquer Mme Lemieux, de sorte que bon nombre d’enfants, malgré les apparences statistiques, demeurent orphelins.

C’est ce que fait remarquer dans son rapport annuel le Secrétariat à l’adoption internationale. « Un grand nombre d’enfants, plus âgés, présentant des problèmes de santé physique, psychologique ou de développement ainsi que des fratries de plus de deux enfants sont toujours en manque de parents. »

Les enfants étrangers qui sont adoptés ici ont en moyenne 56,5 mois, et 63 des 142 enfants adoptés à l’étranger en 2018 avaient des problèmes de santé.

Vu l’arrivée tardive des enfants, « les Québécois qui vont de l’avant avec un processus d’adoption internationale ont intérêt à être solides, insiste Mme Lemieux. Parce que pendant les premières années, ils seront parents, mais surtout des infirmières et des éducateurs spécialisés ».

La pédiatre Tinh-Nhan Luong, responsable de la clinique d’adoption internationale à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, estime que dans 70 % des cas, cela finit par bien se passer malgré les problèmes physiques, socioaffectifs ou neurodéveloppementaux de plusieurs enfants à l’arrivée.

Ce qui est important, c’est que les couples qui adoptent un enfant à l’étranger le fassent en toute connaissance de cause, en étant bien conscients des difficultés qu’ils rencontreront et « en se demandant entre autres choses si leur emploi leur permettra de s’absenter pour un grand nombre de rendez-vous médicaux ».

Enfin, contrairement à cette époque où la politique de l’enfant unique gonflait les rangs des petites Chinoises adoptées à l’extérieur, il y a eu en 2018 plus de garçons (82) que de filles (60) adoptés à l’étranger par des Québécois.

Principaux pays d’origine des enfants adoptés à l’étranger

Chine : 24

Colombie : 19

Haïti : 18

Viêtnam : 15

Ukraine : 13