Les premiers pas du Québécois dans le baseball majeur avec les Astros de Houston ne sont pas passés inaperçus. Abraham Toro est notre personnalité de la semaine.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

« Je peux dire que je me sens bien », laisse tomber Abraham Toro au bout du fil. « J’ai beaucoup d’émotions. Mais je ne peux pas me plaindre. Ça se passe vraiment bien. »

Vraiment bien ?

Le jeune joueur de baseball québécois vient à peine de commencer à jouer dans les ligues majeures, fait rarissime pour un Québécois ! Il joue pour les Astros de Houston. Et voilà qu’il accomplit déjà des exploits.

La semaine dernière, à Toronto, il a permis à son équipe de gagner en frappant un coup de circuit de deux points. Et avec un dernier retrait en fin de partie, il a permis à son coéquipier Justin Verlander de terminer un troisième match sans point ni coup sûr en carrière. Un grand moment.

PHOTO KEVIN SOUSA, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

La semaine dernière, à Toronto, Abraham Toro a permis à son équipe de gagner en frappant un coup de circuit de deux points.

« Mais où est Toro ? », s’est exclamé Verlander à la fin de la partie. Il voulait absolument saluer ce Québécois nouvellement débarqué qui a fait pencher la balance.

« Ça m’a aidé d’avoir été au camp de la Ligue des pamplemousses », explique le jeune joueur, qui est arrivé en fin de saison dans l’équipe des ligues majeures, mais n’était pas totalement désorienté. 

Il y avait été invité à l’hiver. Il a pu rencontrer différents joueurs. « Je connaissais un peu les gars. » Le joueur de Longueuil a donc pu de toute évidence rapidement se sentir à l’aise. Son jeu a décollé.

C’est bien sûr un rêve qui se réalise pour Toro, qui joue depuis qu’il a 4 ans. Et qui n’a jamais lâché son bâton de baseball depuis ce temps.

« Je pensais qu’il irait plus du côté du hockey », confie sa mère, Yamila Hernandez. « Mais non, il voulait faire comme son grand frère, qui lui donnait des trucs. »

Le grand frère d’Abraham, c’est Douglas Toro, autre joueur de baseball, vétéran voltigeur, qui a joué dans la Ligue de baseball majeur du Québec. Aujourd’hui, il a un MBA et travaille à la Banque Nationale.

« Tous les matins, je me réveille et je me dis à quel point je suis contente de mes enfants. Je me demande ce qu’ils vont faire, ça sera quoi, la belle nouvelle des trois aujourd’hui », raconte Mme Hernandez. Sa fille, Kingberling, a fait des études universitaires en culture hispanique et enseigne aujourd’hui le français, langue seconde. L’intégration et la francisation sont ses spécialités. « Fière ? Le mot ne commence même pas à dire ce que je ressens », ajoute Mme Hernandez, travailleuse en garderie au sein d’une école Montessori.

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Abraham Toro est né au Québec il y a 22 ans, le seul des trois enfants de Mme Hernandez à ne pas être né en Amérique du Sud. La famille est arrivée ici en 1995. Abraham est né en 1996. Aujourd’hui, même si immigrer est difficile, sa mère ne regrette nullement ce départ du Venezuela. Surtout maintenant, alors que le pays ne va pas bien. Elle s’inquiète pour sa famille restée là-bas. Et profite à plein de cette vie ici, qui a si bien tourné.

Toro a grandi à Longueuil et à Greenfield Park. Il a fréquenté les écoles québécoises, en français, bien sûr. Il n’a pas connu le Venezuela, où le baseball est une passion nationale, mais est quand même arrivé à Montréal avec le baseball dans le cœur. « Mes amis ne jouaient pas vraiment au baseball, quand j’étais petit, mais moi oui, et mon frère aussi », explique-t-il au bout du fil. 

C’est beaucoup ce frère, de 13 ans son aîné, qui lui montré à jouer et lui a transmis sa passion.

PHOTO KEVIN SOUSA, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

« Mes amis ne jouaient pas vraiment au baseball, quand j’étais petit, mais moi oui, et mon frère aussi », explique Abraham Toro.

Toro a étudié à l’école secondaire Édouard-Montpetit puis au cégep Vanier. Il est ensuite parti en Oklahoma, au Seminole State College en 2016, pour jouer au baseball, et c’est là que l’organisation des Astros l’a recruté pour jouer dans différentes équipes des ligues mineures aux États-Unis.

C’est seulement en août cette année qu’Abraham est passé aux ligues majeures.

Et maintenant que sa carrière est lancée, lui reste-t-il des rêves ?

Oui. Ce rêve serait de jouer un jour à Montréal. « Est-ce réaliste ? Je pense que oui, mais pas dans un avenir très proche », dit-il. « Mais c’est sûr que j’aimerais jouer devant les partisans d’ici. »

D’ailleurs, il a un message pour tous ceux qui le suivent. « Merci pour le soutien incroyable de tout le monde », dit le joueur, qui s’entoure d’une bulle de concentration quand il quitte le Québec pour aller jouer aux États-Unis. « Il est très concentré, il ne faut pas le déranger. Même moi, j’ai de la difficulté à lui parler », dit sa mère, qui raconte que son fils Abraham a toujours été comme ça, avec un « niveau mental » hors du commun. « Abraham ? C’est une forteresse. » 

Abraham Toro en quelques choix

Un livre

The Mamba Mentality, de Kobe Bryant

Un film

Coach Carter, de Thomas Carter

Une personnalité historique

Jackie Robinson, joueur légendaire de baseball américain, premier Afro-Américain dans le baseball majeur

Une personnalité contemporaine

LeBron James, joueur de basketball

Une phrase

« On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. »

Une cause

L’environnement