« Il va venter fort, ça va brasser. » C’est d’une voix calme que le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, a résumé les attentes des résidants de l’archipel à l’approche de Dorian.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Des vents forts et des tempêtes, les Madelinots en ont vu d’autres. À la veille des intempéries annoncées, tout se déroulait « très normalement », a assuré le maire.

« Nous sommes en mode préventif, pas en mode urgence, a-t-il résumé. Personne ne barricade ses fenêtres. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine

L’ouragan Dorian accélérait son déplacement, hier, vers la Nouvelle-Écosse, où il devait toucher terre aujourd’hui. Le Centre canadien de prévision des ouragans a indiqué hier qu’une veille d’ouragan était en vigueur pour le sud-ouest de Terre-Neuve et les Îles-de-la-Madeleine, au Québec.

Environnement Canada prévoyait de fortes pluies et des vents extrêmes aujourd’hui pour le sud-est du Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, l’ouest de Terre-Neuve, la Basse-Côte-Nord et les îles de la Madeleine. Des veilles de tempête tropicale étaient en vigueur dans différents secteurs des Maritimes.

Panne des télécoms appréhendée

L’une des principales craintes pour les Madelinots restait une reprise du scénario de novembre 2018, lorsqu’une tempête avait sectionné l’un des câbles sous-marins qui reliaient l’archipel au continent, rompant ainsi le lien principal de communication. Le téléphone traditionnel ne fonctionne pas dans les îles et, sans réseau cellulaire et internet, les insulaires s’étaient retrouvés coupés de tout.

« On sait [que les câbles] sont fragiles, on le sait depuis au moins cinq ans », a dit le député provincial des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, du Parti québécois. Il craint que la panne ne se reproduise.

Malheureusement, rien n’a été fait. Alors tout le monde se dit : “Est-ce que cette tempête-ci, on est véritablement en sûreté sur le plan des télécoms ?” On ne le sait pas.

Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine

« On surveille le réseau des communications, on a une vigilance là-dessus », a assuré le maire. Il a ajouté que Bell avait envoyé des équipes en renfort, tout comme Hydro-Québec et la Sûreté du Québec.

Lors de tempêtes précédentes, les Madelinots ont été privés d’électricité. Cette fois, Hydro-Québec a dépêché 12 équipes supplémentaires sur les lieux. « On ne sait pas de quelle façon ça va frapper », a expliqué le porte-parole d’Hydro-Québec pour la région, Réjean Savard. Des poteaux peuvent se casser, des fils peuvent s’emmêler ou tomber. « On va travailler en fonction des avaries », a-t-il précisé.

Il est rare pour les résidants des Îles-de-la-Madeleine de vivre une tempête à ce temps-ci de l’année. « On en a vu d’autres, a dit M. Arseneau. Mais ce qui est particulier, c’est que bon nombre de visiteurs sont encore là et ils ne savent pas à quoi s’attendre. »

À l’abri

Les campeurs ont été avertis des intempéries à venir et invités à se mettre à l’abri. Les propriétaires du restaurant Vent du large, quant à eux, ont décidé d’ouvrir pendant 24 heures à compter de la fin de la matinée aujourd’hui pour accueillir ceux qui le voudraient.

« Les gens peuvent apporter leur sac de couchage, leurs effets personnels et leur lampe de poche. On a des coussins qui peuvent servir de matelas », a indiqué le directeur, François Guay.

C’est la première fois en sept ans de service que son restaurant est encore ouvert lors d’une tempête ; il ferme à la fin du mois de septembre, fin de la période d’achalandage. « On ne sait pas si beaucoup de gens vont venir, mais on va être là », a-t-il précisé. Originaire de Montréal, le Madelinot d’adoption appréhendait hier des conditions hors de l’ordinaire. « J’ai l’impression qu’on va avoir des effets qu’on n’avait pas vus avant », a-t-il supposé.

Du côté de la Nouvelle-Écosse, des pêcheurs ont exprimé leurs inquiétudes à La Presse canadienne. « Espérons que nous n’aurons pas trop de raz-de-marée », a dit Evan d’Entremont, propriétaire d’Evan’s Fresh Seafoods. « C’est le tueur ici. »

— Avec La Presse canadienne