À peu près personne ne connaissait Hassan Guillet avant l’attaque de la Grande Mosquée de Québec. Lors d’une cérémonie à la mémoire des victimes de l’attaque, alors que le sang était à peine sec, l’imam Guillet a tenu des paroles de modération et de pardon qui ont fait le tour du monde.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

L’assaillant de la mosquée, avait dit M. Guillet, était en quelque sorte lui aussi une victime, une victime de cette ère qui suinte l’intolérance.

Ses propos avaient fait le tour du monde. Le New York Times l’avait salué. Le Guardian de Londres aussi. L’auteure de Harry Potter l’avait encensé sur Twitter.

Hassan Guillet est alors devenu une sorte de star au Québec, un exemple de réserve et de dignité, un rejet de l’extrémisme.

On connaît la suite. Fort de sa notoriété récente, Hassan Guillet devait être le candidat du Parti libéral du Canada dans Saint-Léonard–Saint-Michel…

Jusqu’à son éjection récente du Parti libéral, qui lui a retiré la nomination après que des propos jugés antisémites et anti-israéliens eurent été récemment révélés par l’organisation juive B’nai Brith.

En lisant les révélations du B’nai Brith, j’étais dubitatif. On reprochait notamment à Hassan Guillet d’avoir relayé sur Facebook une vidéo célébrant la libération d’un militant pro-Palestine, Raed Salah. On lui reprochait aussi d’avoir affirmé qu’Israël pratiquait une politique d’apartheid envers les Palestiniens.

J’étais dubitatif parce que célébrer la libération des prisons israéliennes d’un homme militant pour la Palestine n’est pas en soi répréhensible.

Et même en Israël, l’idée que l’État hébreu pratique une forme d’apartheid envers les Palestiniens n’est pas une idée en soi haineuse. Même hors d’Israël, l’idée a ses adeptes, comme l’ex-président américain Jimmy Carter.

Sauf qu’en creusant un peu, on découvre que Raed Salah est un militant du Hamas – une organisation qui souhaite la destruction d’Israël – qui croit que les juifs font du pain avec le sang des enfants non juifs et que les juifs ont reçu l’ordre de ne pas se présenter au World Trade Center le 11 septembre 2001, entre autres conneries complotistes…

Puis, ces derniers jours, j’ai reçu d’autres informations. Hassan Guillet a aussi partagé sur Facebook – le 4 avril 2016 – la photo d’un homme du nom de Mohamed al-Gazhali, accompagné d’une de ses citations en arabe : « Vous n’avez pas à être un collaborateur pour bien servir l’ennemi, il suffit d’être un imbécile. »

Qui est Mohamed al-Gazhali ?

C’est un penseur de l’islamisme moderne, un Égyptien qui fut important dans l’organisation radicale des Frères musulmans. En 1992, Gazhali s’est porté à la défense d’islamistes qui avaient assassiné un intellectuel laïque égyptien du nom de Farag Fouda. Ceux qui s’opposent à la loi islamique méritent la mort, avait décrété le sympathique Gazhali.

Hier, Hassan Guillet s’est défendu d’être antisémite ou anti-israélien en conférence de presse, tout en exigeant de Justin Trudeau d’être réintégré sous la bannière libérale.

Je l’ai interviewé hier à mon émission, au 98,5 FM. Sa défense, pour avoir relayé du contenu célébrant les extrémistes Raed Salah et Mohamed al-Gazhali, est simple : je ne les connaissais pas…

Il y a ici deux scénarios.

Un, Hassan Guillet célébrait des islamistes qui n’ont aucun goût pour la modération, il le savait et ce n’était pas un problème pour lui avant que la chose ne devienne publique.

Deux, Hassan Guillet ne savait pas, mais partageait du contenu sans s’embarrasser de vérifier avec une simple recherche Google qui étaient ces hommes dont il célébrait d’une part la libération, d’autre part les miettes de « sagesse ».

Je veux bien donner le bénéfice du doute à Hassan Guillet et croire qu’il n’avait aucune idée que Raed Salah est un membre du Hamas (dont la charte prédit la destruction d’Israël) et que Gazhali est un islamiste qui a applaudi l’assassinat d’un « apostat ».

Disons que cette ignorance des faits n’est pas de la science-fiction. Ça se peut, même si je trouve ça un peu tiré par les cheveux.

Mais même si Hassan Guillet est victime d’une sorte d’imbroglio consternant, même s’il a été piégé par son ignorance de faits pourtant faciles à vérifier, reste qu’il a partagé le contenu d’authentiques salauds. Il a partagé du contenu qui glorifie des extrémistes.

Qu’il n’ait pas vérifié qui sont Raed Salah et Gazhali dans la galaxie de l’intolérance islamiste n’est pas en soi un péché capital pour Hassan Guillet, le citoyen.

Ce l’est pour Hassan Guillet, l’aspirant député.

C’est pour ça qu’au fond, la défense d’ignorance de Hassan Guillet compte peu. Un candidat qui aurait partagé du contenu du fasciste français Jean-Marie Le Pen en plaidant ne pas savoir de qui il s’agissait ne resterait pas candidat longtemps, que ses explications soient vraies ou pas.

Peu de partis tolèrent qu’un candidat flirte ainsi avec des idées extrémistes. Cette intolérance à l’extrémisme est une bonne nouvelle.

Et les islamistes glorifiés dans le contenu partagé par Hassan Guillet sur Facebook sont exactement cela : des extrémistes.

Ce qui est surprenant, c’est que Hassan Guillet soit surpris d’avoir été éjecté du Parti libéral.