(Québec) Afin de financer la production journalistique, la CSN propose de créer un Fonds québécois pour le journalisme. Ce fonds, estime le syndicat, pourrait être financé par la TVQ nouvellement imposée aux biens numériques intangibles et par l’implantation d’une nouvelle taxe de 1 % sur l’achat d’appareils électroniques munis d’un écran.

HUGO PILON-LAROSE HUGO PILON-LAROSE
La Presse

La CSN défendra cette proposition la semaine prochaine à Québec lors des audiences publiques de la commission parlementaire sur l’avenir des médias. Plusieurs organisations – médiatiques, syndicales, patronales et universitaires – seront d’ailleurs représentées de lundi à vendredi alors que la crise des médias prend une tournure plus urgente avec Groupe Capitales Médias (GCM) placé sous respirateur artificiel.

En 2017, affirme la CSN, les achats des consommateurs québécois en informatique et en systèmes de divertissement audiovisuels étaient évalués à 1,7 milliard. Cette nouvelle taxe suggérée par la centrale pourrait donc rapporter 17 millions à l’État annuellement.

« Il y a plusieurs manières de financer un tel fonds, mais l’idée est d’en créer un qui serait là de façon permanente et dont la mission serait de soutenir les entreprises de presse qui font du journalisme de façon équitable », explique en entrevue avec La Presse Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN).

PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, ARCHIVES LE QUOTIDIEN 

Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications

La Fédération est composée d’une centaine de syndicats représentant 6000 travailleurs de l’information au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, dont 350 des quelque 400 employés de Groupe Capitales Médias.

« Pas trop tard »

« J’étais bien content de voir la classe politique soutenir les médias cette semaine. Il n’est pas trop tard. Ce qui arrive à Groupe Capitales Médias donne un coup dur et ça nous rappelle qu’il est minuit moins cinq, pas à peu près », affirme pour sa part Jacques Létourneau, président de la CSN.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Jacques Létourneau, président de la CSN

Dans son mémoire qui sera présenté aux parlementaires, la centrale syndicale propose d’introduire un crédit d’impôt transitoire de 25 % sur la masse salariale globale des entreprises de presse, le temps de réinventer leur modèle d’affaires.

Mais « la cause des difficultés des journaux, c’est les [géants numériques] qui ne contribuent pas à leur financement » tout en accaparant une part croissante des revenus publicitaires, explique Pascale St-Onge. Cet enjeu, qui relève davantage d’Ottawa que de Québec, mène la syndicaliste à presser le gouvernement Legault de réclamer sa « souveraineté culturelle » et de prendre du leadership sur la question.

FTQ : éviter les « pompes à sous »

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, rappelle pour sa part qu’il faut trouver d’urgence une solution viable au modèle d’affaires de la presse écrite afin d’éviter que les programmes d’aide qui sont créés deviennent des « pompes à sous ».

« Il faut une multitude de solutions pour se sortir la tête de l’eau. Une seule solution ne fonctionnera pas. Ça deviendra une pompe à sous et la population va, à un moment donné, lever la main et dire que ça n’a pas de sens que ce soit encore le gouvernement qui vienne en aide à des entreprises dont le modèle d’affaires n’est pas viable. Il faut à tout prix réinventer le modèle », dit-il.

Tout comme la CSN, le président de la FTQ presse le gouvernement fédéral de s’attarder aux géants américains du web, qui siphonnent une écrasante proportion des revenus publicitaires numériques sans être soumis au même cadre fiscal que les entreprises canadiennes. « Je pense que le gouvernement du Québec est trop timide sur ce sujet. Il faut mettre plus de pression sur le fédéral […] si on veut que nos médias survivent », estime M. Boyer. La FTQ représente 7300 employés dans le secteur de la presse écrite, des médias électroniques et des télécommunications.

Les auditions publiques de la commission parlementaire sur l’avenir des médias débuteront lundi à l’Assemblée nationale. En plus des grandes centrales syndicales et d’universitaires, plusieurs organisations médiatiques – dont La Presse, Le Devoir, Québecor, Cogeco Média et autres – seront présentes.

Dominique Payette défend un statut de journaliste

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Dominique Payette

Dominique Payette, professeure titulaire au département d’information et de communication de l’Université Laval, relancera une idée qu’elle avait formulée en 2011 : créer un statut professionnel de journaliste. Selon elle, l’État québécois pourrait ne soutenir financièrement que les entreprises qui emploient 50 % ou plus de journalistes détenant ce statut. « Un regroupement de journalistes aurait la responsabilité d’établir la manière dont ce statut serait attribué et de la mettre en action. Un examen en déontologie ? Un diplôme universitaire incluant la réussite d’au moins un cours en déontologie ? L’État n’aurait évidemment aucun droit de regard sur ces décisions », précise Mme Payette. La professeure ajoute qu’il faut « trouver une manière de rééquilibrer l’écosystème médiatique en cernant qui est journaliste et ce qu’est une entreprise de presse si l’on veut soutenir la mission sociale des médias tout en dépensant judicieusement et équitablement des fonds publics ».

Une « Agence Télé-Québec » réclamée

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Marc-François Bernier

La CSN et Marc-François Bernier, professeur au département de communication de l’Université d’Ottawa, réclament tous les deux dans leurs mémoires la création d’une nouvelle division vouée à l’information à Télé-Québec. La ministre de la Culture, Nathalie Roy, a elle aussi évoqué cette hypothèse cette semaine en entrevue à Radio-Canada. « Il faut certes venir en aide aux médias, une aide qui permettra la production et la diffusion d’information sur des enjeux essentiels à la vitalité démocratique. Mais on doit faire plus, car certaines régions sont des déserts médiatiques, tandis que dans d’autres régions, les médias qui existent ont de réelles difficultés à produire une information à l’abri des pressions économiques et politiques locales et régionales », écrit M. Bernier pour justifier la création de « l’Agence Télé-Québec ».