(Montréal) Le gouvernement du Québec poursuit sa lutte contre la rage du raton laveur afin de s’assurer que ce virus, mortel et transmissible à l’humain, ne traverse pas la frontière américaine.

Helen Moka
La Presse canadienne

Pour ce faire, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs procède à nouveau cet été à l’épandage d’appâts vaccinaux dans 68 municipalités de la Montérégie du 17 au 29 août dans le but de maintenir l’immunisation des ratons laveurs, des mouffettes et des renards contre la rage du raton laveur.

L’épandage par avion s’est amorcé en fin de semaine au-dessus de 32 municipalités de la Montérégie situées pour la plupart près de la frontière avec l’État du Vermont.

De l’épandage manuel s’amorcera mardi dans 36 autres municipalités de la Montérégie, situées principalement à proximité de la frontière avec l’État de New York.

« Présentement, aux États-Unis il y a encore des cas de rage dans la faune. Ils font de la vaccination, mais c’est très long avant d’être vraiment convaincu que la rage est repoussée assez loin de nos frontières », explique le biologiste Frédérick Lelièvre, chef de division au ministère, lors d’une entrevue à La Presse canadienne.

La situation s’est toutefois améliorée, ce qui explique selon l’expert du ministère que les municipalités de l’Estrie sont épargnées cet été.

« La rage est encore présente dans l’État de New York près de nos frontières et c’est pour ça que l’épandage est plus concentré cette année en Montérégie. Donc on poursuit les interventions de ce côté-là ».

Un enjeu de santé publique

Les coûts pour l’intervention de cette année s’élèvent à 1,1 million, ce qui représente le budget pour l’ensemble du programme de lutte contre la rage pour l’année financière en cours, du 1er avril 2019 au 31 mars 2020. La facture inclut les interventions de contrôle et de surveillance sur un territoire de plus de 2800 kilomètres carrés.

À ce jour, aucun cas de rage n’a été transmis à l’humain au Québec, mais M. Lelièvre assure que l’investissement vaut le coup puisqu’il s’agit d’un enjeu de santé publique.

« La rage ne va pas entraîner la disparition des ratons laveurs. Cependant, si elle est transmise à l’homme, c’est une maladie qui est mortelle et qui nécessite des traitements rapides avant même que les signes apparaissent, donc ce sont de grandes implications du côté de la santé publique et de gros frais. »

Quant aux appâts vaccinaux, ils ont l’apparence d’un gros ravioli vert olive afin de bien se dissimuler en forêt. Ils sont très solides et conçus pour être perforés par les dents animales, de sorte qu’ils ne représentent aucun danger pour les enfants. Il faut tout de même éviter de les manipuler.

« Si les gens voient des animaux qui ont des signes suspects, tels que des tremblements, des difficultés à se déplacer ou qui sont morts sans raison apparente, ils peuvent le signaler au ministère, dit M. Lelièvre. Beaucoup de ces animaux vont être récoltés pour être analysés pour être sûr que ce n’est pas la rage qui est en cause. »

Quant aux animaux attirés par cet appât, ils deviennent immunisés contre la rage lorsqu’ils croquent dans l’appât et consomment le liquide vaccinal qu’il contient.

La rage du raton laveur avait fait son entrée au Québec en 2006, de sorte que les efforts pour la contenir et l’enrayer se sont intensifiés jusqu’en 2008. Les efforts pour la maintenir éloignée de notre faune sauvage s’étendent maintenant sur une vingtaine d’années, précise Frédérick Lelièvre.

« Au Québec, c’était la fin de l’épidémie en 2009. Un seul cas [chez un animal] a été répertorié en 2015 et c’était un débordement de l’État de New York. »