En mai dernier, Nick Farkas a été cité par Billboard parmi les International Power Players de l’année 2019. Le magazine souligne le récent travail du vice-président à la programmation d’evenko, qui a dû jongler avec son lot de défis, dont le déménagement de ses quatre festivals le temps des travaux sur le site du parc Jean-Drapeau. Des défis qu’il a relevés haut la main. Nick Farkas est notre personnalité de la semaine.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Dimanche dernier, des dizaines de milliers de personnes ont quitté l’île Sainte-Hélène des concerts plein la tête, de la poussière jusque dans les cheveux et leurs comptes Instagram saturés de photos témoignant de leur passage à Osheaga.

Tout le week-end, on a pu voir des jeunes du Québec, du Canada, des États-Unis et d’ailleurs, identifiables à leurs passes colorées autour du poignet, déambuler à Montréal. « Pendant trois jours, Osheaga devient la 12ville en importance au Québec », souligne Nick Farkas, fondateur de l’évènement, rencontré dans son bureau du siège social d’evenko.

L’édition 2019 marquait le retour au site initial. Un moment crucial, car le succès d’Osheaga repose beaucoup sur son terrain. « L’un des meilleurs endroits au monde, affirme Farkas, pas peu fier. Sans aucun doute, le meilleur site au Canada. » C’est pour cela, d’ailleurs, que la ville a investi pour le rénover. Une bonne nouvelle qui a mené le festival sur un chemin rocailleux. Un chemin d’asphalte en fait, puisqu’une partie du circuit Gilles-Villeneuve est devenu le terrain de jeu des festivaliers pendant deux ans. 

Du mieux qu’il a pu, le promoteur evenko a tenté de reproduire « l’expérience Osheaga » sur son site provisoire. L’aménagement des scènes a été repensé, l’asphalte de la piste de course automobile a été recouvert de gazon. Les efforts (et l’argent) investis ont payé. Aucune baisse de rendement à déplorer.

Il a fallu refaire la même danse pour les trois autres festivals d’evenko : Heavy Montréal, ÎleSoniq et ’77 Montréal. Le magazine Billboard lève son chapeau à l’exploit d’avoir relevé ce défi logistique de taille.

Une équipe avant tout

Une reconnaissance internationale, donc. Au fait, comment pourrait-on traduire en français le terme utilisé par Billboard : « International Power Player » ? Joueur de puissance sur la scène internationale ? 

Nick Farkas se creuse les méninges. Le vice-président à la programmation des concerts et évènements d’evenko se cale au fond de son siège, se concentre. D’origine ontarienne, il est parfaitement bilingue… Mais non, aucune bonne traduction ne lui vient en tête. Il rit de bon cœur.

C’est l’une des choses que l’on remarque d’emblée chez Nick Farkas. Il a le sourire facile. Encore plus quand il parle de son travail. De sa passion, plutôt. « Si tu n’es pas passionné, n’embarque pas dans ce métier », nous dira-t-il au cours de l’heure et demie d’entrevue qu’il nous accorde.

Mais revenons-en à cette fameuse liste Billboard. Farkas y côtoie l’équipe de gestion de Drake, les promoteurs irlandais de la tournée d’Ed Sheeran (au second rang des tournées les plus lucratives de l’histoire) ou encore l’un des présidents de Universal Music. Un « honneur », reconnaît-il. Mais un honneur qu’il veut à tout prix partager. 

On est une équipe, et je ne pourrais rien réaliser sans les gens avec qui je travaille.

Nick Farkas, vice-président à la programmation d’evenko

S’il a accepté que nous brossions son portrait, c’est surtout pour pouvoir nous parler de sa brigade, « incroyable et dévouée ». Plus de 5000 âmes travaillent à monter Osheaga chaque année. Le service de booking qu’il mène est composé de huit personnes, qui à elles seules travaillent chaque année sur les programmes qu’on nous présente au printemps. 

La bonne idée Osheaga

Au moment où nous rencontrons Nick Farkas, quelques jours seulement nous séparent de la 14édition du festival Osheaga. Heavy Montréal vient de se terminer. ÎleSoniq suivra. Équipe ou pas, Farkas en a plein les bras.

Concrètement, quel est son rôle chez evenko ? En bref, il coordonne la programmation des festivals, gère les spectacles en salle, s’occupe de l’aspect organisationnel des évènements musicaux. 

Il est moins impliqué qu’avant dans l’élaboration directe des programmes. « Mais j’assiste quand même à toutes les réunions de booking chaque semaine », tient-il à préciser.

Alors qu’evenko se lance dans le country (le festival Lasso sera lancé en 2020), tout est à planifier. La prochaine année, il aura les deux mains dans ce projet.

Mais, au départ, Nick Farkas s’occupait surtout d’Osheaga. En fait, Osheaga, c’était son idée. « Mais je n’aurais jamais été capable de le faire seul », rappelle-t-il.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Nick Farkas et son équipe ont créé Osheaga en 2006. 

Osheaga a été fondé en 2006. Ce n’était alors qu’un petit festival de musique indépendante. Les premières éditions n’ont pas eu un succès retentissant. Chaque année, Nick Farkas croyait qu’il s’agissait de leur dernier essai. Beaucoup d’argent a été investi. Aucun argent n’a été gagné. Le vice-président exécutif d’evenko, Jacques Aubé, a été de ceux qui ont insisté pour continuer. Un soutien inestimable, dit Farkas. 

Et puis, en 2009, Coldplay figurait en tête d’affiche. En 2011, c’était Eminem. Osheaga est sorti du rouge. Il a pris de l’ampleur, jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui, soit l’un des festivals de musique les plus importants au Canada. Au monde, même. 

Un long parcours

Nick Farkas, la musique et les spectacles, ça remonte à bien plus loin qu’Osheaga. Né en Ontario, il est arrivé à Montréal lorsqu’il avait 5 ans. Jeune adulte, des études en sciences humaines au cégep de Saint-Laurent l’ont mené en urbanisme à l’Université Concordia.

C’est la fin des années 80. La scène punk rock montréalaise n’est pas très grande. Son ami Paget Williams et lui organisent des concerts le week-end. Ils mettent des groupes qu’ils apprécient à l’affiche de petites salles de Montréal.

Puis, en 1992, Farkas fonde le promoteur Greenland Productions avec Dan Webster et Nancy Ross. L’entreprise fonctionne bien (et roule encore aujourd’hui). Cinq ans plus tard, il se joint à l’équipe de Donald K Donald, qui deviendra Universal Concerts, House of Blues, puis Groupe Spectacles Gillett. Et finalement evenko.

Une mission est essentielle pour Nick Farkas depuis ses débuts : « Mettre Montréal sur la map », comme il le dit de son accent anglophone. Grâce à ses concerts, ses évènements et ses festivals. En grande partie grâce à Osheaga, qui a dans son ADN un « volet expérience » essentiel, tant pour les festivaliers que pour les artistes.

L’évènement pourra-t-il grandir et rayonner encore plus ? Nick Farkas avoue avoir plus d’une idée pour le faire. Il n’en dira pas plus, mais semble sûr de pouvoir les mener à terme. « Rien n’est impossible avec notre équipe », dit-il.

Après une vingtaine d’années dans le milieu, Nick Farkas se pince encore. Tout au long de notre entretien, une phrase ponctue de nombreuses fois ses observations : « Jamais je n’aurais imaginé en arriver là. »

Nick Farkas en quelques choix

L’artiste que tu es le plus fier d’avoir « booké » : 

Radiohead, The Replacements, The Cure, Eminem… (il a fallu l’arrêter)

Le meilleur concert de ta vie : 

The Clash, en 1981

Le concert le plus impressionnant :

Radiohead au festival Bonnaroo, de Manchester, en 2006

La meilleure ambiance dans un concert :

Green Day à l’Agora de Québec, en 2010

Ta chanson préférée : 

Here Comes a Regular, de The Replacements