(Montréal) Plusieurs drapeaux de la fierté trans flottaient dimanche après-midi au-dessus de la place de la Paix, à Montréal, où s’étaient donné rendez-vous des centaines de militants de cette communauté pour réclamer une meilleure accessibilité à des soins adéquats.

Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

La Marche Trans, organisée par le collectif Euphorie dans le genre, a adopté en son sixième anniversaire une longue liste de revendications, élaborée de concert avec des organismes oeuvrant dans le milieu. Parmi ces demandes figure la couverture par la RAMQ de l’ensemble des traitements liés à une transition — qu’ils soient médicaux ou non. La chirurgie faciale, les augmentations mammaires, les entraînements vocaux et l’épilation au laser sont notamment cités en exemple.

À l’heure actuelle, le régime public d’assurance maladie ne couvre pas ces soins, jugés cosmétiques. Harley Vescio, coporte-parole de la Marche Trans, objecte qu’ils ne sont pas purement esthétiques et qu’ils constituent même un rempart contre des violences transphobes au quotidien.

« Ce n’est pas pour être plus belles. C’est pour affirmer qui nous sommes, pour notre sécurité », fait valoir la militante.

« Il y a du monde qui se font carrément barrer leur compte de banque parce que quand ils appellent pour remplacer une carte, on leur dit qu’ils n’ont pas la voix d’une femme », illustre-t-iel par rapport à l’importance de cours d’orthophonie.

« Tout le monde ici a une histoire épouvable à raconter. »

« Pas une maladie »

La mise en place d’un modèle dit de consentement éclairé est également réclamée pour mettre fin, entre autres, « à la psychiatrisation et à la pathologisation » du fait d’être trans.

Sam et Bianca, qui ont préféré ne pas s’identifier par leur nom complet, tenaient à participer à la marche de dimanche pour célébrer l’identité trans, trop souvent questionnée à leurs yeux.

« Après avoir passé par une sexologue, par un médecin, par des mois d’attente, tu peux avoir accès aux hormones. Après, ça te prend une lettre d’un psychiatre et d’autres approbations. Tout le monde met tout le temps en doute ce que tu es dans la vie, alors qu’au fond de toi, c’est quelque chose qui est criant depuis que tu es enfant probablement », déplore Bianca.

« Il y a beaucoup de personnes trans qui n’osent même pas aller chez le médecin, parce que tu le sais que tu vas vivre quelque chose de violent chaque fois que tu y vas, ajoute Sam. Quand tu as besoin de soins, ce serait la base que tu sois accueilli comme un être humain et pas comme une anomalie. »

La directrice du Conseil québécois LGBT, Marie-Pier Boisvert, rapporte qu’il a été documenté que des personnes trans se font refuser des soins de santé au Québec.

Jessy Lewandowski peut en témoigner.

« Il y a un an et demi, j’ai failli mourir parce qu’on a refusé de me traiter », raconte le père de famille, qui était accompagné de sa conjointe et de ses enfants à la marche de dimanche.

« Je me suis fait faire une hystérectomie à Drummondville et je me suis vidé de mon sang après être revenu chez moi. Les ambulanciers m’ont amené à l’hôpital et le gynécologue a refusé de se déplacer », se souvient-il.

« J’ai eu besoin de six transfusions. »

Des changements majeurs sont justement revendiqués pour que le personnel soignant soit plus familier avec les diverses réalités des personnes trans et que les établissements de santé et de services sociaux y soient mieux adaptés, que ce soit par l’emploi des pronoms désirés ou encore la présence de salles de bain neutres.

« On ne dit pas que tout le monde doit se spécialiser, mais qu’il y ait une connaissance de base. C’est le minimum », soutient Harley Vescio.