L’agronome Louis Robert a été réembauché par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), six mois après son congédiement pour avoir dénoncé publiquement l’ingérence du secteur privé dans la recherche sur les pesticides, a appris La Presse.

Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Il a signé lundi une entente en ce sens et sera de retour au travail mardi prochain, a indiqué une source gouvernementale qui a requis l’anonymat.

« Il reprendra les fonctions et responsabilités qu’il avait [avant d’être congédié] en janvier, à Saint-Hyacinthe », a précisé cette source.

« Le MAPAQ confirme la réintégration de M. Robert », a indiqué dans un courriel à La Presse une porte-parole du Ministère, Mélissa Lapointe.

Monsieur Robert et le MAPAQ sont déterminés à travailler dans la même direction, c’est-à-dire au bénéfice des agriculteurs de la Montérégie et du Québec.

Mélissa Lapointe, porte-parole du MAPAQ, par courriel

Selon Radio-Canada, Louis Robert sera dédommagé pour la perte de salaire qu’il a essuyée durant son renvoi en plus de recevoir une compensation financière pour le préjudice subi. Une information que La Presse n’a pas pu faire confirmer, l’entente étant confidentielle.

Joint par La Presse, Louis Robert a dit ne pas être autorisé à commenter sa réintégration au MAPAQ ; il a toutefois par le passé exprimé son désir de retrouver son emploi.

Le gouvernement avait offert le mois dernier à Louis Robert de reprendre son emploi au MAPAQ dans la foulée d’un rapport de la protectrice du citoyen concluant qu’il y avait eu des « manquements majeurs » de la part du Ministère dans cette affaire.

Le premier ministre, François Legault, et le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, avaient aussi présenté leurs excuses à Louis Robert, au nom de l’État québécois.

INGÉRENCE ET INTIMIDATION

Louis Robert avait été renvoyé du MAPAQ en janvier, après 32 ans de services, pour avoir transmis à des journalistes des informations faisant état de l’ingérence du secteur privé et d’intimidation au Centre de recherche sur les grains (CEROM), un organisme financé majoritairement par le Ministère.

Le lanceur d’alerte avait auparavant tenté de dénoncer la situation à l’interne, mais la fonctionnaire chargée de traiter la divulgation d’actes répréhensibles n’avait pas donné suite à ses démarches et avait même révélé son identité à ses supérieurs, une information qui a servi à le congédier.

Cette fonctionnaire, Geneviève Masse, a été promue sous-ministre adjointe au MAPAQ.

En reprenant son emploi au MAPAQ, Louis Robert relèvera donc indirectement de Geneviève Masse, mais en cas de « problème », c’est le sous-ministre qui traitera la question, indique la source consultée par La Presse.

RETOUR VU « POSITIVEMENT »

Le retour du lanceur d’alerte dont la dénonciation a secoué le CEROM et le MAPAQ est « vu positivement » par la direction du Ministère, qui n’a aucune animosité à son égard, assure la source gouvernementale contactée par La Presse.

La dénonciation de Louis Robert a « déjà amené des changements », ajoute cette source, rappelant que les 29 recommandations contenues dans le rapport sur le CEROM de la Chaire de gouvernance Stephen-A.-Jarislowsky de HEC Montréal ont été mises de l’avant ou sont en voie de l’être.

Le gouvernement a également entrepris d’examiner la gouvernance des 16 autres instituts de recherche affiliés au MAPAQ.

Un deuxième rapport de la protectrice du citoyen, portant celui-ci « sur le fond de l’histoire », doit être déposé au cours de la prochaine session parlementaire.

« On va attendre que le deuxième rapport soit rendu public avant de faire d’autres changements, s’il y a lieu de faire des changements », précise la source consultée par La Presse.

COMMISSION PARLEMENTAIRE SUR LES PESTICIDES

La réintégration de Louis Robert au MAPAQ intervient alors qu’une commission parlementaire s’apprête à se pencher sur l’enjeu des pesticides. La Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles de l’Assemblée nationale examinera en septembre « les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation », indique le mandat qu’elle s’est donné. Les personnes et organisations intéressées avaient d’ailleurs jusqu’à vendredi dernier pour transmettre leur mémoire ou leur demande d’intervention.