(Québec) Les partis politiques à Québec ont dénoncé hier les gestes islamophobes survenus à Montréal et à Québec depuis une semaine. L’opposition a pressé le gouvernement Legault de redoubler d’efforts pour lutter contre le racisme.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ouvert une enquête après qu’une femme d’origine algérienne et sa fille de 3 ans eurent été la cible de commentaires racistes virulents par un homme qu’elles croisaient dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Cet acte est survenu quelques jours après l’arrestation d’un homme de Québec et de son amie pour avoir agressé à l’arme blanche un chauffeur de taxi d’origine algérienne. Dans une vidéo publiée sur YouTube, l’homme agressé a dénoncé le caractère raciste du geste. Il a aussi reproché au gouvernement Legault d’avoir créé un climat qui décomplexe les gens racistes.

Le cabinet du premier ministre a dénoncé hier les actes islamophobes des derniers jours.

« Nous dénonçons fermement ces actes terribles, a indiqué Ewan Sauves, porte-parole du premier ministre. La haine, le racisme et l’intolérance n’ont pas leur place dans notre société. Notre gouvernement continuera de tout faire pour lutter contre les crimes haineux. »

Il a démenti tout lien entre les gestes islamophobes et le débat qui a entouré l’adoption de la Loi sur la laïcité au cours des derniers mois.

« Il faut améliorer l’intégration de nos immigrants, assurer leur accès au marché du travail. Cela passe notamment par une meilleure reconnaissance des acquis. Nous y travaillons. »

Ewan Sauves, porte-parole du premier ministre

Legault trop timide, dénoncent les libéraux

Selon la députée du Parti libéral Marie Montpetit, François Legault et sa ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, se sont montrés trop timides au cours des derniers jours.

Elle relève que le premier ministre n’a jamais dénoncé publiquement les gestes islamophobes jusqu’à ce qu’il soit questionné par La Presse. Il a pourtant exprimé sa tristesse après la mort du policier Patrick Bigras et celle de l’homme d’affaires Stéphane Roy.

« C’est le silence radio du côté du gouvernement, du côté du premier ministre, du côté de la ministre de la Sécurité publique, a déploré Mme Montpetit. Et ça, c’est inquiétant. Ils ont une responsabilité de maintenir un climat social serein, pacifique. »

« Dans quelle société on vit si on a des agressions qui se font et qu’on a une ministre de la Sécurité publique, si on a un premier ministre qui ne réagissent pas ? », a-t-elle ajouté.

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est lui aussi dit dégoûté par les actes de Québec et de Montréal. « Ça donne froid dans le dos », a-t-il dénoncé.

À ses yeux, ces gestes ne sont pas le symptôme d’un climat d’intolérance dans la province, comme l’ont soutenu des internautes sur les réseaux sociaux.

« Comme dans toute société, il y a des individus qui sont animés de sentiments xénophobes, a-t-il indiqué. Et c’est une tâche collective pour l’ensemble des citoyens du Québec, non seulement de condamner avec force et sans aucune nuance ce type de geste, mais aussi de continuer l’éducation à la connaissance de l’autre. »

La députée de Québec solidaire Catherine Dorion a dénoncé le crime dont a été victime le chauffeur de taxi de Saint-Roch, mercredi. Dans une publication Facebook, elle a appelé la population à se mobiliser contre les « prêcheurs de haine » qui sévissent à Québec.

« Ce climat social, il y a des gens qui en sont responsables, a-t-elle écrit. Il y a des chroniqueurs, des animateurs et des politiciens qui sèment les graines de la haine pour empocher des votes, des clics, du gros cash. Tôt ou tard, ces gens seront tenus responsables. »