Le récent voyage au Burundi du maire de Mont-Saint-Hilaire a provoqué des remous au sein du conseil municipal.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Les élus ont révoqué, lundi soir, l’entente de jumelage signée par Yves Corriveau le 11 juillet à Bujumbura, capitale économique du pays, tandis que la conseillère Christine Imbeau a claqué la porte du parti du maire.

Les élus de Mont-Saint-Hilaire « ont été mal informés » du contexte et de la « possible instrumentalisation à d’autres fins politiques » du jumelage, qui devait concerner strictement des volets culturel et écologique, a indiqué la Ville dans un communiqué, hier.

Le maire Corriveau avait été reçu par le président burundais, Pierre Nkurunziza, dont le régime fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, la torture, le viol et la disparition forcée.

« L’entente signée ne respecte pas les cadres prédéterminés, n’a pas été transmise au conseil municipal pour son approbation et n’a pas été vérifiée, tel qu’il se doit, par l’administration municipale », indique également le communiqué.

Citant la mairesse suppléante Brigitte Minier, le communiqué de la Ville indique qu’il était « inapproprié et inconvenant » que l’entente implique la municipalité régionale de comté de la Vallée-du-Richelieu et le centre local de développement.

La mairesse suppléante a décliné la demande d’entrevue de La Presse.

Le maire en congé de maladie

Le maire Corriveau, qui a écourté son séjour au Burundi en compagnie de sa femme après la publication d’un article de La Presse sur sa visite, n’assistait pas à la rencontre du conseil municipal.

La Presse avait fait état de l’indignation de membres de la diaspora burundaise du Canada et de la désapprobation du seul conseiller indépendant de Mont-Saint-Hilaire au lendemain de la signature de l’entente.

« Monsieur Corriveau, fort affecté depuis son retour au pays, est en congé maladie pour une période indéterminée », a indiqué dans un courriel à La Presse Annie Guillemette, porte-parole de la Ville de Mont-Saint-Hilaire.

Aucune dépense ne sera assumée par les citoyens de Mont-Saint-Hilaire en lien avec le projet de jumelage abandonné, le maire Corriveau ayant offert « d’assumer personnellement les dépenses de son voyage au Burundi », indique le communiqué de la Ville.

Une démission

Évoquant un « bris du lien de confiance », la conseillère municipale Christine Imbeau a quitté la formation politique du maire Corriveau, Avenir hilairemontais, a-t-elle confirmé à La Presse.

Le conseil municipal avait autorisé le séjour du maire, mais ne s’attendait pas à ce que ce dernier signe quelque engagement que ce soit, dit-elle.

La décision de révoquer l’entente de jumelage a d’ailleurs été prise à l’unanimité au conseil municipal, a-t-elle indiqué.

Mme Imbeau déplore également les propos tenus par le maire au sujet de la crise politique et sécuritaire qui secoue le Burundi.

« C’est pas rien, ce qui se passe là-bas ! Qu’il ne veuille pas le voir, ça ne me rentre pas dans la tête, lance-t-elle. Je veux me dissocier de son message. »

Cette démission ne met toutefois pas en péril la majorité de la formation du maire au conseil municipal, qui ne compte maintenant que deux conseillers indépendants.

Crainte d’instrumentalisation

Le gouvernement canadien intime à ses ressortissants d’éviter « tout voyage » au Burundi « en raison des tensions politiques, des troubles civils et de la violence armée ». Dans ce contexte, la rencontre entre le maire Corriveau et le président Nkurunziza servira à la « propagande » du « dictateur » qu’est Pierre Nkurunziza, s’était inquiétée dans La Presse l’Alliance des Burundais du Canada (ABC). Yves Corriveau avait, quant à lui, déclaré n’avoir « aucunement ressenti » être instrumentalisé, même si la présidence burundaise avait mis l’accent sur la rencontre entre les deux hommes dans une publication sur le réseau social Twitter.