(Québec) La vaste majorité des municipalités qui ont récemment été exemptées du moratoire sur la construction en zone inondable – 79 % – se trouvent dans une circonscription de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Cette situation soulève de nouvelles questions sur la manière dont le gouvernement Legault gère les suites des inondations printanières, selon des élus municipaux et l’opposition. Certains le soupçonnent carrément de favoriser ses partisans, ce que nie avec véhémence le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest.

Depuis lundi dernier, Québec a soustrait 43 villes de la « zone d’intervention spéciale » (ZIS), où il est interdit de construire ou de reconstruire des maisons endommagées par les crues. De ce nombre, 34 sont représentées à l’Assemblée nationale par un député caquiste. Six ont un député du Parti québécois (PQ), deux de Québec solidaire (QS). Et une seule est représentée par le Parti libéral du Québec (PLQ).

« Je pense qu’on est en droit de se poser la question : sommes-nous dans la mauvaise circonscription ? », a asséné en entrevue la mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, Danie Deschênes, dont la municipalité se trouve dans la circonscription libérale de Vaudreuil.

Cette élue s’explique mal que 198 propriétés de sa ville soient toujours soumises au moratoire. Aucune ne se trouve dans une zone d’inondation de grande fréquence, et aucune n’a été touchée par les crues de 2017 et de 2019.

Elle souligne que l’inclusion de la ZIS a une répercussion majeure sur les propriétaires. La valeur de leur maison chute de manière vertigineuse, et le coût de l’assurance augmente. Beaucoup l’ont appelée en pleurs, relate-t-elle.

En toute fin de journée vendredi, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation a annoncé que 12 nouvelles municipalités des Laurentides et de la Montérégie seront exclues en totalité ou en partie des ZIS. Elles sont réparties dans quatre circonscriptions caquistes, soit Mirabel, Soulanges, Huntingdon et Beauharnois.

Vaudreuil, où se trouve Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, est représentée par Marie-Claude Nichols, députée du PLQ. Dans cette circonscription, aucune ville n’a été exemptée du moratoire – détail qui n’a pas échappé aux élus locaux.

« Tous les secteurs de la MRC Vaudreuil-Soulanges représentés par la CAQ ont été retirés de la ZIS, a relevé le maire de Terrasse-Vaudreuil, Michel Bourdeau. Ceux qui sont représentés par Mme Nichols n’ont pas été retirés. »

Soupçonne-t-il le gouvernement caquiste d’accorder un traitement de faveur à ses électeurs ?

« À voir comment ça fonctionne actuellement, je vous dirais que oui », a-t-il répondu.

Mme Nichols, porte-parole du PLQ en matière de sécurité publique, questionne depuis des semaines le gouvernement Legault sur sa gestion des inondations printanières. Elle constate aussi que ses commettants ont été exclus de l’annonce de vendredi.

« Je ne peux pas croire que quelqu’un ferait de la politique sur des dossiers aussi importants, qui touchent la sécurité civile et la vie des citoyens comme cela », a-t-elle indiqué.

Le « 450 » favorisé ?

À quelques kilomètres en aval, la ville de Beaconsfield se trouve dans une situation semblable à celle de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot. Quelque 150 propriétés sont soumises au moratoire même si la municipalité soutient qu’elles n’ont jamais été touchées par les crues des dernières années.

L’administration du maire, Georges Bourelle, a retenu les services d’une firme d’avocats et compte s’adresser aux tribunaux si Québec refuse d’en exclure l’ensemble de ses citoyens.

Le maire ne soupçonne pas le gouvernement caquiste de favoriser des villes qui ont voté pour lui. Mais il constate que Québec a accordé beaucoup d’exemptions à des villes du « 450 ».

« Je ne pense pas que le “514” a beaucoup de sympathie du gouvernement en ce moment », a dit M. Bourelle.

Totalement faux, dit Québec

Au cabinet de la ministre Laforest, on réfute avec véhémence toute allégation de conduite partisane. On assure que la politique n’a absolument rien à voir avec la délimitation de la ZIS.

« Il est totalement faux de prétendre que de telles décisions ont été prises en fonction du vote des citoyens, a indiqué par courriel le porte-parole de la ministre, Alexandre Lambert. De tels amalgames doivent être dénoncés. »

Il assure que les ajustements à l’étendue du moratoire ont été décidés après une « analyse rigoureuse, sérieuse et approfondie », entre autres à partir des données de la Communauté métropolitaine de Montréal.

« Des ajustements ont été faits et d’autres sont à prévoir afin de mieux prendre en compte des évaluations plus fines que peuvent nous fournir les municipalités sur l’étendue des crues de 2017 et de 2019 », a indiqué M. Lambert.

Mesure controversée

Le 17 juin, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation a annoncé la création de la ZIS dans la foulée des crues printanières qui ont forcé l’évacuation de 10 000 personnes. Dans cette zone, elle a décrété un moratoire sur la construction et la reconstruction des maisons endommagées par les inondations.

Québec veut profiter de ce répit pour réviser de fond en comble les lois régissant la construction dans les zones inondables.

Le Ministère a cependant admis dans les jours suivants que la cartographie sur laquelle il s’était basé pour délimiter la ZIS était inexacte. Après des consultations publiques mouvementées, auxquelles 5600 personnes ont assisté, Québec a annoncé le 15 juillet que 31 municipalités étaient exemptées du moratoire. Vendredi dernier, 12 autres villes ont été exemptées à leur tour.

Les citoyens qui souhaitent contester leur inclusion dans la ZIS ont jusqu’au 19 août pour joindre le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.