L’avion d’Air Saguenay qui s’est écrasé lundi au Labrador avait subi une panne de moteur au-dessus du Grand Nord québécois il y a moins d’un an, selon deux passagers qui ont vécu la mésaventure.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Le pilote avait dû effectuer un atterrissage imprévu dans une zone extrêmement isolée du Nunavik. Les trois occupants de l’hydravion Beaver avaient dû trouver un abri de fortune pour deux jours, le temps qu’un mécanicien les rejoigne.

Les deux passagers étaient des fonctionnaires du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec (MERN) en tournée d’inspection. L’incident a marqué les esprits au point de pousser l’organisation à donner des cours de survie en forêt à 33 de ses employés.

Les deux fonctionnaires impliqués dans la mésaventure en ont fait part à leurs collègues dans un article sur l’intranet du Ministère, auquel La Presse a eu accès.

« En plein vol, le moteur fait des siennes et coupe complètement. Notre pilote, très expérimenté, a le bon réflexe et remet les gaz rapidement », écrivent-ils, ajoutant que l’incident s’est produit le 29 août 2018. Après l’atterrissage, le pilote les informe qu’« il n’y a plus une seule goutte d’huile dans [leur] hydravion ! », continuent-ils. « Le refroidisseur d’huile est brisé et nous ne pourrons repartir qu’une fois la pièce changée. »

Une photo de l’équipe mise en ligne sur le même réseau montre bien qu’il s’agit de l’hydravion immatriculé C-FJKI, soit le même appareil que celui qui s’est écrasé dans le lac Mistastin lundi dernier. Trois occupants ont été déclarés morts et les autorités recherchent le corps des quatre autres.

Problème « rare »

En entrevue, le patron d’Air Saguenay, Jean Tremblay, a reconnu que son hydravion avait eu un problème de moteur l’été dernier. Il assure toutefois que le moteur et le refroidisseur d’huile avaient été changés depuis, ce qui exclut tout lien avec l’écrasement de lundi.

« Le moteur a eu des ratés parce qu’il y avait un problème d’alimentation d’huile et les températures sont montées très, très haut », s’est souvenu M. Tremblay. « C’est de la mécanique, ce sont des moteurs à pistons, ça peut arriver. »

Il ne peut pas y avoir de lien [entre] l’événement dont vous me parlez » et l’écrasement de lundi. « Zéro, zéro, zéro, zéro. Aucunement.

Jean Tremblay, patron d’Air Saguenay 

Gilles Lapierre, président de l’Association des pilotes de brousse du Québec de 2003 à 2014, a indiqué qu’un moteur qui s’arrête complètement en plein vol était un événement « rare », mais pas catastrophique en aviation. Il a piloté plus de 3000 heures depuis le début de sa carrière, mais n’a jamais connu ce problème derrière les manettes.

« Ça ne m’est jamais arrivé », a-t-il dit. M. Lapierre a toutefois été témoin d’une telle situation alors qu’il était passager. Il n’a pas paniqué. « Un avion avec un moteur arrêté, ça plane », a-t-il rappelé.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles a confirmé l’incident alors que ses fonctionnaires étaient à bord. Il n’a pas été possible de s’entretenir avec ces deux personnes, hier.

« Le MERN a avisé [le mandataire gouvernemental] AéroNolisement de cet incident », a indiqué par courriel Catherine Ippersiel, responsable des communications. « Suite à celui-ci, nous avons pris les mesures nécessaires pour former notre personnel en survie en forêt. Trente-trois employés du Ministère ont suivi cette formation. »

Le Beaver C-FJKI avait été construit en 1956 et a été impliqué dans quatre accidents depuis. En 1972, un passager aurait été grièvement blessé quand l’avion a piqué du nez. En 2001, l’appareil aurait subi des dommages importants en tombant dans une zone forestière près du lac Perdu, dans les monts Valin. Il a ensuite été reconstruit.