On pourrait croire que l’homme d’affaires Peter Sergakis a été déraciné. À la tête d’un empire qui compte des centaines d’immeubles, des restaurants et des bars – dont un bar de danseuses nues –, voilà qu’on le retrouve en complet au milieu d’un champ de la Montérégie, à s’extasier devant la beauté de ses légumes.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

« Regardez comment c’est beau », dit-il en brandissant un bouquet de persil bien fourni. « Tu peux donner ça à ta femme comme un bouquet de fleurs. »

C’est plutôt un retour aux sources pour l’homme de 72 ans qui, enfant, partait en ville vendre les légumes que ses parents produisaient en Grèce dans la ferme qu’il possède encore.

L’an dernier, il s’est mis en tête d’acheter une terre pour alimenter en légumes sa vingtaine de restaurants, dont ceux de la chaîne Station des Sports.

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Enfant, Peter Sergakis partait en ville vendre les légumes que ses parents produisaient en Grèce dans la ferme qu’il possède encore.

« Je parle à tout le monde dans mes restaurants et je leur disais que je cherchais une ferme. J’ai rencontré un couple qui m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui en aurait peut-être une à vendre. »

Au printemps, il a mis la main sur une ferme de deux millions de pieds carrés à Rougemont qui produisait de façon biologique. Peter Sergakis entend bien garder la certification qui fait de plus en plus d’adeptes chez les fermiers de la province.

« On dit que les produits bios sont bons pour la santé et c’est vrai. Quand j’avais 13 ans, en Grèce, on aspergeait les légumes et les raisins avec une poudre jaune. C’était du poison ! Le monde mangeait ça après… »

Peter Sergakis

Il fait faire le tour du propriétaire au volant de sa voiture électrique, en s’arrêtant à chaque champ pour montrer la variété de légumes qui sont cultivés. Les choux sont « beaux en crisse », le concombre qui pousse « est le meilleur pour les salades grecques », les radis sont « tendres » et se mangent « trois, quatre à la fois ».

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Peter Sergakis souhaite que d’ici quelques mois, les restaurants de son groupe soient autosuffisants pour l’approvisionnement en légumes frais.

Peter Sergakis s’enthousiasme devant un vieux tracteur. « Il marche comme un charme. Fais-le partir ! », demande-t-il à un employé. Plus tard, il insiste pour qu’on aille voir le petit berger allemand qu’il vient d’acheter pour faire fuir les indésirables qui viennent manger les légumes la nuit. « Il est assez cute, tu vas vouloir l’amener avec toi ! », dit-il de Prince, indéniablement mignon.

N’est-il pas étonnant qu’un propriétaire de bars où les appareils de loterie vidéo sont légion achète une ferme biologique ? Le vice-président de Placements Sergakis ne s’étonne pas outre mesure de cette décision.

« Quand il se met quelque chose dans la tête, il le fait. Il est ambitieux, il fonce, dit Cosby Tsirigotis de son patron. Nous sommes surtout dans l’immobilier et le développement ; une ferme, c’est un autre domaine. »

Le bio qui fait vendre

Le choix du biologique semble déjà rapporter. « En un mois et demi, on a déjà vu une augmentation de 5 % dans les ventes de nos restaurants, dit Peter Sergakis. On pense que c’est à cause de ça. Les gens veulent manger santé. S’ils savent que nos restaurants utilisent des légumes bios, ils vont y aller plus qu’ailleurs. »

Il souhaite que d’ici quelques mois, les restaurants de son groupe soient autosuffisants pour l’approvisionnement en légumes frais. Debout dans le champ, il voit déjà les choux devenir des cigares au chou dans un menu.

« On fait bouillir les choux, on roule les feuilles avec de la viande hachée, du riz, des épices et de la sauce aux tomates et on donne ça à la clientèle. Ça va être bio ! »

Peter Sargakis

Déjà, il planifie de faire construire une nouvelle serre pour maintenir la production l’hiver. Peter Sergakis estime qu’il pourrait à terme quintupler la production actuelle de la ferme. Les surplus de production seront vendus aux grossistes ou transformés.

« Combien de piments vous pensez qu’on va avoir ici ? », dit l’homme d’affaires en regardant les plants qui s’étendent au loin. Il rit de bon cœur. « On a du fun en faisant de l’argent », conclut Peter Sergakis.