Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses à se faire retirer leur permis de conduire. La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a suspendu 1357 permis à des conducteurs de 75 ans et plus en 2018, ce qui représente un bond de 63 % par rapport à 2015.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Il y a aussi 6507 personnes du même groupe d’âge qui ont renoncé à leur permis en 2018.

Ces chiffres s’expliquent entre autres par le nombre croissant de personnes de 75 ans et plus dans la société, explique Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ. « Les gens vivent plus longtemps, ils sont plus en santé, ils sont plus nombreux à avoir 75 ans et plus. Donc en proportion, il y a plus de gens de cet âge qui se retrouvent sur la route et ils sont aussi plus nombreux à se faire révoquer leur permis ou à y renoncer. »

En effet, les conducteurs âgés de 75 à 84 ans sont passés de 257 127 à 317 395 (+ 23 %) entre 2014 et 2018. Les conducteurs de plus de 90 ans ont, quant à eux, fait un bond de 6683 à 10 420 (+ 56 %) pour la même période.

À partir de 75 ans, les conducteurs sont soumis à leurs premiers tests médicaux pour que leur capacité à conduire soit évaluée. Puis, à partir de 80 ans, les examens sont faits tous les deux ans.

« Six mois avant que la personne atteigne 75 ans, on lui envoie par la poste un formulaire médical à faire remplir par son médecin. Le formulaire nous donne une série d’informations sur l’état de santé du patient concernant sa santé physique et cognitive », dit M. Desrosiers.

De là, les médecins-conseils de la SAAQ peuvent renouveler le permis d’un conducteur, le renouveler avec certaines conditions ou le retirer complètement. Parmi les conditions, on peut demander à un automobiliste de porter des lunettes, d’avoir un appareil auditif ou de conduire uniquement de jour.

Pincement au cœur

Pierrette Donaldson, 87 ans, fait partie des statistiques. Il y a deux ans, la dame de Québec s’est rendue chez son médecin. Quand elle est sortie de son rendez-vous, elle a tout de suite compris que quelque chose clochait. Dehors, il faisait noir et elle ne voyait plus aussi bien qu’en milieu de journée.

À partir de ce moment, Mme Donaldson a pris la décision de cesser de conduire le soir. Mais sa vue, elle, a continué à baisser. Quand elle a finalement reçu un diagnostic de dégénérescence maculaire, elle a rangé ses clés de voiture pour de bon.

« J’ai dit : “C’est fini ! Je n’attendrai pas de faire un accident.” Je suis partie, je suis allée porter mon permis à la SAAQ. »

Pierrette Donaldson

Mme Donaldson admet que la perte de son permis lui a fait un pincement au cœur, mais elle dit que la situation est moins grave que si un optométriste lui avait suspendu le droit de conduire. « C’est moi qui ai décidé. »

Il faut dire que Mme Donaldson peut compter sur son mari de 89 ans pour l’amener là où elle veut, quand elle le veut. Lui, sa santé lui permet encore de conduire.

« Elle m’en parle encore ! »

Récemment, les deux parents de Stéphane Delorme, sur la Rive-Sud de Montréal, ont aussi arrêté de conduire.

« Il y a trois ans, on a commencé à déceler des signes d’alzheimer chez mon père. Il écrivait plein de notes. Il avait de la misère à se retrouver. Des fois, il partait en voiture et il prenait le mauvais chemin. Il se perdait. »

Stéphane Delorme

Après quelques rendez-vous auprès de son médecin et de la SAAQ, on a finalement retiré le permis de conduire à l’homme de 85 ans.

Puis, au printemps dernier, la mère de M. Delorme a aussi cessé de prendre le volant. En déménageant en résidence, la femme a renoncé à son permis.

Mais Stéphane Delorme ne s’en cache pas. Ce grand changement dans la vie de ses parents n’a pas été si facile.

« Mon père, il était fâché. Il n’était vraiment pas content de perdre ses licences. »

« Et ma mère, elle m’en parle encore ! »

— Avec la collaboration de William Leclerc