Le maire d’Oka a tenu des propos «irresponsables» pour justifier son opposition à ce qu’une pinède de 60 hectares soit cédée à la communauté de Kanesatake, a dénoncé jeudi la ministre québécoise responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

La ministre a confirmé qu’elle avait refusé de participer à la réunion publique organisée par la municipalité, mercredi soir, en raison de la teneur des propos tenus ces derniers jours par le maire Pascal Quevillon.

«Je n’adhère pas du tout à ça, a dit Mme D’Amours. Je lui ai dit que ses propos ne sont pas des propos qui sont propices à un dialogue positif. Et je lui ai dit que les propos qui sont cités [dans les médias] étaient des propos que je qualifiais d’irresponsables pour un maire.»

OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Pascal Quévillon

«Je n’adhère pas du tout à ça, a dit Mme D’Amours. Je lui ai dit que ses propos ne sont pas des propos qui sont propices à un dialogue positif. Et je lui ai dit que les propos qui sont cités [dans les médias] étaient des propos que je qualifiais d’irresponsables pour un maire.»

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a aussi déploré la sortie du maire d’Oka. Selon lui, les commentaires de Pascal Quevillon «manquent de respect et de compréhension, qui sont nécessaires à la réconciliation».

Le maire s’oppose à ce qu’un riche propriétaire cède un vaste terrain à la réserve autochtone. Grégoire Gollin espérait contribuer à la «réconciliation» entre les communautés d’Oka et de Kanesatake.

Mais le maire craint que ce don n’enclave sa municipalité. Il a souligné que le territoire de Kanesatake était occupé par «des cabanes à cigarettes, des cabanes à pot, des sites d’enfouissement [illégaux]».

Il a également brandi le spectre d’une nouvelle crise d’Oka, affirmant qu’elle serait cette fois déclenchée par les résidants de sa municipalité.

Ses commentaires ont trouvé des échos chez les citoyens qui ont participé à une assemblée publique mercredi soir. Ils ont été qualifiés de «racistes» par le grand chef de Kanesatake, Serge Simon.

Celui-ci estime que les politiciens ont l’obligation de dénoncer le «racisme en tout genre». «Je ne suis pas sûr encore si ça va calmer la situation», a-t-il dit toutefois, ajoutant espérer un retour au calme.

Quelques membres de la communauté mohawk se sont installés jeudi sur le bord de l’autoroute 344, entre Kanesatake et Oka, pour exprimer leurs revendications. Des drapeaux des Warriors flottaient toujours en fin d’après-midi autour d’une poignée de personnes, assises dans le calme.

Le grand chef n’a pas vu d’un bon œil ce qu’il a qualifié de «barricade». Les manifestants auraient tenté d’empêcher un agent de liaison de la Sûreté du Québec (SQ) d’aller rencontrer le conseil de bande en début d’après-midi, a-t-il dit.

La SQ n’a pas voulu confirmer cette information.

«J’ai vécu ces affaires-là depuis la crise d’Oka. Ça a un impact sur les membres. Quand ils voient des barricades comme ça, ça amène de mauvais souvenirs, ça fait dégénérer l’esprit de la communauté», a déploré au téléphone M. Simon, qui a décliné une rencontre en personne en raison de la présence de ces contestataires.

DAVID BOILY, LA PRESSE

Sylvie D’Amours

Police autochtone

La ministre D’Amours suit le dossier de près depuis plusieurs mois. Elle a eu de nombreux échanges avec le gouvernement fédéral, ainsi qu’avec les dirigeants de Kanesatake et d’Oka. Elle n’a pas pris position sur la cession du terrain à la réserve autochtone.

Elle dit comprendre le «fond» des préoccupations du maire et de certains résidants. Mais elle juge que les commentaires de M. Quevillon étaient «dangereux» et qu’ils encourageaient le «désordre».

«Ce n’était peut-être pas le bon moyen, a-t-elle résumé. Les fonctions d’un maire, ce n’est pas d’appeler à une deuxième crise d’Oka.» Bien qu’elle n’y ait pas assisté en personne, Mme D’Amours a visionné la rencontre publique de mercredi soir. Elle a décelé un changement de ton de la part du maire dans ses échanges avec la population, une ouverture.

Elle a souligné au passage que le chef Simon réclame depuis plusieurs années la création d’un corps de police autochtone pour faire respecter la loi dans sa communauté.

Dans une entrevue avec La Presse jeudi, le chef Simon a réitéré sa demande. «Ce dont on aurait besoin, c’est d’un service policier autochtone, a-t-il martelé. C’est de ça que la population a besoin. On a des courses à pleine vitesse dans les chemins, les aînés ont peur de sortir le soir, il y a toutes sortes de choses qui se passent et il n’y a rien pour l’empêcher.»

Depuis un conflit dans la communauté en 2004, la SQ assure la sécurité à Kanesatake.

PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Des autochtones de Kanesatake se sont installés en bordure de la route 344 face au cimetière Pine Hill.

Dialogue

Le député du Parti libéral David Birnbaum a affirmé que la ministre D’Amours, le gouvernement fédéral et les dirigeants d’Oka et de la réserve autochtone avaient le devoir de favoriser le dialogue. Il a pressé la ministre de redoubler d’efforts pour apaiser la situation, et a lancé une pointe au maire Quevillon.

«[Les dirigeants] ont à contribuer à la meilleure compréhension des préoccupations légitimes de chaque communauté, a-t-il dit. Est-ce que plusieurs remarques des derniers jours ont aidé à cette compréhension? J’ai mes doutes.»

Appel au calme

L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a elle aussi lancé un «appel au calme», jeudi. Son chef, Ghislain Picard, a dit s’inquiéter de la tension croissante entre la nation mohawk et la municipalité québécoise.

«Lorsqu’on connaît un peu le contexte et l’histoire récente, on est tout à fait justifié d’être préoccupé, a-t-il convenu. Ça ne prend pas grand-chose, finalement, pour qu’on assiste à une escalade.»

Il s’est dit déçu que le don de M. Gollin, un geste «d’ouverture», ait donné lieu à un affrontement entre les deux communautés. En revanche, il s’est dit encouragé par les appels au dialogue qui ont été lancés au cours des dernières heures.

«Il y a quand même des commentaires qui ont reflété le souhait de tous qu’on puisse arriver à une solution pacifique dans le dossier, a dit M. Picard. Donc ça demeure encourageant. Mais les tensions sont vives, il faudra faire attention.»

— Avec La Presse canadienne