Le céleri à 6 $ n’aura été que la pointe de l’iceberg : Statistique Canada a révélé hier que le prix des légumes frais a connu une hausse de plus de 17 % en juin par rapport à l’an dernier, soit l’augmentation la plus marquée depuis janvier 2016. Survol.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Pourquoi une telle hausse ?

Statistique Canada a écrit, hier, que la hausse de 17,3 % du prix des légumes frais en juin s’explique « en partie par des conditions météorologiques défavorables dans les régions agricoles ». « On n’a vraiment pas eu un beau printemps. Les productions au champ ne sont donc pas au stade où elles devraient être, et ça cause beaucoup de pression sur les prix », confirme Pascal Thériault, agronome et économiste à l’Université McGill.

Ce cher céleri

On a vite compris le mois dernier que le céleri était devenu un produit de luxe quand le prix s’est mis à frôler un impressionnant 6 $ le pied dans certains supermarchés. C’est simplement la loi de l’offre et de la demande qui s’appliquait, dit le vice-président aux ventes du grossiste Hector Larivée. « Toutes sortes de gourous ont dit que le jus de céleri avait des effets incroyables sur la santé, alors il y a eu une demande sans précédent pour le céleri à une période où la récolte n’était pas aussi bonne que la normale », explique Michel Larivée.

L'effet E. coli

Les agences de santé publique du Canada et des États-Unis ont publié en novembre dernier un avis qui enlevait à quiconque l’envie de se commander une salade César au restaurant : une éclosion de bactérie E. coli empêchait la consommation de laitues romaines. « On voit [dans les données de Statistique Canada] une bonne hausse de prix entre novembre et décembre – 4,7 %. Ça coïncide avec la crise de la laitue qu’on a eue », observe Pascal Thériault. « Le consommateur n’a pas arrêté de manger de la salade ; il l’a mangée différemment. Il est allé vers la laitue iceberg, la laitue frisée rouge, la verte, et le prix de ces laitues-là a augmenté », poursuit-il.

Pommes de terre, chou vert et carottes

La sécheresse qu’ont connue l’été dernier les agriculteurs québécois et ceux de la côte est américaine ont mis à mal les récoltes, ce qui a fait en sorte que les stocks en prévision du long hiver ont vite diminué. Les pommes de terre, le chou et les carottes se faisaient rares dans les entrepôts au début du printemps, et les coûts augmentaient. « Les prix ont été spectaculaires cette année », dit Michel Larivée. En juin, illustre-t-il, un sac de choux se vend généralement entre 15 et 17 $ sur le marché. Cette année, il était au-delà de 30 $. « Pour les pommes de terre, c’est pareil : on a dû payer le double aux producteurs de ce qu’on a payé l’année passée », poursuit le vice-président du grossiste.

Et maintenant ?

Le temps qu’auront mis certains Québécois à bichonner leurs potagers aura été payant : la saison des récoltes est commencée. Les produits des maraîchers québécois arrivent sur les tablettes et font diminuer les prix. « Je ne souhaite pas pour les producteurs que les prix baissent trop, mais si l’été continue d’aller comme c’est parti là, on aura des fruits et des légumes à profusion, ce ne sera pas un problème », dit l’économiste Pascal Thériault, qui encourage du même coup les consommateurs à se tourner vers leurs marchés publics. Et le fameux céleri ? Celui du Québec a poussé, et se vend environ 2 $ l’unité.