(Ottawa) Si Nathalie Provost, survivante de la tuerie à Polytechnique, a démissionné du comité consultatif sur les armes à feu, c’est parce qu’elle a été « déçue » de s’être sentie « instrumentalisée » par le gouvernement et qu’elle veut retrouver sa liberté de parole.

Mélanie Marquis
La Presse

« Il n’y a pas de colère, mais j’ai été très, très déçue », résume en entrevue avec La Presse celle qui a envoyé une lettre lundi au premier ministre Justin Trudeau ainsi qu’aux ministres Ralph Goodale et Bill Blair pour leur annoncer sa décision de jeter l’éponge.

Dans sa missive, elle reproche au gouvernement d’avoir ignoré sa requête de procéder à une refonte du système de classification des armes à feu, mais elle dit aussi avoir eu le sentiment d’avoir été « instrumentalisée » et « utilisée en tant que caution morale ».

« J’étais la seule victime au comité, alors en termes d’image […] je me sens utilisée », explique Mme Provost. « Et je suis déçue, parce que quand j’ai accepté, j’ai pensé qu’on arriverait à quelque chose », laisse-t-elle tomber à l’autre bout du fil.

Même si les libéraux n’ont selon elle pas livré la marchandise avec le projet de loi C-71, qui resserre le contrôle des armes à feu, elle souhaite leur victoire en octobre prochain. Car si les troupes d’Andrew Scheer l’emportent, tout sera à recommencer, craint-elle.

« Moi, ce que j’espère, c’est que Justin Trudeau et Ralph Goodale vont comprendre qu’il y a un prix politique à ne pas appuyer le contrôle des armes. En ce moment, on semble surtout voir le prix politique à déranger le lobby des armes », argue Nathalie Provost.

À ses yeux, le seul qui a « clairement dit qu’il fallait faire quelque chose » est le ministre de la Réduction du crime organisé, Bill Blair – et ce, même si ce dernier a piloté une consultation sur l’interdiction des armes de poing et d’assaut qui s’est avérée « inutile ».

« [Justin] Trudeau a pleuré après les attentats de Nouvelle-Zélande, mais il n’a rien fait, alors que M. Blair semble vouloir faire quelque chose », a déploré Nathalie Provost, se demandant s’il faut « soupçonner qu’il y a des tensions à l’interne ».

Le ministre Blair a eu un entretien téléphonique aujourd’hui avec la vice-présidente démissionnaire, qui avait été nommée au comité consultatif canadien sur les armes à feu en 2017.

« Il a remercié Mme Provost pour sa contribution à la protection des Canadiens et pour son soutien sans faille au nom des victimes de la violence armée – ces voix avaient été largement oubliées sous le précédent gouvernement », a-t-on relaté.

Et on a assuré que celles des membres du comité ont bel et bien été écoutées.

Or, celui qui a été président du comité pendant un moment, le juge à la retraite de la Cour suprême John Major, a toutefois lui aussi émis certaines critiques, mardi.

Il a confié en entrevue à La Presse canadienne qu’il avait l’impression que ce ne pas être utile, car le comité ne faisait qu’apprendre ce qui avait été décidé par le gouvernement.

L’ex-magistrat a écrit deux fois à Ralph Goodale afin de lui dire qu’il faudrait rencontrer des témoins et colliger des données, mais il n’a jamais eu de réponse.

- avec La Presse canadienne