L’entrepreneur qui bâtira la nouvelle prison pour migrants à Laval devra « faire face à la résistance », a assuré une coalition de groupes de gauche, hier, alors qu’une vague d’attaques frappe les entreprises impliquées dans le projet.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Tisseur, de Val-David, a récemment obtenu le contrat de 50 millions. Le nouveau bâtiment accueillera les étrangers qui risquent de disparaître dans la nature avant leur expulsion. La prison actuelle est vétuste.

Tisseur rejoint ainsi le cabinet d’architectes Lemay et l’excavateur Loiselle parmi les entrepreneurs de l’Agence des services frontaliers du Canada – et du même coup parmi les cibles de militants anarchistes opposés au projet. Depuis un an, ceux-ci ont notamment fracassé des vitrines d’entreprises impliquées, posé des bombes fumigènes et couvert une devanture de peinture. Le mois dernier, la voiture personnelle d’un architecte a été incendiée devant son domicile, marquant un sommet dans l’intensité des attaques.

« Pas un projet comme les autres »

Hier matin, une coalition opposée à la construction de la prison a pris la parole devant le site du futur chantier, à l’invitation de Solidarité sans frontières. Ce groupe affirme n’avoir rien à voir avec les attaques, mais refuse de les condamner.

La construction de cette prison, « ce n’est pas un projet comme les autres », a fait valoir Amy Darwish, porte-parole du groupe. « En acceptant ce projet, [les entreprises] deviennent complices de la violence du système de détention », ce qui les obligera à « faire face à la résistance ».

Tisseur n’a pas rappelé La Presse.

Quant aux attaques contre les entreprises impliquées, « il faut comprendre le contexte dans lequel ces choses arrivent, a relativisé Mme Darwish. Les gens emploient une diversité de tactiques pour mettre de la pression sur le gouvernement et sur les entreprises qui peuvent profiter de la détention. » Ces tactiques sont-elles efficaces ? « Je ne me positionnerai pas là-dessus, mais c’est sûr qu’il y a eu d’énormes retards jusqu’à maintenant dans la construction », a-t-elle dit.

May Chiu, de l’Association des juristes progressistes, a expliqué qu’à son avis l’incendie d’une voiture dans un quartier résidentiel, « ça ne devrait pas arriver ».

Témoignage d’un ex-détenu

Carmelo Monge, porte-parole du groupe Mexicain.e.s uni.e.s pour la régularisation, a témoigné de la dureté des conditions de vie dans un tel centre de détention. Lui-même y a séjourné, il y a quelques années.

« Il y a vraiment de la souffrance, notamment psychologique, a-t-il témoigné. Les jeunes souffrent vraiment, surtout les enfants. Ils absorbent tout : la colère, la tristesse, la souffrance. »

Le gouvernement fédéral a fait valoir que le nouveau bâtiment offrirait des conditions de vie plus acceptables aux étrangers qui y sont détenus, notamment aux mineurs. Les groupes qui s’étaient déplacés hier à Laval ont toutefois affirmé qu’Ottawa devrait simplement arrêter d’emprisonner les migrants.