L’agriculture biologique séduit de plus en plus de fermiers au Québec. La province compte maintenant 2083 fermes biologiques ; il s’agit d’une hausse de 29 % en 2018 par rapport à 2017. C’est ce que révèle la plus récente compilation du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV).

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Dans la production de sirop d’érable, de lait et de grandes cultures, ce sont principalement des fermes déjà établies qui passent de la culture conventionnelle à la culture biologique. Dans le cas de la production maraîchère, ce sont beaucoup de nouvelles entreprises qui se lancent dans le biologique.

De 2017 à 2018, la superficie réservée à la culture biologique est passée de 72 000 à 85 000 hectares. En incluant les transformateurs, on compte désormais 2671 entreprises biologiques au Québec, selon les chiffres du CARTV, organisme public qui s’assure que les appellations comme « maïs sucré de Neuville », « agneau de Charlevoix » ou « biologique » sont bien appliquées et respectées.

Pascale Tremblay, présidente-directrice générale du CARTV, affirme que cet engouement pour le biologique est une réponse à la demande des consommateurs 

« Les consommateurs veulent savoir comment leurs aliments sont produits et transformés. La production biologique vient avec un cahier des charges très détaillé. Ça, ça rassure les consommateurs. Cette transparence leur plaît », explique-t-elle.

La production biologique a augmenté de 17 % en production végétale, de 11 % en production animale et de 5 % dans le secteur de la transformation. Mais c’est dans l’acériculture qu’on remarque la hausse la plus importante. On comptait 40 % plus d’érablières biologiques en 2018 qu’en 2017.

Passer d’une production conventionnelle à une production biologique, c’est plus simple pour une érablière que pour une production laitière [qui doit adopter des changements] de l’alimentation des animaux jusqu’au troupeau laitier.

Pascale Tremblay 

Au cours des dernières années, le gouvernement du Québec a également annoncé des programmes d’aide pour les fermiers qui désirent se convertir à la culture biologique. Aussi, l’annonce de la politique bioalimentaire du Québec, en 2018, n’est pas étrangère à la hausse du nombre de fermes bios, croit également Mme Tremblay.

« Réduire nos expositions aux pesticides »

Avec ses deux frères, Alexandre Adam prend tranquillement la relève de la ferme que son père a démarrée dans les années 80, à Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière. La ferme Adam 2000 produit du maïs, des céréales et du soja.

Sur les terres qu’il loue à son père pour lancer sa propre entreprise agricole, Alexandre Adam continue dans la même lignée et cultive les mêmes végétaux. Or, comme de plus en plus de fermiers, il le fait de manière biologique. L’année prochaine, après trois années à cultiver sans pesticides, il obtiendra sa certification.

« Je suis agronome. Je suis allé à l’université. On connaît maintenant mieux les effets des pesticides. Vraiment, je fais la transition pour y être moins exposé », explique M. Adam.

L’agriculteur affirme aussi qu’il veut être « maître chez lui ». Contrairement à la culture conventionnelle, il dépend de beaucoup moins d’intrants pour cultiver ses grains et ses céréales de manière biologique.

La production de soja biologique obtient les mêmes rendements, contrairement à la production de céréales et de maïs, qui est légèrement plus faible depuis qu’il a amorcé sa transition. Mais n’allez pas croire que M. Adam regrette sa décision. Au contraire.

« Est-ce qu’on doit vraiment comparer le rendement du biologique à celui du conventionnel ? Peut-être pas. En bio, on a besoin de moins d’intrants, c’est une culture qui nécessite moins d’énergie. En plus, on a une plus petite empreinte écologique », dit-il.

Vincent Lafleur, sa conjointe et un couple d’amis se sont quant à eux lancés en agriculture en 2017 avec la ferme Le jardin des funambules. Les entrepreneurs font pousser une quarantaine de variétés de légumes à Saint-François-Xavier-de-Brompton, en Estrie. Dès le premier jour, ils ont entrepris les démarches pour obtenir leur certification biologique. Ils l’ont reçue en 2018, comme de nombreuses autres fermes au Québec.

« On connaît mieux l’agriculture conventionnelle aujourd’hui. C’est d’ailleurs un terme que je n’aime pas tant. On devrait l’appeler l’agriculture chimique parce que c’est la chimie qui mène ses activités », dit M. Lafleur, l’un des quatre associés du Jardin des funambules.

Et avec leurs enfants qui grandissent sur la ferme, jouent dans des allées de tomates et croquent dans les carottes qui sortent à peine de terre, « c’était juste naturel » que les deux familles penchent vers le biologique, conclut M. Lafleur.