C’est une mise en scène digne des pires pièces de théâtre d’été qu’on a pu admirer hier à Québec, après le rapport de la protectrice du citoyen dans la saga du congédiement du fonctionnaire lanceur d’alerte Louis Robert.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

D’abord, le ministre de l’Agriculture André Lamontagne, mauvais comédien, est venu nous dire qu’il n’avait rien à se reprocher dans cette affaire. Tout ça, a-t-il dit, relevait de l’ancien gouvernement…

Le ministre s’était pourtant bel et bien vanté d’avoir personnellement autorisé le congédiement de l’agronome. Il faudrait que le coach d’art dramatique de M. Lamontagne lui explique le concept de responsabilité ministérielle.

Ensuite, le sous-ministre Marc Dion a annoncé sa démission dans la foulée du rapport, très dur pour le MAPAQ, que M. Dion gérait au moment du fiasco du congédiement de Louis Robert.

Sauf que l’annonce du départ de Marc Dion est arrangée avec le gars des vues, de la viande rouge lancée aux chacals que sont les journalistes : il était prévu que Marc Dion parte de toute façon à la retraite en… juillet !

(Insérez ici les rires en canne.)

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La protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a aussi souligné à grands traits que Louis Robert avait suivi la procédure normale quand il a constaté que des intérêts privés avaient étouffé des recherches accablantes pour les vendeurs de pesticides, recherches financées avec vos taxes.

L’agronome a dénoncé à l’interne, à « la responsable des divulgations ». Il s’agit d’un processus censé être confidentiel pour permettre aux lanceurs d’alerte de signaler des irrégularités sans crainte de représailles…

Il n’est rien advenu des dénonciations de l’agronome Robert à l’interne, le ministère de l’Agriculture n’a pas donné suite, le MAPAQ n’a jamais inquiété les influenceurs du privé.

Louis Robert, voyant donc que rien ne bougeait, a choisi d’alerter des journalistes. Quand Radio-Canada et Le Devoir ont sorti des enquêtes sur les vendeurs de pesticides qui camouflent de la recherche publique sur les pesticides tueurs d’abeilles, une enquête a enfin été déclenchée…

Pour trouver la source des journalistes !

Ça tombait bien, la « responsable des divulgations à l’interne » du ministère de l’Agriculture avait justement le nom du gars qui avait dénoncé à l’interne la situation qui était au centre des révélations de Rad-Can et du Devoir

Qu’a fait Geneviève Masse, au mépris de la confidentialité dont Louis Robert aurait dû profiter ? Elle a donné son nom au sous-ministre Marc Dion !

Qu’est-il advenu de Geneviève Masse, depuis ? Elle a obtenu une promotion : elle est devenue sous-ministre adjointe à l’Agriculture !

(Rires en canne, bis.)

Hier, le ministre André Lamontagne a été formel : non, Geneviève Masse ne subira aucune matraque administrative pour avoir violé son devoir de confidentialité à l’égard d’un lanceur d’alerte, un fait souligné par la protectrice du citoyen.

L’État a voulu se protéger en liquidant Louis Robert. L’État se protège en protégeant Geneviève Masse. L’État se protège toujours, d’abord et avant tout. Ça dépasse le ministère de l’Agriculture, bien sûr.

Comme le gouvernement protégera le ministre Lamontagne.

Mais n’oublions jamais ceci : le premier réflexe d’André Lamontagne en janvier a été de poignarder dans le dos l’agronome Louis Robert en le salissant publiquement. Le premier réflexe du ministre a été de se ranger du bord des lobbyistes.

C’est ce pantin qui doit arbitrer les conflits inévitables entre l’intérêt public et les intérêts privés en agriculture.

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Il manque un personnage dans cette histoire. C’est celui du haut fonctionnaire Bernard Verret, le dauphin du sous-ministre « démissionnaire » Marc Dion.

Si c’est Verret qui hérite du poste laissé vacant par Dion, ce sera business as usual. Le réflexe sera encore et toujours de considérer qu’un fonctionnaire qui parle à des journalistes au nom de l’intérêt public, c’est plus grave que la censure de chercheurs par des intérêts privés.

De toute façon, le mal est fait. Que Louis Robert soit réintégré dans son job d’agronome ou pas, rapport de la protectrice du citoyen ou pas, le message à tout fonctionnaire du gouvernement du Québec qui pourrait être tenté de dénoncer une saloperie illégale ou immorale est clair : si vous dénoncez, votre carrière va en souffrir.

L’État se protège toujours, d’abord et avant tout. Et les sonneurs d’alerte menacent l’État.