Des fibres, de l’eau… et une facture salée. Une assiette de crudités peut passer pour un plat de luxe, ces jours-ci, alors que le prix du céleri atteint des sommets dans les supermarchés québécois.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Si le prix du légume a triplé, voire quadruplé, depuis quelques semaines, c’est en raison des conditions météo dans le sud des États-Unis et des tendances alimentaires, selon les spécialistes.

Provigo demandait hier 6 $ pour un modeste pied de céleri, alors que Metro et IGA en exigeaient 5 $. Il s’agit pourtant normalement de l’un des légumes les moins chers du rayon des produits frais. De quoi rappeler à certains la « crise du chou-fleur » de 2016, alors que le prix de celui-ci avait atteint 8 $ pièce.

« Je me pince tous les matins pour être certain que c’est vrai », a expliqué Sylvain Guinois, producteur de céleris (et de laitues) de Saint-Isidore, près de Châteauguay. Il surveille les prix de près, dans l’espoir de pouvoir vendre ses légumes à prix d’or dans quelques semaines. « Normalement, une caisse de 24 pieds de céleri se vend de 15 à 18 $ » sur le marché de gros, alors que « ces temps-ci, c’est 80 à 100 $ la caisse », a-t-il dit.

M. Guinois n’a pas la berlue, confirme Sylvain Charlebois, professeur en économie de l’alimentation à l’Université Dalhousie. « Ça a pas mal augmenté », a-t-il dit.

« En gros, c’est une question de manque de produits de la Californie », a continué le professeur Charlebois, qui situe à la fin d’avril le début de la crise. « Dans l’est du Canada, il y a eu une plus grosse hausse qu’ailleurs au Canada. »

Froid et précipitations

Statistique Canada, qui suit le prix des aliments, explique que les régions des États-Unis (comme Oxnard, en Californie, et Yuma, en Arizona) qui envoient ce légume sur le marché canadien ont été affectées par de mauvaises conditions météo ces derniers mois.

Ces régions agricoles « ont connu des températures exceptionnellement froides et de fortes précipitations au cours des derniers mois », a précisé la porte-parole Emily Theelen dans un courriel à La Presse canadienne, le mois dernier.

Selon M. Charlebois, d’autres hypothèses méritent aussi d’être étudiées pour la montée des prix. « Il y a beaucoup de spéculations autour du céleri en tant que super-ingrédient, des chefs qui recommandent aussi le céleri », a-t-il dit. La montée des prix de la laitue romaine dans la foulée de la crise de l’E. coli, l’an dernier, pourrait aussi avoir joué, toujours selon M. Charlebois.

Les Québécois devraient commencer à manger les céleris de Sylvain Guinois et de ses confrères vers la mi-juillet. « Entre le 15 et 20 », a-t-il dit. « Les chaînes nous demandent des prix [en ce moment], mais nous, on n’ose pas trop donner un prix, a continué l’agriculteur. On dépend beaucoup du marché américain. Si le marché américain est très fort, les prix vont se tenir. Si le marché américain ne tient pas, on n’aura pas le choix de suivre. »

Hier, selon le département de l’Agriculture des États-Unis, le pied de céleri californien se vendait 3,66 $US à Boston, sur le marché de gros. À pareille date l’an dernier, le même produit se vendait 0,88 $US.