Québec – Québec a la réputation d’être une « ville d’autos » et les dernières statistiques montrent que c’est de plus en plus vrai. La croissance de la circulation automobile n’est d’ailleurs pas près de s’arrêter dans la capitale, prévient le ministre des Transports, François Bonnardel, qui y voit une raison de plus de construire un troisième lien.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Le nombre de véhicules a augmenté plus rapidement que la population à Québec dans les dernières années, et l’utilisation des transports en commun a baissé, révèle une étude dévoilée jeudi par le ministère des Transports.

L’enquête origine-destination montre que dans la région Québec-Lévis, le nombre de véhicules a monté de 20 % entre 2011 à 2017. Pendant ce temps, de 2011 à 2016, la population n’a cru que de 16,1 %.

La part de l’auto dans les déplacements a encore progressé au détriment des transports en commun. Elle représentait 78 % de tous les déplacements en 2017 contre 75 % en 2011. En guise de comparaison, la part des navetteurs qui utilisent la voiture dans la grande région de Montréal se situe autour de 68 %, un chiffre stable depuis des années.

Selon le ministre des Transports, cette réalité n’est pas près de changer. « Québec, l’environnement de Québec, les banlieues… Il y aura toujours des gens qui vont vouloir venir s’établir, il y aura plus de véhicules, a dit M. Bonnardel. Il y a une augmentation du nombre de véhicules à Québec et ça va continuer d’augmenter. »

M. Bonnardel estime que le troisième lien est nécessaire pour « sécuriser » le réseau. Il a d’ailleurs dit jeudi qu’il espérait pouvoir préciser le projet d’ici l’automne.

Qui dit vrai ?

Le rapport origine-destination était très attendu à Québec. L’étude permet de voir le nombre d’automobilistes qui circulent entre les deux rives. Elle pourrait donc servir à établir s’il y a un réel besoin pour un nouveau lien interrives qui coûtera des milliards.

Dans une présentation en avant-midi, un analyste du ministère des Transports a toutefois prévenu que l’étude de ces chiffres prendrait des semaines aux ingénieurs. Jean Côté a averti les médias : attention de ne pas tenter d’interpréter ces chiffres sans les connaissances, les diplômes et l’analyse nécessaires.

Le ministre Bonnardel ne s’est pas privé, quant à lui, pour affirmer sans nul doute que les données de l’enquête prouvaient la nécessité d’un troisième lien à l’est. Selon un découpage qu’il a présenté aux journalistes, 21 000 déplacements interrives se font à l’est le matin, contre 31 000 à l’ouest.

Ces chiffres, l’analyste Jean Côté ne les avait même pas en main lors de sa présentation en matinée.

La manière dont le ministre a découpé les zones a surpris la Ville de Québec. Celle-ci, qui est très critique du projet de troisième lien, avait fait jeudi son propre découpage à partir des mêmes chiffres, qui montrait une activité beaucoup plus marginale à l’est.

« On peut tracer une ligne où on veut et faire dire ce qu’on veut aux chiffres », a affirmé le directeur-général de l’organisme Accès transports viables, Étienne Grandmont, qui s’oppose à la construction d’un nouveau lien.

Dissensions sur le tramway

Selon le président du Réseau de transport de la capitale (RTC), les chiffres prouvent surtout que Québec a besoin d’un système de transports en commun structurant.

« On est à la croisée des chemins, et si on n’offre pas ces options-là, l’effet de congestion va juste s’accentuer », note Rémy Normand, élu d’Équipe Labeaume.

Le ministre des Transports estime lui aussi que l’offre en transports en commun doit être bonifiée dans la région. « Le transport en commun, ce sera extrêmement important. Si on veut changer le comportement des gens, il faudra leur donner un système structurant qui sera bon », a dit M. Bonnardel.

Son gouvernement a toutefois soufflé le chaud et le froid dans les dernières semaines sur le projet de tramway cher au maire de Québec, Régis Labeaume. François Legault a même laissé entendre qu’il faudrait le revoir à la baisse. Le gouvernement a ensuite dit qu’il faudrait procéder par étape puisqu’il manque 800 millions au projet de 3,3 milliards. Québec et Ottawa ne s’entendent pas sur la provenance des fonds.

Jeudi, M. Bonnardel a encore une fois brouillé les cartes. Il a affirmé que les sommes nécessaires à une interconnexion entre le réseau de Québec et Lévis par le futur troisième lien seraient pigés dans l’enveloppe de 3,3 milliards du réseau de transport structurant.

Il n’en a jamais été question, de répondre Rémy Normand, du RTC. « Nous, ce qu’on fait, c’est le réseau pour l’agglomération de Québec. S’il y a des coûts induits pour des connexions comme celle-là, c’est sûr que ce sera le gouvernement qui va les assumer. »

Élément surprenant de l’enquête origine-destination, les déplacements à vélo ont augmenté fortement. Il y en avait eu 16 900 par jour à Québec-Lévis en 2011, et il y en a eu 25 300 en 2017.