(Québec) Après la Chambre de commerce de Québec, le Conseil du patronat et des groupes environnementaux, c’est au tour de Bombardier de mettre son poids derrière le projet de transports en commun structurant dans la capitale, qui est menacé.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La division ferroviaire de Bombardier, qui construit des tramways, des métros et des locomotives, vient de se payer une publicité sur les réseaux sociaux pour un mode de transports collectifs « lourds » à Québec.

La publicité prend la forme d’un vox pop où des citoyens de la capitale se disent favorables à l’implantation d’un tramway ou même d’un métro. Les entrevues ont été réalisées cet hiver, alors que Bombardier Transport tenait un stand d’information dans le centre commercial Laurier Québec, où les passants pouvaient virtuellement monter à bord d’un tramway.

Le vox pop a notamment été diffusé sur les réseaux sociaux, et Bombardier a payé pour que Twitter en assure une plus grande diffusion.

Cette publicité fait partie d’une offensive plus large de Bombardier Transport. L’entreprise compte plusieurs lobbyistes inscrits qui cherchent à influencer le choix du mode de transport que privilégiera Québec. Elle veut aussi convaincre les élus d’exiger un minimum de contenu local.

« Nous souhaitons faire connaître Bombardier Transport dans la ville de Québec », a expliqué dans un courriel un porte-parole de l’entreprise, Kaven Delarosbil.

Influencer l’opinion publique

L’entreprise ne cache pas son intérêt pour le projet de 3,3 milliards du maire Régis Labeaume, qui prévoit la mise en place d’un tramway et d’autobus à grande capacité. Bombardier Transport possède une usine de 500 employés à La Pocatière, à 150 km de Québec.

« Ce que fait Bombardier, c’est qu’elle prépare le terrain avec ce vox pop », analyse Bernard Dagenais, professeur en relations publiques à l’Université Laval.

Auteur de l’ouvrage La publicité : stratégie et placement média, M. Dagenais note qu’on ne sait rien de la méthodologie employée par Bombardier. « On ne sait pas si sur 40 personnes, 30 ont dit que le tramway n’était pas une bonne idée, mais [que Bombardier a] gardé ceux qui faisaient [son] affaire. »

« L’objectif est d’influencer l’opinion publique, et non pas d’aller chercher la mesure de l’opinion publique », dit-il. 

Un projet en suspens

La publicité de Bombardier représente un nouveau chapitre dans la bataille de l’opinion publique autour de ce projet prévu pour 2026. Divers acteurs sociaux ont pris position pour le tramway, notamment la Chambre de commerce de Québec, la rectrice de l’Université Laval et une vingtaine de médecins.

Les adversaires du tramway se regroupent autour du chef de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin. Celui-ci a d’ailleurs lancé hier une pétition en ligne pour réclamer la tenue d’un référendum. 

Un sondage de janvier 2018 commandé par la station de radio FM93 montrait que 49 % des répondants étaient pour le tramway, et 46 % contre. Plus récemment, la firme Léger a été mandatée par trois groupes environnementaux pour sonder la population. Elle a conclu que 59 % des habitants de Québec soutenaient le tramway.

Le maire Labeaume a déjà rejeté l’idée d’un référendum et souhaite aller de l’avant le plus rapidement possible. La Ville attend maintenant la décision de Québec et d’Ottawa, qui n’arrivent pas à s’entendre sur le financement de 3 milliards.