Stéfanie Trudeau, alias matricule 728, est devenu célèbre pendant le printemps érable pour avoir aspergé des manifestants de gaz poivre. Sept ans plus tard, l’ex-agente du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est finalement sanctionnée pour ce geste immortalisé dans une vidéo virale.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le Comité de déontologie policière a déclaré Stéfanie Trudeau inhabile à exercer le métier d’agent de la paix pendant deux ans pour avoir utilisé de l’aérosol capsique (gaz poivre) sans prudence et discernement le 20 mai 2012. Une sanction toutefois sans réelles conséquences puisque l’ex-policière a pris sa retraite du SPVM en 2015.

« La gravité des inconduites se caractérise par le fait que l’agente Trudeau a aspergé, à trois reprises, des manifestants qui n’étaient aucunement menaçants à son endroit », écrit le juge administratif Richard W. Iuticone dans sa décision du 11 avril dernier.

Huile sur le feu

Ce soir de mai 2012, la policière d’expérience était au cœur d’une manifestation étudiante qui était en train de déraper au centre-ville de Montréal, angle Sainte-Catherine et Saint-Hubert. La situation était « hors de contrôle » déjà quelques heures avant que la policière ne prête main-forte à des collègues. Or, Stéfanie Trudeau a mis de l’huile sur le feu en aspergeant de gaz sans raison valable une manifestante qui avait franchi la ligne policière.

Un geste qui a rendu plus agressifs les manifestants témoins de la scène. Un homme a ensuite fait perdre patience à l’agente Trudeau en criant à son endroit. La policière l’a alors aspergé d’aérosol capsique sans avertissement. Pourtant, « rien dans les propos et les gestes du manifestant ne constituait des menaces ou une agression imminente », conclut le juge. La policière d’expérience avait d’ailleurs « tout le temps » d’aviser les manifestants de se disperser avant d’utiliser son aérosol.

« C’est cette vidéo-là qui a tout commencé et qui a causé ma perte. Les gens disent que je suis un monstre, que je suis la pire police de Montréal », avait déploré la retraitée en décembre dernier, en marge de sa comparution. Selon le juge, l’ex-policière n’a toutefois pas fait l’objet d’une couverture médiatique « hors du commun », comme le plaidait l’avocat de Mme Trudeau pour obtenir une sanction plus clémente.

Les antécédents déontologiques et criminels de l’ex-policière ont également été pris en compte par le juge. L’an dernier, Stéfanie Trudeau avait été déclarée inhabile à exercer les fonctions de policière pendant 10 mois pour avoir arrêté, violenté et insulté un citoyen en marge d’une manifestation étudiante en 2012. L’ex-policière a également été reconnue coupable de voies de fait pour une arrestation musclée dans un appartement de l’avenue Papineau en octobre 2012. Elle a toutefois porté l’affaire en appel.