Ahuntsic-Cartierville, Pierrefonds-Roxboro, L’Île-Bizard – Sainte-Geneviève : les trois arrondissements ont été identifiés comme des secteurs particulièrement touchés par inondations à Montréal. Samedi, dans ces quartiers, des Montréalais se sont entraidés pour se protéger contre les aléas de dame Nature. Au lendemain de l’état d’urgence décrété par la métropole, des résidants de l’île sentaient la nécessité d’agir.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Tout le monde s’entraide »

À Ahuntsic-Cartierville, Giuseppe Andreoni et Denis Lemieux surveillaient samedi matin le niveau de l’eau de l’autre côté de la digue érigée par les voisins de l’avenue du Ruisseau. « Tous les résidants du coin sont venus aider », a expliqué en souriant M. Lemieux, qui a coordonné le travail. Celui qui est surnommé « MacGyver » a l’expérience des inondations : il en a vécu quelques-unes dans les années 70, à L’Île-Perrot, notamment. « J’en suis à ma 7e ou 8e inondation, je sais à quoi j’ai affaire », a-t-il dit, soulignant avoir eu une excellente collaboration de la Ville afin d’obtenir les matériaux pour la digue, érigée près de la rivière et non autour de chacune des maisons. « On est tous proches, tout le monde s’entraide », a souligné de son côté M. Andreoni.

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Giuseppe Andreoni et Denis Lemieux.

Pierrefonds sous l’eau

L’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, à Montréal, continuait samedi à lutter contre les inondations. Des employés de la Ville étaient à pied d’œuvre pour surveiller l’état des digues et repousser l’eau. Plusieurs voies étaient inondées, dont le boulevard de Pierrefonds, importante artère commerciale, fermé à partir de la rue Richmond jusqu’à la rue Jacques-Bizard. Le comptoir de service d’un poste de quartier du Service de police de la Ville de Montréal situé sur le boulevard a lui aussi dû être fermé temporairement. Près de la rivière des Prairies, des résidants continuaient de tenter de sécuriser leur demeure. « Des bénévoles sont venus nous aider avec la digue, ils sont incroyables », a souligné Patrick Sloan, rencontré près de sa maison mobile, non loin de l’eau. L’agglomération de Montréal comptait samedi après-midi 75 résidences inondées.

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Le boulevard de Pierrefonds, importante artère commerciale, était fermé samedi à partir de la rue Richmond jusqu'à la rue Jacques-Bizard.

Des sacs, encore des sacs

Dans l’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, la Ville avait installé des souffleuses à neige au bout de certaines rues pour repousser l’eau vers la rivière des Prairies. Avec des amis – « les meilleurs du monde », a-t-elle souligné –, Geneviève Delisle s’affairait à placer de nouveaux sacs de sable autour de sa demeure samedi. Si elle se trouvait chanceuse d’être si bien entourée, elle déplorait l’absence d’aide extérieure. « À force de transporter les sacs, j’ai les bras qui tremblent », a-t-elle souligné. Ses plus jeunes enfants, âgés de 4 et 9 ans, sont hébergés chez ses parents par crainte du danger, surtout si la digue venait à lâcher. En après-midi, le site de la Sécurité publique du Québec calculait le débit de la rivière des Prairies près de cette hauteur à 3279 m3/s.

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Avec des amis, Geneviève Delisle s'affairait samedi à placer de nouveaux sacs de sable autour de sa demeure.

Le cerveau bien au sec

Vêtue d’un imperméable et chaussée de bottes de pluie, Jocelyne St-Maurice demeurait optimiste et de bonne humeur malgré la menace de l’eau dans sa cour, qui donne sur la rivière des Prairies. « Je ne me laisse pas envahir le cerveau », a dit la femme de 71 ans. Elle a tout de même joint les services d’urgence pour l’aider à augmenter la hauteur de sa digue puisque son mari et elle n’en étaient pas capables. Des pompiers s’affairaient à empiler de nouveaux sacs de sable sur ceux déjà posés tout autour du terrain, samedi. Des proches, venus de différentes villes du Québec, ont aussi répondu à l’appel de Mme St-Maurice. « S’ils ne sont pas inondés, on va être contents », a dit Richard Vivier, qui avait aidé le couple en 2017 aussi.

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Jocelyne St-Maurice

Des bénévoles indispensables

Des sacs de sable passaient de mains en mains jusqu’à une digue dans la cour d’une maison de L’Île-Bizard. La dizaine de personnes participant à l’effort ne se connaissaient pas. « Quand j’ai vu à la télévision les scènes de désolation, je me suis informé sur où je pouvais aider », a dit Luc Blanchette, vêtu d’un imperméable jaune. Il est parti de Lachine, seul, pour aller aider des inconnus inondés dans le quartier de Montréal. Brad Anderson, un autre bénévole, supervisait le travail. Il était en communication, par émetteur-récepteur portatif, avec d’autres volontaires. « On répond aux urgences, a-t-il dit. On n’a pas eu d’aide de l’armée. Sans les bénévoles, on perdrait l’endroit. » S’il a dit coordonner son travail avec la Ville, il estimait que celle-ci n’avait pas assez de ressources disponibles pour aider tout le monde. Lui-même aurait aimé voir une centaine de bénévoles supplémentaires sur le terrain.

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Un groupe de bénévoles en action à L'Île-Bizard

« C’est la dernière fois » 

Les rues du parc de maisons mobiles Wilson, à L’Île-Bizard, étaient inondées. Vêtu d’une salopette de pêcheur, Yannick Morin marchait devant sa demeure au toit gris. Sa femme et ses deux jeunes enfants avaient déjà trouvé refuge chez des proches. Lui-même ne comptait pas rester bien longtemps, même si l’eau n’avait pas encore atteint un niveau critique pour sa maison. « On n’a pas de sous-sol, mais les maisons travaillent », a-t-il souligné. Sa crainte est d’ailleurs de voir l’une d’elles par terre, poussée par l’eau. « C’est la dernière fois que je vis ça, c’est fini, a-t-il soupiré. C’est sûr que je ne déménage plus proche de l’eau. » À une rue de là, Michel Bélanger s’inquiétait de la fonte des neiges dans le nord du Québec, qui pourrait faire encore augmenter le niveau de l’eau autour de sa maison. « Je voulais être au bord de l’eau, mais pas autant », a lancé le nouveau retraité.

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Yanick Morin dans le parc de maisons mobiles Wilson, à L'Île-Bizard.

Tracteurs et camions à la rescousse

Dans les rues de L’Île-Bizard, camions et tracteurs roulaient dans l’eau pour acheminer des sacs de sable aux résidants. Aziz Gouriny comptait en installer encore quelques-uns autour de sa résidence. Si la maison du Montréalais n’est pas située tout au bord de la rivière des Prairies, elle subit les contrecoups de la crue causés par un ruisseau derrière sa cour. « Je suis épuisé », a confié l’homme en regardant l’importante quantité d’eau derrière sa maison. Derrière les digues de sacs de sable, il avait creusé des rigoles pour permettre à l’eau de s’écouler. « Là, ça n’arrête pas de monter, mon cabanon commence à lever », a constaté l’homme, découragé aussi par son expérience des inondations trois ans plus tôt. Il a dû refaire son sous-sol. Cette fois, il était mieux préparé. Il attendait des amis samedi pour venir l’aider à rendre sa digue plus résistante.

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Un tracteur roule dans l'eau pour acheminer des sacs de sable aux résidants.