Des maisons encerclées par l’eau. Une rampe sans marches visibles. Une statuette presque entièrement submergée. Samedi, à Rigaud, des parties de la ville ont goûté au débordement de la rivière des Outaouais. Des citoyens continuaient à se battre contre les crues printanières pour préserver leurs biens, là comme dans beaucoup d’autres régions du Québec.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Les habitants de Rigaud aux abords de l’eau disputaient une course contre la montre, samedi. Sous un ciel gris, des résidants continuaient à empiler des sacs de sable et à installer des bâches, alors que l’eau devant leur demeure atteignait déjà plusieurs décimètres de hauteur, rendant l’accès impossible en voiture. La rivière des Outaouais était sortie de son lit.

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« Je n’ai pas l’intention de partir, a dit avec fermeté Michael Scanzano, rencontré devant la résidence de sa mère, sur le chemin de la Pointe-Séguin. La dernière fois, ils m’ont évacué de force et je n’ai pas été capable de sauver la maison. »

« Ils », ce sont, dit-il, les militaires et les policiers venus le chercher en canot lors des inondations de 2017. La Ville de Rigaud avait alors ordonné l’évacuation de secteurs entiers.

Pour M. Scanzano, la mesure est la cause des dommages subis par la maison de sa mère de 67 ans. Le travailleur de la construction est persuadé qu’il aurait pu sauver la demeure s’il avait pu continuer à pomper l’eau en restant sur place en 2017.

Il a construit une petite fortification en bois doublé d’une membrane isolante et de plastique pour protéger la maison. Il a ajouté trois pompes à eau à l’originale. En tout, il a utilisé 78 tonnes de sable, a-t-il précisé.

« J’ai mon bateau, je peux me rendre à mon camion sur la route [si quelque chose manque] », a-t-il souligné, son chien Roxy à ses côtés.

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Pas d’ordre

Pour l’instant, la Ville n’oblige pas ses citoyens à quitter leur résidence, « mais on le conseille fortement », a expliqué au téléphone Marie-Andrée Gagnon, directrice du service des communications de la Ville de Rigaud. « C’est leur décision, mais peut-être qu’on ne pourra pas offrir les services de sécurité ensuite », a-t-elle ajouté.

Non loin de la maison de la mère de M. Scanzano, un voisin, Jean Péloquin, empilait lui aussi des sacs de sable, mais comptait s’installer chez sa fille. 

« À partir de demain, s’il y a [trop] d’eau, on évacue. » — Jean Péloquin, résidant de Rigaud

L’homme s’occupait de la maison d’un ami, parti à l’extérieur du Québec. Devant la demeure, une pancarte « à vendre » précisait ce qui est vu le reste de l’année comme un attrait : « bord de l’eau ».

Habitant deux maisons plus loin, M. Péloquin a obtenu l’autorisation de surélever sa résidence, mais les travaux, rendus nécessaires après l’inondation de 2017, n’ont pas encore été terminés.

« Le pire, c’est après, a-t-il confié. Avec le nettoyage, l’humidité. Il faut couper le Gyproc. Là, ce qu’on fait là, ça a l’air de beaucoup d’ouvrage, mais c’est après que c’est difficile. »

« Sauver la maison »

Dans les zones inondées, des employés des services de sécurité faisaient le tour des résidences, informant les gens des ressources offertes et tentant de répertorier les habitants toujours sur place. Si des résidants avaient décidé de rester dans leur domicile malgré les inondations, certains d’entre eux ont préféré évacuer leurs animaux. 

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Des employés du Dog Club sont ainsi allés chercher deux chiens d’un couple rencontré par La Presse qui a décidé de « sauver la maison », mais qui avait peur pour ses animaux. 

« On conseille aux gens de sortir leurs animaux le plus vite possible, de ne pas les laisser là pendant qu’il y a les inondations. » — Justine Leblanc, propriétaire du Dog Club

Rester ou partir, la décision semblait difficile pour beaucoup de gens. Non seulement à court terme, mais aussi dans un horizon plus lointain. « On remet en question le fait d’habiter ici [à Rigaud], a dit Gyno Chevrier. On pense à peut-être déménager. » Une douzaine d’amis et de membres de la famille étaient venus l’aider à remplir des sacs de sable et à les transporter de la caserne de pompiers à sa résidence. Il estimait à environ 600 ou 700 le nombre de sacs utilisés pour sa digue.

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Des maisons de l’île Bigras, à Laval, ont été partiellement inondées, samedi.

Du côté de l’île Bigras, à Laval, Lorraine Cusson se posait aussi des questions quant à la propriété de son conjoint, Paul Dussault. Ce dernier était bien occupé samedi, aidé par des sous-traitants de la Ville de Laval, à tenter de repousser l’eau menaçant sa résidence. En 2017, il avait « un mètre d’eau dans la cave », a-t-il indiqué. Il a déjà songé à déménager.

« On se disait que ça n’arrivait pas souvent, mais là, ça remet la valeur en cause, a dit Mme Cusson. Il y a une maison qui a été démolie tout près, le terrain est à vendre, mais qu’est-ce que ça vaut ? »