Lise Vadnais, soeur de Christiane Vadnais tuée en juin 2016 par un pitbull, sort son livre Attention chien dangereux le 27 mars. Elle est devenue la porte-parole de ceux qui luttent pour arrêter la reproduction des pitbulls. Hier, elle était présente à l'audition sur le chien qui avait attaqué six personnes dans l'arrondissement de Montréal-Nord, en août dernier.

MANON LOUVET LA PRESSE

L'audition commence, Lise Vadnais est présente au premier rang. Pourtant, l'affaire ne la concerne pas directement. Mais avec ses feuilles et son stylo bleu, elle ne rate aucun des mots prononcés dans cette salle d'audience. Au bout de quelques minutes, elle se lève même pour demander si l'audition peut se dérouler en français. Quatre heures plus tard, la séance est levée. Lise Vadnais sort inquiète du palais de justice de Montréal : « Je sens que la Ville de Montréal ne va pas obtenir gain de cause », exprime-t-elle. 

Face à MAnne-France Goldwater, dont la requête vise à stopper l'euthanasie du chien, l'avocat de la Ville de Montréal, MAlexandre Paul-Hus, a semblé pour Lise Vadnais moins écouté. Une situation qui l'inquiète au plus haut point : « Ce chien a agressé violemment quatre enfants et deux adultes, ils auraient pu ne pas s'en sortir. Ce pitbull doit être euthanasié. »

Lise Vadnais tient à souligner un point important : elle aime les chiens et en a un. Mais après le drame qui a coûté la vie de sa soeur, Christiane Vadnais, le 8 juin 2016, elle souhaite non pas tuer les pitbulls, mais stopper leur reproduction et les faire interdire au Québec.

« Il faut protéger les humains. C'est inacceptable qu'une telle chose puisse se reproduire demain. Il ne faut pas qu'ils vivent au milieu d'humains », dit-elle. 

Elle relève notamment les nombreuses fois où l'intervention d'un témoin a sauvé la vie de personnes victimes d'agression par un pitbull. Depuis plus de deux ans, Lise Vadnais consacre la plupart de son temps à cette lutte, jusqu'à en publier un livre.

Attention chien dangereux recense l'essentiel de ses recherches sur les pitbulls et revient sur l'histoire de sa soeur. « Souvent, je ressortais frustrée des interviews, car j'avais toujours énormément de choses à dire que je ne trouvais pas le temps d'exprimer en deux, trois minutes d'entrevue. Ce livre m'a permis de rassembler tout ce que j'ai appris sur les pitbulls. »

Lise Vadnais a beau prendre parti d'entrée de jeu, son livre s'adresse à tous, tant les pro- que les anti-pitbulls. Les faits relatés dans cet ouvrage ont cependant pour but de marquer les esprits. 

« Je veux amener les gens à se faire leur propre idée, qu'ils soient touchés et qu'ils se positionnent dans le débat, qu'ils s'engagent. Ce livre a pour but d'informer et de dénoncer la désinformation. Si le gouvernement sentait ses citoyens concernés et impliqués, les choses changeraient. » 

Au fil des pages, Lise Vadnais livre une multitude d'histoires et de chiffres témoignant de la dangerosité des pitbulls.

Lutter jusqu'au bout

Avant de perdre sa soeur de façon tragique, Lise Vadnais n'était pas impliquée dans cette cause et ignorait tout de l'ampleur du débat qui fait rage sur la scène mondiale. Par la force des choses, elle est aujourd'hui devenue la porte-parole de cette lutte. 

« Désormais, dès qu'il y a une affaire impliquant des pitbulls, je suis immédiatement contactée par des journalistes. » Et si difficile que cela puisse être sur le plan psychologique, elle ne compte pas lâcher l'affaire. « Tant que les pitbulls ne seront pas interdits au Québec, je n'abandonnerai pas. Depuis la perte de ma soeur, même si cela me demande beaucoup, c'est comme ma mission. Je ne me sentirai pas bien d'arrêter avec tout ce que je sais », dit-elle, la voix tremblante. 

Pour Lise Vadnais, la prochaine étape sera d'interpeller le gouvernement de la Coalition avenir Québec en rencontrant Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique du Québec. « Je veux relancer le gouvernement. Beaucoup de pays et environ 500 villes des États-Unis ont interdit les pitbulls ou imposé des restrictions. »

Avec la sortie de son livre mercredi prochain, Lise Vadnais espère susciter un nouveau débat sur la scène publique et rallier les Québécois à cette cause qui, selon elle, rassemble tout le monde. « Personne n'a envie d'avoir un voisin qui possède un chien qui peut tuer, un pitbull, personne. » Elle souhaite également réaliser une enquête afin de comprendre pourquoi certains Québécois achètent des chiens dangereux comme le pitbull.

Extraits du livre 

Pendant ce temps, le chien bondit à nouveau sur Christiane. Il vise sa gorge, son visage. Effrayée, elle a le réflexe de se protéger de son bras gauche. Le rapport du coroner révèlera plus tard l'état de ce bras : lacéré jusqu'à l'os. [...] Une douleur fulgurante lui coupe le souffle, probablement lorsque le chien, qui la secoue comme une poupée de chiffon, lui fracture le péroné. [...] Son corps déchiqueté, son sang répandu sur le gris des dalles et sur le vert du gazon, son coeur qui vient de cesser de battre.

Le maire Paul Leduc, en entrevue le soir même au Téléjournal de Radio-Canada, dit qu'à défaut d'une loi provinciale, sa Ville a « décidé d'agir ». « Quand on regarde les statistiques, mentionne-t-il, le fait que 89 % des morsures et des attaques violentes avec amputation et défiguration proviennent des pitbulls nous laisse croire que le temps est venu de faire quelque chose pour protéger les citoyens. »

En 2005 [...] ici au Canada, l'Ontario, après une série d'attaques survenues au fil des ans - en 2004 seulement, 168 morsures de pitbulls ont été rapportées à Toronto, sans compter quatre personnes atrocement mutilées par des pitbulls -, est devenue la première province à interdire ce type de chiens (et chiens apparentés) sur son territoire.

Aux États-Unis seulement, il y aurait tous les jours deux attaques de pitbull et tous les 10 jours, une des victimes en meurt. [...] Selon une enquête effectuée auprès des urgences des hôpitaux de Montréal, deux attaques de chiens nécessitant des soins médicaux auraient lieu chaque semaine à Montréal, sans compter toutes les agressions dont on ne parle pas, dont celles où les victimes, en échange d'une somme d'argent, sont sommées de se taire.