« La loi 10 de Gaétan Barrette a été une erreur et la qualité des services est en baisse depuis qu’elle a été promulguée », a dit Jennifer Dupuis, présidente du conseil d’administration de Care Jeunesse, un groupe qui vient en aide aux jeunes de la DPJ,  y compris à leur sortie.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Cette observation a été faite mercredi matin à la Commission Laurent qui se penche sur la protection de la jeunesse.

Mme Dupuis faisait ici référence à la loi qui a été promulguée en 2015 et qui a vu la DPJ être intégrée à un réseau de la santé lui-même très centralisé à cette occasion.

Ancienne enfant de la DPJ, Jennifer Dupuis s’est faite la porte-parole des nombreuses doléances des jeunes pris en charge par l’état.

Trop souvent, les fratries sont séparées et les jeunes perdent contact avec leurs frères et sœurs.

Les jeunes en centres jeunesse manquent aussi de vêtements et de produits d’hygiène de base, a poursuivi Mme Dupuis.

L’école en centre jeunesse ? Nettement déficiente, a-t-elle dit. « Certains cours, comme les sciences physiques, ne sont souvent même pas dispensés. On se dit qu’ils ne sont pas nécessaires à l’obtention du diplôme de secondaire 5. Peut-être, mais ils sont nécessaires pour ceux qui veulent aller au cégep. »

De façon générale, se désole Mme Dupuis, les jeunes de la DPJ ne sont aucunement encouragés à poursuivre leurs études au cégep. On ne leur dit aucunement que ça leur est accessible et ils sont très rares à se rendre à l’université.

Destiny Gregoire, qui a été une jeune de la DPJ et qui est en voie de devenir travailleuse sociale, a expliqué à quel point elle a été exceptionnellement chanceuse de n’avoir eu que deux familles d’accueil. « Ma mère - de famille d’accueil, je veux dire - croyait que tous les enfants ont droit à une famille. Elle était vraiment gentille. La plupart des jeunes changent sans cesse de foyer. C’est trop chaotique, c’est impossible dans ces conditions de développer un sentiment d’appartenance à une école, par exemple. »

Mme Grégoire a aussi rappelé qu’à 18 ans, contrairement aux jeunes qui sont encore dans leur propre famille, les enfants qui sortent des centres jeunesse n’ont pas de petits soupers mijotés pour eux ou une épaule consolatrice sur laquelle s’appuyer lors de coups durs.

Les jeunes de la DPJ se retrouvent souvent à la rue, sans ressources, sans assez d’argent pour se payer le cégep ou des soins dentaires.

Quand on est autochtone, comme Mme Grégoire, s’ajoute une douloureuse acculturation.

« Je ne le savais pas, moi que c’était quelque chose de formidable, d’être une autochtone, de faire partie des premiers peuples du Canada. J’aurais eu besoin d’un mentor, j’aurais eu besoin qu’on me parle de l’histoire de mon peuple. Je n’ai rien eu de cela et je suis en train d’apprendre à parler cri. »