Les drones peuvent aider à surveiller les incendies de forêt pour éviter qu’ils ne deviennent impossibles à maîtriser, selon un professeur de génie de Concordia. Dans une récente étude, il propose divers instruments permettant cette surveillance et même, éventuellement, la prévention des incendies de forêt, par l’identification, grâce à l’intelligence artificielle, des caractéristiques des forêts susceptibles d’être frappées par des incendies.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

À pied et par satellite

La surveillance des incendies de forêt se fait actuellement par satellite, avec des avions avec pilote, des patrouilles à pied et à partir de tours de guet. « Ce n’est pas optimal », explique Youmin Zhang, ingénieur aérospatial de l’Université Concordia qui a publié ses travaux dans les actes du troisième symposium international sur les systèmes autonomes, qui a eu lieu en mai en Chine. « Avec les drones, on peut couvrir les forêts de manière beaucoup plus systématique. Et c’est plus sécuritaire : depuis 20 ans, 80 pilotes sont morts en combattant des incendies de forêt aux États-Unis. » D’ici cinq ans, selon l’ingénieur montréalais, les avions-citernes prenant l’eau des lacs pour éteindre les incendies de forêt pourront être des drones. Les actes du symposium viennent d’être publiés par l’Institut des ingénieurs électriques et électroniques (IEEE).

Infrarouge

La surveillance d’un brasier forestier impliquerait un drone à aile fixe plus grand, équipé de capteurs plus nombreux et sensibles et capable de rester très longtemps en vol, et des drones hélicoptères plus petits équipés de caméras vidéo et infrarouges. Une demi-douzaine de drones peuvent surveiller un incendie de forêt de bonne taille, ce qui signifie qu’une douzaine suffiraient pour le Québec en entier. « On peut envoyer les images en temps réel sur les téléphones des pompiers », dit M. Zhang.

Prédire l’itinéraire des brasiers

Youmin Zhang travaille depuis plus de 10 ans sur des essaims de drones travaillant ensemble pour gérer des incendies de forêt. « La collaboration entre drones est l’avenir de la lutte contre les incendies de forêt. Ça va décupler les capacités des drones, particulièrement avec l’intelligence artificielle. À partir des données de vent, d’humidité, de température et de densité d’arbres, il sera rapidement possible de prédire l’évolution des incendies. » Pourrait-on savoir à l’avance qu’ils vont se produire ? « Il faudra davantage de données historiques », dit M. Zhang.

Depuis 1961

La première surveillance d’un incendie de forêt par un avion téléguidé a eu lieu en 1961 aux États-Unis, selon M. Zhang. Mais il a fallu attendre 1996 pour qu’un projet-pilote en bonne et due forme ait lieu au Montana, mais il était limité à la surveillance vidéo. Au tournant du millénaire, deux projets américains et un européen ont été lancés avec des drones modernes munis de multiples capteurs. Depuis, les tests se multiplient aux États-Unis et en Europe, et plus récemment en Chine, sans qu’une utilisation systématique des drones par les pompiers forestiers s’impose, selon M. Zhang.

Chiffres

518
Nombre d’incendies de forêt combattus par la SOPFEU en 2018

418
Nombre moyen d’incendies de forêt combattus chaque année par la SOPFEU de 2008 à 2017

28 400 hectares
Superficie des forêts endommagées par des incendies en 2018 au Québec

34 100 hectares
Superficie des forêts endommagées par des incendies de 2008 à 2017 au Québec

3 des incendies de forêt combattus par la SOPFEU en 2018 ont causé 90 % des dommages

Source : SOPFEU