Dislocation des deux coudes, fractures, traumatisme crânien… Un jeune homme oublié dans un télésiège à Bromont s’en est sorti avec plusieurs blessures après une chute d’une dizaine de mètres. Ski Bromont a été condamnée la semaine dernière à lui verser quelque 150 000 $ en indemnisation.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Vincent Jauvin s’apprêtait à faire une dernière descente à vélo, à la fin d’une journée d’août, lorsque le remonte-pente s’est arrêté, le laissant seul, suspendu à 10 mètres du sol. Il n’y avait pas d’autres clients à bord. Le jeune homme, âgé de 23 ans à l’époque, n’avait pas de téléphone cellulaire avec lui.

Exposé au vent, craignant l’hypothermie, il a décidé de tenter d’atteindre un pylône relié à son télésiège par un câble, auquel il s’est agrippé pour se déplacer.

Les mains du jeune homme ont fini par lâcher prise et il est tombé. Des randonneurs lui ont porté secours. Sa chute a entraîné de nombreux maux : commotion cérébrale, dislocation des deux coudes, traumatisme crânien, foulure à une cheville, fêlure de côtes, fracture de trois os du poignet et fracture au plancher de l’orbite de l’œil droit et du nez. Certaines blessures ont laissé des séquelles permanentes. M. Jauvin réclamait 198 545 $.

Ski Bromont s’est défendue de la responsabilité, rejetant plutôt la faute sur la manœuvre « des plus téméraire et dangereuse » à l’origine de la chute, et arguant que si M. Jauvin avait attendu avant de tenter de se sortir de la situation par lui-même, des randonneurs, arrivés sur les lieux peu de temps après l’arrêt du remonte-pente, lui auraient porté secours.

« Un horrible dilemme »

Le juge de la Cour supérieure François Tôth a rejeté ces arguments. « Il était face à un horrible dilemme, écrit-il dans sa décision. Sa façon de l’aborder était raisonnable dans les circonstances. On ne peut critiquer son choix au moment où il prend sa décision : il ne pouvait pas raisonnablement prévoir l’arrivée des randonneurs, il ne pouvait pas raisonnablement prévoir que le câble serait graisseux à près d’un mètre seulement de l’arrivée au point de lui faire perdre prise. »

Le juge estime que Ski Bromont a failli à son obligation de s’assurer qu’aucune personne ne se trouvait dans les télésièges lors de l’arrêt.

« Abandonné, dans une situation précaire, inquiet à l’idée de passer 15 heures par une nuit froide sans aucune protection assis sur un télésiège perché à 10 mètres au-dessus du sol sans aucune protection, Vincent [Jauvin] a tenté une manœuvre pour se sauver lui-même, écrit-il. Tout bien pesé, son geste, certes audacieux, n’était pas téméraire, irréfléchi ou inconsidéré. »

Ski Bromont a été condamnée à payer un total de 152 579,39 $, plus les frais d’expertise.