Alors que nous sommes nombreux à retourner nos steaks sur le barbecue et nous assurer que le rosé est toujours bien au frais, je viens vous parler d’un sujet pas du tout sexy : le réchauffement climatique. Je vous en parle car les indices démontrant que la planète vit une surchauffe historique se multiplient cet été.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Depuis plusieurs jours, on entend beaucoup parler de la période de canicule que connaissent actuellement certains pays d’Europe. En France, on ne cesse d’enregistrer de nouveaux records. Certains journaux affichaient hier l’incroyable chiffre de 42,6 °C. Du jamais vu ! On cherche de l’ombre et de la fraîcheur où l’on peut. À Paris, les fontaines des places publiques se sont transformées en piscines pour les enfants.

Cette vague de chaleur survient alors que la revue Nature a publié mercredi une étude qui affirme que le réchauffement climatique n’a jamais été aussi important sur terre depuis 2000 ans. Selon les chercheurs, 98 % de la planète connaît en ce moment sa période la plus chaude depuis les deux derniers millénaires.

Au Québec, après un épisode caniculaire éprouvant, on devrait connaître un autre week-end chaud. Cela fait dire à certains : « Mais non, il ne faut pas s’inquiéter ! Tout cela est normal ! Il faisait aussi chaud comme ça avant ! Ça ne va rien changer ! »

Pour les climatologues, ces idées reçues ne tiennent plus la route. Depuis l’an 1, les températures mondiales n’ont jamais augmenté aussi rapidement que maintenant.

Pour affirmer cela avec autant d’aplomb, les chercheurs ont utilisé des données de température compilées à partir de près de 700 indicateurs (anneaux d’arbres, carottes de glace, sédiments de toutes sortes, thermomètres modernes, etc.). L’étude publiée par la revue Nature arrive aux mêmes conclusions qu’une autre analyse rapportée par la revue Nature Geoscience.

Ces conclusions « devraient enfin stopper les climatosceptiques qui prétendent que le réchauffement climatique observé récemment s’inscrit dans un cycle climatique naturel », a déclaré Mark Maslin, professeur de l’University College de Londres, invité par l’AFP et le magazine Sciences et Avenir à commenter les résultats.

Les résultats de ces deux études ont été rapportés dans plusieurs médias avec une photo qui a fait le tour de la terre en quelques jours. Elle montre des équipages de traîneau à chiens qui semblent littéralement marcher sur les eaux de la mer du Groenland. Cette photo, prise dans le fjord Inglefield Bredning, dans le nord-ouest du Groenland, montre des chiens qui avancent sur l’eau de fonte qui se trouve au-dessus des glaces.

PHOTO STEFFEN OLSEN, FOURNIE PAR L’INSTITUT MÉTÉOROLOGIQUE DANOIS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette photo de Steffen Olsen, du Centre pour l’océan et les glaces de l’Institut météorologique danois, a été prise le 13 juin dernier, soit quelques semaines avant les vagues de chaleur habituelles.

Des habitués de ce phénomène se sont empressés de dire que cela arrivait régulièrement. Le hic, c’est que la photo de Steffen Olsen, du Centre pour l’océan et les glaces de l’Institut météorologique danois, a été prise le 13 juin dernier, soit quelques semaines avant les vagues de chaleur habituelles. Ce fameux jeudi 13 juin, le Groenland a perdu plus de 2 milliards de tonnes de glace, a rapporté le site de surveillance de la glace et du climat dans l’Arctique Polar Portal.

Ces images et ces études frappantes doivent servir quand, au beau milieu de l’hiver, des experts, des militants et des artistes engagés sonnent l’alarme devant notre indifférence. Car, au fond, il faut bien se l’admettre, nous sommes tous un peu climatosceptiques.

Notre climatoscepticisme varie en fonction de notre disponibilité, de notre humeur, de notre envie ou pas de plonger dans un sujet pas très sexy. Il varie aussi en fonction des saisons. Se faire dire en plein mois de février que le réchauffement climatique est en train de nous tuer a moins d’impact pour nous.

Je voulais vous parler de ce sujet grave alors que nous retournons nos steaks parce que, en fixant les grilles du barbecue, il est plus facile d’imaginer le sort qui nous attend.

Dix ans de cônes orange

Quand je suis arrivé à Montréal dans les années 2000, on m’a dit que le nombre de chantiers était normal, que les rues avaient besoin d’être refaites. Puis, est arrivé le gigaprojet de réfection du réseau d’aqueduc et d’égout. On m’a dit que cela était normal et qu’il était temps.

Puis, le pont Champlain est devenu un élément de décor du film Earthquake. On en a donc construit un nouveau. C’est normal. Puis, à peu près au même moment, l’échangeur Turcot est devenu le décor du film King Kong. On a dû le mettre à terre afin d’en refaire un autre. C’est normal.

Vers 2015, on m’a dit : « Tu vas voir, Montréal va être superbe pour le 375e anniversaire. » On s’est finalement ravisé et on m’a dit : « Montréal va être comme neuf en 2020. »

Récemment, interviewé par quelques médias sur l’étendue des chantiers de construction dans la métropole, le porte-parole administratif de la Ville de Montréal, Philippe Sabourin, a déclaré que nous en avions encore pour dix ans de cônes orange.

Vous avez bien lu ! Dix ans !

Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer.

La planète qui se réchauffe à vue d’œil, Montréal qui n’est plus qu’un immense chantier de construction… Alors que l’on souligne le 50e anniversaire de la mission Apollo 11 et que l’on se demande si des voyages sur la Lune sont encore nécessaires, j’ai tellement envie de me porter volontaire.