Québec investit 47 millions de dollars additionnels pour les services de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour supprimer les délais d’attente et pour que les enfants aient accès aux services dont ils ont besoin.

Morgane Gelly
La Presse

Cette somme devrait permettre d’engager près de 400 nouveaux professionnels pour consolider les équipes et mieux répondre aux besoins des enfants. «Nous injectons une dose d’oxygène dans un système qui en a tellement besoin», a déclaré le ministre délégué à la santé et aux services sociaux, Lionel Carmant. L’annonce a eu lieu jeudi après-midi, au Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse à Montréal.

La DPJ à bout de souffle

Les histoires démontrant le manque de ressources dans les services de la DPJ ont marqué l’actualité québécoise des dernières semaines. La tragédie de Granby a secoué le Québec au mois de mai et La Presse a révélé cette semaine qu’un enfant autiste avait subi des maltraitances graves en Montérégie

«Le système de protection de la jeunesse a été mis à rude épreuve au cours des dernières années, a reconnu Lionel Carmant. Dès mon arrivée en poste j’ai été mis au fait du manque criant de ressources humaines et financières.» Lors de son dernier budget, le gouvernement avait déjà versé 18 millions de dollars afin de «consolider les équipes et leur offrir un meilleur soutien clinique pour prévenir les départs trop fréquents des intervenantes», a-t-il expliqué.  

Les employés de la DPJ doivent aussi faire face à une croissance constante du volume des demandes. Le nombre de signalements en 2018-2019 vient de dépasser pour la première fois le cap des 100 000, a noté le ministre, ce qui représente une hausse de 17% par rapport à 2016-2017.

Agir vite

Avec cette mesure, le gouvernement souhaite diminuer la charge de travail des intervenantes, revaloriser leur rôle et ainsi attirer les nouveaux diplômés vers cette profession. «L’important c’est de les attirer et de les conserver à la DPJ, a souligné le ministre. Je pense qu’on vient d’améliorer de façon significative les conditions de travail pour les employés.»

Lionel Carmant veut agir au plus vite, sans attendre les recommandations de la Commission Laurent, annoncée fin mai en réaction au drame de Granby. Cette commission présidée par Régine Laurent a pour mandat de trouver des solutions pour améliorer les services de la DPJ. 

«Le gouvernement prend ses responsabilités, celles qui auraient dû être prises depuis des années», a indiqué le ministre. Il a précisé que des postes sont déjà affichés afin d’éliminer les listes d’attente le plus rapidement possible.

Un premier pas insuffisant

Dans un communiqué, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) estime que ce geste bienvenu n’est pas suffisant. 

«C’est un premier pas, mais il faut bien comprendre que c’est nettement insuffisant pour offrir les services dont ont besoin les enfants vulnérables, a réagi la présidente de l’APTS, Carolle Dubé. Ce pas devra être suivi de plusieurs autres pour que le ministre puisse considérer la mission accomplie pour ce dossier. 

Avec l’augmentation des signalements, il manquerait 270 millions de dollars pour que chaque intervenant traite un nombre acceptable de cas, selon l’évaluation du syndicat. Et si les nouveaux investissements peuvent diminuer les listes d’attente, la présidente craint que les problèmes demeurent dans les autres services en aval comme les familles d’accueil et les centres de réadaptation.  

Selon Carolle Dubé, il faut un travail conjoint de la DPJ, des directions des centres intégrés et du syndicat des intervenants pour améliorer les services. «Ce que nous avons constaté, et les derniers jugements du Tribunal de la jeunesse nous l’ont confirmé, c’est qu’il faut améliorer les communications entre tous les acteurs des services sociaux qui prennent en charge les enfants dans le besoin», a-t-elle conclu.