Les gens touchés par les inondations du printemps ne sont pas au bout de leurs peines et leur patience est mise à rude épreuve : rues insalubres, saison de navigation retardée et peu de bénévoles ou de cols bleus à la rescousse.

Mayssa Ferah
La Presse

Mercredi, à L’Île-Bizard, ce secteur de l’ouest de Montréal aux airs de campagne, des cols bleus tondent la pelouse et embellissent les plates-bandes. La vie reprend son cours. Le niveau d’eau est enfin rétabli.

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Gabriel Larsen, résidant de L’Île-Bizard, marche devant chez lui parmi les sacs de sable.

Pourtant, non loin de là, les résidants du croissant Barabé se battent toujours contre les dégâts provoqués par les inondations. Pour eux, le cauchemar se poursuit. Ils se disent désemparés, isolés et abandonnés par l’arrondissement. Quelques devantures sont à refaire. Accroché à la poignée de la porte d’une maison, autrefois coquette, selon le voisinage, un avis de démolition pend tristement. Difficile de croire que le pire est passé, alors que quatre semaines seront encore nécessaires pour achever le nettoyage.

Chaque jour, Krista Urban respire l’odeur d’eau stagnante et de moisissures qui règne dans le quartier depuis des semaines. Le plus dérangeant, dit-elle, ce sont les débris qui traînent. « J’appelle la Ville fréquemment. On nous dit d’être patients, que c’est un travail considérable et de longue haleine. »

Joanna Lemieux, sa voisine, est au bord des larmes : « Je laisse tomber », soupire-t-elle en désignant les débris et les monticules de sable sale et mouillé qui bloquent l’entrée de son domicile.

« On a passé de durs moments et maintenant, de voir ça chaque jour, c’est comme un retour en arrière. » — Joanna Lemieux, de L’Île-Bizard

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Les cols bleus de l’arrondissement ont lancé l’opération de nettoyage mercredi matin

Déplacer des milliers de sacs de sable et un nombre colossal de débris est un défi de taille, sans l’aide de bénévoles ou de cols bleus. « Mon mari s’est blessé au dos et a manqué plusieurs semaines de travail uniquement pour construire un mur pour nous protéger », poursuit Joanna Lemieux.

Bénévoles épuisés

Le directeur de l’arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Daniel Le Pape, affirme qu’il faudra un mois pour terminer le nettoyage. « Nous sommes l’arrondissement avec le plus de zones inondables et nous disposons d’une équipe de 50 personnes. » Il juge cet effectif insuffisant compte tenu de la charge de travail que représente le nettoyage. 

Les autres arrondissements ont prêté main-forte durant les inondations. Mais cette solidarité s’est essoufflée une fois l’urgence passée. Les bénévoles ne répondent plus à l’appel. Néanmoins, les opérations de nettoyage suivent leur cours, une rue à la fois, assure-t-il.

Mercredi en matinée, une dizaine de cols bleus s’occupaient de l’aménagement paysager. Le voisinage se questionne : pourquoi ne pas mobiliser tous les efforts pour l’opération de nettoyage ? M. Le Pape se montre catégorique : « On a des exigences, on fait des choix, sinon, c’est l’image de l’arrondissement qui serait affectée. »

« Il n’y a pas une rue plus prioritaire que l’autre. On y va selon notre plan », a déclaré à La Presse Marcel Bélanger, contremaître à l’arrondissement. Selon son estimation, 15 % de la population de L’Île-Bizard est touchée par la présence de débris. « Le 85 % restant veut que les services se poursuivent. »

Ailleurs au québec

Certaines municipalités ont encore les pieds dans l’eau et ne peuvent commencer leurs opérations de ramassage. À Rigaud, le niveau d’eau baisse doucement, les gens commencent à regagner leur domicile. « On en est à notre 50e jour de crise », affirme Marie-Andrée Gagnon, responsable des communications de la municipalité. La situation n’est pas homogène, ce qui rend difficile la planification d’une opération de nettoyage.

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Cette maison du croissant Barabé est entourée par une forteresse de sacs de sable et protégée de la montée des eaux par du plastique

Dans plusieurs régions touchées, on souligne la difficulté de trouver des bénévoles. Ils étaient très présents en situation d’urgence, mais moins enclins à nettoyer débris et sacs de sable. Les employés de la Ville sont également essoufflés.

Dans les marinas, les quais sont vides, au grand désarroi des amateurs de navigation. « On commence notre saison aujourd’hui avec un mois et demi de retard », raconte Sylvain Mathieu, propriétaire de la marina Bo-Bi-No à Laval. La différence avec 2017, selon lui, c’est la durée exceptionnellement longue de la crise. M. Mathieu était mieux préparé qu’il y a deux ans. « On a tout nettoyé, les bris étaient minimes, mais il y a encore une odeur. Les coûts et le temps passé à se protéger et à réparer les dommages restent considérables, en plus du retard de la saison. » Sa clientèle, habituée à voir les bateaux sur les quais aux alentours de la mi-avril, s’est montrée compréhensive.

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La saison du club de voile Deux-Montagnes reprendra son cours le 22 juin, selon son directeur, Daniel St-Onge. C’est un retard d’un mois.

Constatation similaire pour le club de voile Deux-Montagnes. La saison reprendra son cours le 22 juin, selon Daniel St-Onge, directeur du club. C’est un retard d’un mois. Il ajoute que le moral des employés est à la baisse : ils travaillent dans le froid depuis neuf semaines pour protéger les infrastructures. « C’est, de loin, pire qu’en 2017 à cause des grands vents. Le coût de réparation des quais est d’environ 100 000 $. » Les membres, habitués à voir les bateaux prêts à naviguer aux alentours de la mi-mai, sont compréhensifs, bien qu’ils se tournent vers des marinas qui n’ont pas été touchées par les intempéries.